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Hutchinson se défendit comme il put, c’est-à-dire fort mal, ne sachant qu’alléguer pour sa justification, et les esprits étaient encore tout échauffés à Boston de cette alerte, quand survint l’incident du thé.
Le roi était irrité de voir les Américains rester si obstinément fidèles à l'engagement qu'ils avaient pris entre eux de renoncer à l'usage du thé comme de toute autre marchandise ou denrée provenant d'Angleterre. Le rendement de la taxe était nul, ce dont on se serait aisément consolé à la Cour; le pis était que, l'unique impôt du thé n'ayant été conservé que pour maintenir expressément le principe de l’autorité de la métropole, l’entètement colonial déjouait ce dessein. Il eût été sage de laisser la résistance s'user d’elle-mème, de s'en rapporter à l'intérèt commercial en mème temps qu’à la vigilance des fonctionnaires des douanes. On chercha au contraire le moyen d'imposer de force, en quelque sorte, aux colons la consommation de la denrée proscrite. D'innombrables caisses de thé étaient amoncelées dans les magasins de la Compagnie des Indes qui ne recevait d'Amérique aucun ordre d'expédition. On ne payait plus de dividende; les actions avaient baissé de 50 pour 100. Les directeurs suppliaient qu'on supprimât le droit d'entrée dans les colonies. Cette requête ne pouvait être écoutée, puisque avant tout il fallait sauver le principe. On offrit à la Compagnie, si elle se hasardait à expédier du thé, mème sans ordre, un drawback équivalent à la totalité de la taxe. S'il ne s'agissait que d’une question d'argent, les colons n'auraient pas à payer leur thé plus cher qu'en absence de tout droit (loi du 10 mai 1773). Plusieurs navires furent aussitôt chargés et expédiés en Amérique. Des consignataires furent désignés à Boston, New-York, Philadelphie et Charleston, pour recevoir les cargaisons.
Les Américains étaient prévenus el les comités de correspondance des principales villes échangèrent d'actives communications. Un point était arrêté : on ne devait pas mème laisser débarquer le thé officiel; on ne délibérait que sur les moyens à employer. A Philadelphie, un meeting populaire dénonça comme « ennemi du pays » quiconque aiderait à décharger, à recevoir ou à vendre le thé, On agit par intimidation sur les consignalaires qui. la
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plupart, résignèrent leur mandat. Ceux de Boston furent invités par un avis anonyme à se rendre au pied de l'arbre de la liberté pour annoncer au peuple leur désistement. Après que cet avertissement leur eut été renouvelé en termes plus menaçants, ils prièrent le gouverneur et le Conseil de les relever de leur mandat. Le 28 novembre, parut dans le port un premier navire; deux autres arrivèrent les jours suivants. Le peuple se réunit à Fancuil- Hall et le Comité des patriotes siégea en permanence. Un corps de volontaires monta la garde autour des navires, avec mission de s'opposer à toute tentative de déchargement. Le gouverneur ne pouvait rien, la milice étant aux mains des patriotes. Les troupes, casernées dans la citadelle ou sur les vaisseaux de guerre, ne devaient ètre appelées qu'en cas d’émeute. Les commandants des navires consentaient à remporter leur cargaison, ne pouvant la mettre à terre. Mais le gouverneur refusa obstinément de concéder l'autorisation de départ. Le 16 décembre enfin, sur un dernier refus de Hutchinson, Samuel Adams et Josiah Quincy demandèrent au peuple, assemblé dans une église, s’il s'en tenait à sa résolution de ne pas laisser débarquer le thé ‘. La réponse fut un cri de guerre. Du fond de la salle s'élanca une troupe de quarante ou cinquante hommes, déguisés en Indiens, qui se rendirent sur le port, prirent sans résistance possession des trois navires et, en deux ou trois heures, vidèrent dans la mer trois à quatre cents caisses de thé, L'opération fut effectuée avec un ordre parfait, dans le plus grand silence, en présence d'une foule nombreuse, calme, recueillie, Le lendemain, tout le Massachusetts apprenait et approuvait ce que venaient de faire les Bostoniens. Dans les autres ports, on obligea de même les
consignataires à se démettre de leurs fonctions. A Philadelphie, | Ni!
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les vaisseaux chargés de thé durent remettre à la voile avec (LUE
leur cargaison, À Charleston, le thé fut débarqué, mais on le 1!
laissa pourrir dans les magasins. Un « comité de vigilance » à ! ! 1, « … Ce que nous allons faire aujourd'hui va déchainer des événements qui 1! rendront nécessaire, pour nous sauver, un tout autre esprit que celui qui nous di anime en ce moment... Nous ne finirons pas cette querelle sans la lutte la plus H vive et la plus rude, Ge ne sont ni des résolutions, ni des harangues populaires, IT M
ni des acclamations, qui décideront de cette affaire, Songez au but, Pesez el con-
sidérez toutes choses avant de prendre des mesures qui amèneront sur ee pays le 1} plus terrible confit qu'il aura jamais vu, » (Discours de Quincy.) CR
New-York guettait l’arrivée des navires à thé à l'entrée de la rade. Il les arrêta à Sandy Hook et les obligea de rebrousser [UE chemin.
ll Effet de la nouvelle à Londres (janvier 1774). Lord North et les bills de répression (mars-avril 1774).
C’est le 27 janvier 1774 que le gouvernement de George III fut informé officiellement du sort qu'avaient eu ses expéditions
| de thé dans le Nouveau-Monde. L'Angleterre fut sérieusement à indignée ; trailres, rebelles, misérables, furent les épithètes les 1 plus douces, prodiguées dès lors, un peu partout, aux Américains. { Franklin eut à subir le choc de toutes ces colères ameutées contre 4 les colonies. Déjà la popularité qu’il s’était acquise à Londres
s'évanouissait. Depuis qu'il avait livré à l'Assemblée du Massaï chusetts les fameuses lettres de Hutchinson et d'Oliver, dont on lui avait communiqué le dossier, la cour, les ministres, le Parlement, toutes les influences sociales s'étaient tournées contre lui. On l'accusait d'abus de confiance et on ne parlait de rien moins que de l'arrêter et de le jeter à Newgate. Le 29 janvier, deux jours après l’arrivée des nouvelles de Boston, qui causaient un si grand émoi, il comparut devant le Conseil privé (où siégeaient trente-cinq lords, chargé de statuer sur la pétition des Bostoniens remise par Franklin à lord Dartmouth et qui demandait la révocation de Hutchinson et d'Oliver. Dunning, qui assistait Franklin, demanda pourquoi son client avait été mandé comme s'il dût ii passer en jugement. La pétition était un appel à la sagesse du roi et non un document judiciaire. Il s'agissait seulement de savoir si le gouvernement anglais entendait conserver son appui à des personnages qui avaient entièrement perdu la confiance de leurs administrés. Wedderburn, solicitor général, répondit par de si violentes invectives, que Franklin dit en sortant à Priestley : « Ki je n'avais considéré l'acte pour lequel j'ai reçu de telles insultes comme un des plus beaux de ma vie, je n'aurais pu supporter un pareil affront ». La pétition des habitants du Massachusetts fut rejetée comme mal fondée, mensongère et insolente (7 février),
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LA RÉVOLTE DU MASSACHUSETTS 491 dans les colonies d'Amérique. A la Chambre des lords, quelqu'un s'écria : « M. Franklin est ici, non comme agent d'une province, mais comme ambassadeur des Etats de l'Amérique ». L'auteur de cette exclamation ironique ne se croyait pas si bon prophète.
L'opinion publique suivait la cour, ct entrainait le Parlement, le ministère, l'armée, dans ce courant d’animosité contre les colonies, dont la résistance obstinée paraissait maintenant une injure pour la métropole. Le général Gage dit en février : « Qu'on me renvoie en Amérique ! Ces gens-là se prétendent des lions; soyons résolus, elils se montreront ce qu'ils sont, des moutons. Quatre régiments suffiront pour rétablir l'ordre partout. » Le roi ajoutait foi à ces fanfaronnades. Devant sa volonté arrètée de punir les colonies, lord North et lord Dartmouth firent taire leurs scrupules. Il fut décidé en Conseil qu'on était en présence d’une rébellion qui devait être réprimée, non par la persuasion, mais par la force,
Le ministre de George LIL put croire très sincèrement qu'il répondait aux vœux unanimes du Parlement et du peuple anglais, lorsqu'il présenta, en mars 1774, à la Chambre des communes, une série de propositions pour le châtiment de la révolte coloniale. Le premier bill déclarait le port de Boston fermé à tout commerce jusqu'à ce que le roi eu décidât autrement. Il n'était plus question d'obtenir le payement d’une indemnité pour le thé officiel jeté à la mer ou détruit de toute autre manière, indemnité que Franklin avait spontanément offerte au ministère, mais de contraindre la ville de Boston à faire acte de soumission et d'obéissance. « Delenda est Carthago, dit Van dans le débat ouvert le 23 sur ce bill; vous n'obtiendrez jamais l'obéissance des colons aux lois de ce pays, tant que vous n'aurez pas détruit Boston, ce nid de sauterelles. » Le bill fut voté pour ainsi dire à l'unanimité, Dans la surprise du premier moment, Barré et Conway, ces amis des colonies, votèrent pour la répression; leurs portraits furent, en punition, enlevés de Faneuil-Hall par les patriotes bostoniens. Il y eut pourtant à ce moment une tentative de conciliation. Rose
Fuller proposa à la Chambre des communes le rappel de la taxe sur le thé, Burke, que la colonie de New-York avait pris pour agent en Angleterre, trouva dans le débat de la motion Fuller l'occasion d'un beau discours : « Revenez à vos unciens prin-
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