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LE CONGRÈS DE 1774. 501 mais qui n'altérèrent point la bonne entente entre les Burgesses et le gouverneur, Lord Botetourt était de cœur avec les Virginiens et aurait souhaité que le ministère donnât pleine satisfaction à leurs revendications. Il mourut en 1770. Les Virginiens lui élevèrent une statue el ont donné son nom à un comté.
Les patriotes. La Virginie décidée à soutenir le Massachusetts.
William Nelson, président du Conseil, exerça les fonctions de gouverneur jusqu'en 1772. En cette même année arriva de Londres John Murray, comte de Dunmore, le dernier des gouverneurs royaux en Virginie, impérieux, dur, déterminé à écraser la rébellion. Pendant quelque temps encore le gouverneur vécut en bon accord avec les planteurs. Mais, en 1773, Lee, Jefferson, Henry, d'autres encore, zélés partisans des droits des colonies et habitués des réunions politiques de la taverne de Raleigh, résolurent de constituer un comité d'information et de correspondance qui aurait pour mission de se tenir au courant de lout ce qui se ferait en Angleterre et dans les autres colonies et d’élablir avec celles-ci une communication constante. Le comité fut composé de Nicholas, R. Bland, Lee, Harrisson, Edm. Pendleton, Patrick Henry, Digges, Carr, Archibald Cary et Thomas Jefferson.
Naturellement la Chambre fut dissoute par Dunmore. Mais la révolution était organisée. Les comités de correspondance étaient la préparation au Congrès continental, le premier degré vers l'union, vers l'action combinée, William Lee écrivait de Londres que la création de cet instrument de consultation mutuelle, de délibération et de coopération intercoloniale, avait causé plus
d'émoi cl s ministres que tout ce qui s'était passé depuis les jours de \c du limbre, Au milieu de ces figures si nombreuses de patri sincères, entreprenants, actifs, intelligents, mais en
mème temps attachés encore aux traditions anciennes ', se détache
1. Richard Bland, beau vieillard, presque aveugle, l'antiquaire de la Virginie, auteur d'une « Enquête sur les droits des colonies américaines » ; — Nelson, gentleman distingué, plus tard signataire de la Déclaration d'indépendance, officier pendant la guerre, puis gouverneur de la Virginie: — John Page, lPami et le confident de jeuncsse de Jefferson, un futur gouverneur de la Virginie lui aussi, et un pieux
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déjà la figure vigoureuse et fine, remuante et rayonnante, de Thomas Jefferson qui, membre de la Chambre des Burgesses à vingt-six-ans, en 1769, ne parle guère, mais conseille, agit et s’agite avec le tempérament d’un révolutionnaire; un véritable iconoclaste, ennemi acharné des préjugés, le Voltaire américain. Très résolu sous ses apparences douces et calmes, ce jeune homme élégant et poli, toujours gai, assidu à toutes les fêtes, très goûté dans la société féminine, grand amateur de musique, joueur passionné de violon, rêve de bouleverser l'état de choses existant en Virginie, l'état de choses politique et aussi l’état de choses social, Il tient la foi pour une absurdité; issu des Randolph, il raille leurs prétentions à la noblesse; membre de la grande famille des planteurs, il traite ceux-ci de simples « chiffres d’aristocratie », ei les dénonce comme des obstructionnistes. En 1774, il public une Vue sommaire des droits de l'Amérique anglaise, qui contenait en germe la Déclaration des droits. Déjà, la révolution avait commencé à l'intérieur de la province par une attaque combinée de toutes les sectes de dissidents contre l'Église oflicielle. On a vu ce qu'était le clergé anglican en Virginie, comment se recrutaient les ministres, combien souvent ceux-ci manquaient de tenue et de dignité. Le gouvernement, ému de ces attaques soudaines, voulut porter secours à l'Église et recourut à la persécution. Le clergé lui-mème dénonça certains dissidents au gouverneur comme des fauteurs de sédition, des anabaptistes allemands, et prédit le renouvellement des horreurs de Munster, si la main de l'État restait inerte, Trois prédicateurs ambulants furent arrèlés en 1768 par le shérif à Spotsylvania. On leur proposa la liberté pourvu qu'ils renonçassent à prècher. Ils refusèrent, se glorifiant du martyre; ils furent jetés en prison; mais des fenûtres ils haranguaient la foule, Le délit dont on les accusait était de prècher l'Évangile contrairement à la loi, Henry fit un jour cinquante milles pour assister au procès. Il se leva en plein tribunal
churehman; — Archibald Cary, démocrate fanatique, qui menacera un jour Henry de le tuer s'il s'avisait d'accepter la dictature; — Peyton Randolph, qui sera le président du premier Congrès continental; — Edmund Randolph, gouverneur de l'État et premier attorney général des États-Unis sous le régime de la Constitution; — George Wythe, un savant légiste ; — Nicholas, un finencier; — puis Henry. Lee, Mason et Washington.
ayonnante, de s Burgesses à iseille, agit et ; un véritable ire américain.
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et demanda « si vraiment ou allait juger pour misdemeanour des hommes qui prèchaient l'Évangile du fils de Dieu ». Des arrestations nombreuses eurent lieu dans divers comtés. La secte des baptistes ou méthodistes n’en devint que plus forte; elle n'avait qu'une église en 1760 en Virginie, elle en eut cinquante-quatre en 1774.
C'était là une lutte tout intime, toute locale, et de nouveau un rapprochement s'était fait entre Dunmore et les patriotes. La grande affaire du moment (fin 1773) était l'extension de la province du côté du Nord-Ouest. Le gouverneur royal, transgressant ses instructions formelles, s’intéressait fort aux projets d'exploralion et de conquête au delà des monts Alleghanys. Il spéculait avec plusieurs Virginiens sur des terrains dans ces régions neuves. L'arrivée de lady Dunmore était annoncée; on prépara en son honneur à Williamsburg un grand bal.
Ainsi allaient les choses en Virginie, quand arriva dans la petite capitale l'avis que le gouvernement anglais avait décidé d'humilier et de punir la rébellion des habitants de Boston en fermant leur port à partir du 1“ juin 1774. L'Assemblée décida aussitôt que le 1° juin serait un jour de jeûne et de prière pour les patriotes de la Virginie, et cette résolution fut transmise aussitôt par exprès à chacun des comtés. Ce fut le dernier acte de l'Assemblée coloniale sous le 0/4 Dominion. Dunmore prononça la dissolution. Le bal offert à lady Dunmore eut lieu cependant et les rapports se maintinrent encore courtois entre le gouverneur et les chefs de la province. Mais, à la taverne de Raleigh, on décidait hautement que la cause de Boston était la cause de toutes les colonies, et que toutes les provinces devaient envoyer des délégués à un congrès continental. Le comité de correspondance devint une sorte de comité de salut publie avec Peyton Randolph pour président, Le 29 mai, les esprits commençant à s'échauffer pour la liberté américaine, le comité prit une résolution qui devait hâter la rupture. Après avoir consulté Washington et quelques autres députés encore présents à Williamsburg, il invita les comités de la Virginie à nommer des délégués qui se réuniraient en convention le 1% août suivant. La convention se réunit en ellet et elle élut, pour délégués de la Virginie au Congrès conti-
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nental, Peyton Randolph, Richard Henry Lee, George Washington,
Patrick Henry, Richard Bland, Benjamin Ilarrison, Edmund Pendleton'.
New-York. La province reste en partie fidèle à l'autorité royale.
La province de New-York avait été administrée, depuis le commencement de la guerre contre les Français, par De Lancey, chef d'une des familles les plus considérables du pays. Il était mort subitement en 1760 et le gouvernement avait passé aux mains de Cadwallader Colden, sous lequel éclata, à New-York, à propos de l’arrivée du papier timbré en 1765, le mouvement populaire dirigé par l’ancien corsaire Isaac Sears. Celui-ci organisa un comité de correspondance et fit couvrir d'un grand nombre de signatures un engagement de non-importation des marchandises anglaises, analogue à celui qui avait été adopté dans le Massa. chusetts, la Virginie et d'autres provinces. Bientôt la résistance à l'autorité de la métropole gagna l’Assemblée ? qui, en 1768, refusa de voter des fonds pour l'entretien des troupes anglaises en garnison à New-York, Un acte du Parlement interdit à l'Assemblée de légiférer jusqu'à ce qu’elle vint à résipiscence; mais, comme elle s'obstinait, le gouverneur la déclara dissoute (1768). De nouvelles élections envoyèrent à New-York des députés encore moins dociles, Sur leur refus de satisfaire aux réquisitions du quartering act, une nouvelle dissolution fui prononcée. Le gouvernement anglais avait raison toutefois de compter sur les profondes différences d’origine, de religion, d'intérêts, qui existaient dans la population très peu homogène de la province. Cette population s'était considérablement accrue depuis 1755, En seize années, elle s'était élevée du chiffre de 96 000 habitants à celui de 168000 (dont 20000 noirs). Le mouvement d'immigration
1, La convention décida encore, sur une proposition écrite du JeMTerson, qu'à partir du 1 novembre suivant, les Virginiens n'importeraient plus aucun esclave, etne devraient acheter aucun esclave importé, On verra plus loin que ee boat mouvement, hostile à l'esclavage, tourna court quelque temps après.
2, Composée à cette époque de 27 membres, # pour la ville et le comté de New- York, 2 pour Albany, 16 pour les huit autres comtés,{ pour le bourg de Westehester, { pour le canton de Shenectady, 3 pour les manoirs de Rensstaerswyk, Livingston ut Courtland,
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LE CONGRÈS DE 1774. 505 avait été constant, d'Angleterre, d'Irlande et d'Allemagne, et aussi des provinces américaines voisines. De nouveaux comtés étaient érigés, les colons envahissaient déjà la vallée de la rivière Mohawk et fondaient, non loin de la rive orientale du lac Champlain, les premiers établissements du futur État de Vermont, sur lequel les deux provinces de New-Hampshire et de New-York se disputaient la juridiction. La plupart des nouveaux citoyens se souciaient fort peu de la querelle des colonies et de la métropole. D'autre part l’Église hollandaise réformée et les épiscopaliens étaient jaloux des congrégationalistes et des presbytériens. Les grands propriétaires fonciers redoutaient l'esprit démocratique et niveleur de la Nouvelle-Angleterre. Le monde du commerce et des affaires désirait le maintien des relations anciennes avec
la Grande-Bretagne. Tous ces éléments réunis constituaient pour :
le gouvernement une clientèle puissante dans la province. En 1769, une coalition des conservateurs, alarmés de la tournure que prenaient les choses, obtint aux élections une demi-victoire. Philip Livingston, un des plus ardents défenseurs des droits coloniaux, ne fut pas réélu, George Clinton, avocat d'origine irlandaise, et Philip Schuyler, d'une ancienne famille hollandaise d'Albany, tous deux également partisans de la résistance aux prétentions de la couronne, firent de nouveau partie de l'Assemblée; mais celle-ci fut composée en majorité de membres modérés. Elle approuva et adopta les résolutions que venait de prendre la Virginie, tout en cédant sur le point où les deux Assemblées précédentes s'étaient montrées intraitables ; elle vota les fonds demandés pour les troupes. Aussitôt Mac Dougall, un des chefs du parti populaire, publia une « adresse aux habitants trahis de la ville et de la colonie de New-York », el convoqua un meeting des citoyens pour délibérer sur la conduite de l'Assemblée. L'« adresse » fut déclarée par l'Assemblée un pamphlet séditieux el infâme.
Lord Dunmore, nommé gouverneur en 1770, ne fit que passer à New-York pour aller occuper le mème poste en Virginie, et Tryon lui succéda, Le conflit avec la mère patrie parut se calmer peu à peu, mais allait se réveiller plus vif à propos de l'affaire du thé. Le comité populaire, dirigé par Isaac Sears, Mac Dougall et
Lamb, proposa un « congrès général » et adressa un message en ce sens à la Nouvelle-Angleterre. L'idée fut immédiatement accueillie à Boston et il a été raconté précédemment que c'est de celte ville que partit l'invitation formelle à une réunion des délégués de toutes les colonies à Philadelphie en septembre 1774. Mais le comité populaire perdait lui-même du terrain, on du moins il se transformait par l'adjonction de membres beaucoup plus modérés, parmi lesquels se trouvaient mème des loyalistes avérés. L'homme le plus émiment du parti qui prenait l’ascendant à New-York ot qui avait pour mot d'ordre la conciliation, était un avocat, John Jay, issu d'une famille de réfugiés huguenots et récemment lié par un mariage à la famille Livingston. Laborieux, intègre, hautain, très sensible aux injures, de manières peu avenantes, il semblait - fait plutôt pour l'étude et la retraite que pour la vie publique, s'il n’eùt été aussi très ambitieux. John Jay fut élu pour représenter la province au Congrès qui allait se réunir. Ses collègues de la délégation étaient Philip Livingston, Alsop, Law et Duane.
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La province de Pennsylvanie ne prit jusqu’à l’époque de la réunion du Congrès que très peu de part aux démèlés des colonies avec la métropole. La plus grande partie de la population désirait le maintien de l'accord. Les presbytériens en général étaient patriotes ; les quakers s’abstenaient volontiers de prendre parti, de même les classes commerçantes et riches de Philadelphie. Des questions d'ordre tout intérieur occupaient les esprits plus que la difficulté générale. La principale division politique reposait sur la préférence pour le gouvernement des propriétaires ou pour le gouvernement royal, En 176% John Penn, fils et hérilier de Richard Penn, l’un des propriétaires, était gouverneur. Les quakers, constamment hostiles aux propriétaires, avaient conservé la majorité dans les élections de cette année pour l'Assemblée; c'est par eux que Franklin! fut envoyé comme
1, Benjamin Franklin venait de rendre un grand service à son pays, La guerre de Pontiac (chap, xxx) ayant déchainé de nouveau sur les frontières de la Penns\lvanie toutes les horreurs de la lutte contre les Peaux-Rouges, les pionniers de la
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agent de la colonie en Angleterre avec mission de solliciter la substitution du gouvernement royal direct à celui des propriétaires. Le régime existant avait au contraire les préférences des Presbytériens Irlandais-Ecossais qui craignaient que l'établissement d'un gouvernement royal n'eùt pour corollaire l’établissement légal de l'Église d'Angleterre dans la Pennsylvanie. Le chef de ce parti était encore un avocat, John Dickinson, qui venait de publier ses Lettres d'un fermier. Patriote modéré, sa haute situation sociale, une grande fortune, un talent assez distingué d’orateur et d'écrivain, une réputation d'intégrité, lui donnaient une réelle influence sur ses concitoyens. Très doux, un peu faible de caractère, il embrassa sans trop hésiter la cause générale des colonies, mais s'entendit avec d’autres membres importants de l’Assemblée, Charles Thomson, Thomas Mifflin et Joseph Reed, pour faire prévaloir la temporisation. L'action de Dickinson resta prépondérante à Philadelphie, aussi longtemps que dura l'éloignement de Franklin en Angleterre. Lorsque arrivèrent en Pennsylvanie les lettres de convocation du comité de Boston et des Fils de Ja Liberté de New-York, Dickinson, nommé président d'une commission de correspondance intercoloniale, écrivit aux patriotes bostoniens qu'il était favorable à l'idée d'un congrès général uniquement chargé d'adresser au Roi une pétition ferme et respectueuse, contenant la revendication des droits des Américains. Dickinson et Galloway furent désignés pour représenter la Pennsylvanie au Congrès.
région située entre les monts Alleghanys et le fort Du Quesne, presque tous d'origine écossaise ou irlandaise, presbytériens qui n'avaient rien de la douceur de caractère des quakers, s'écrièrent, citant l'Ancien Testament, qu'il fallait exterminer ces Indiens sanguinaires et païens, comme les Israëlites avaient exterminé les Chananéens, Dans un accès furieux de vengeance, des colons de Paxton tombèrent sur une tribu très paisible qui vivait dans la vallée du fleuve Susquehannah sous la direction de missionnaires moraves, Ils massacrèrent indistinctement hommes, femmes et enfants, Une partie de la tribu ayant pu s'échapper jusqu'à Lancaster, les massacreurs poursuivirent ces malheureux et enfoncèrent les portes du Workhouse où on leur avait donné asile, Quelques Indiens purent fuir encore du côté de Philadelphie ; on vit alors une foule en armes se diriger sur cette ville pour achever l'égorgement, La province ne possédait aucune milice organisée, Franklin enrôla lui-même un corps de volontaires; comme les insurgés approchaient, il alla à leur rencontre et les décida, après de longs pourparlers, à faire présenter leurs griefs à l'Assemblée par des délégués et à se disperser,
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Réunion du Congrès à Philadelphie (5 septembre — 26octobre 1774).
Toutes les colonies, sauf la Géorgie encore faible et trop éloignée, furent représentées au Congrès convoqué par le Massachusetts : les délégués, au nombre de cinquante-cinq, se trouvèrent réunis, le 5 septembre 1774, à la taverne de Smith, à Philadelphie‘. Le premier Congrès américain ne sut d’abord où se loger et fut fort aise de l'hospitalité que lui offrit la société des Charpentiers (Carpenters’Hall).
Peyton Randolph de la Virginie fut élu à l'unanimité président, Il y eut à résoudre une première question : comment voterait-on? Patrick Henry ne croyait pas juste qu’une petite colonie eût autant de poids qu’une grande dans les conseils de l'Amérique. John Adams répondit que si l'on ne voulait pas maintenir le vote égal par colonie, on ouvrait la porte à mille difficultés, puisqu'on n'avait aucune donnée précise sur le chiffre de la population ou sur la valeur du commerce de chaque colonie *. C’est au cours de cette discussion que Henry s’écria, répondant à l'objection qu'une représentation par le nombre donnerait la prépondérance aux États les plus populeux : « L'oppression anglaise a effacé les frontières coloniales. Il n'y a plus de distinction entre les Virginiens, les Pennsylvaniens, les gens du New-York et ceux de la Nouvelle-Angleterre. Je ne suis plus Virginien, je suis Américain, » Ward, du Rhode-Island, voulait bien être Américain, mais sans cesser d'être Rhode-Islandais, convaincu que Henry ne cesserait en aucun cas d'être Virginien. Il réclama le vote égal pour Rhode-Island. Autant en fit Gadsden pour la Caroline du Sud. Les représentants des petites provinces curent gain de cause: il fut résolu que chaque colonie aurait une voix. On décida en même temps que le Congrès délibérerait portes closes et les délégués
1. Les principaux d’entre eux étaient : Sherman et Deanc, du Connecticut: Samuci Adams et John Adams, du Massachusetts; Philip Livingston et John Jay, du Xew- York; George Washington, Patrick Henry, Peyton Randolph et Richard Henry Lee, de la Virginie; Christopher Gadsden et John Rutledge, de la Caroline du Sud,
2, D'après les évaluations apportées par les délégués, la population se serait élevée à plus de 3 millions d'âmes, Bancroft estime qu'en 177% le nombre total des habitants de l'Amérique anglaise ne dépassait pas 2600 000 dont 500 000 noirs,
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LE CONGRÈS DE 1774. 509 s'engagèrent par serment à garder le secret sur les débats jusqu'à ce que la majorité en décidàât autrement.
Pourquoi ce Congrès? L'idée proposée par le Massachusetts réussit parce qu'elle rallia à la fois les indécis et les résolus, ceux qui avaient vu du premier coup où l'on allait fatalement et ceux qui hésitaient à chaque pas à s'aventurer plus loin et rèvaient encore une réconciliation avec l'Angleterre. Les deux Adams du Massachusetts ne voyaient dans la réunion d'un Congrès que le moyen d'arriver au but qu'ils visaient, l'indépendance. Cette assemblée n'avait d’ailleurs aucun mandat précis pour agir ou légiférer. C'était une grande Chambre consultative, chargée de proposer aux colonies les procédés les plus sürs pour résister aux prétentions de l'Angleterre. Composée en grande partie d'avocats, elle avait pour mission essentielle de plaider la cause des colonies devant l'Europe et le monde civilisé.
Elle siégea du 5 septembre au 26 octobre 1774. Son œuvre se résume en : 4° une Déclaration de droits; 2° une convention de non-intercourse avec l'Angleterre; 3° des adresses au roi, au peuple de la Grande-Bretagne, aux habitants du Canada, aux Américains.
La Déclaration était une énumération détaillée des droits dont les colons se considéraient comme investis, dérivant tant de la nature propre de l'homme que des principes de la constitution anglaise et des différentes chartes octroyées aux colonies. En fondant les revendications coloniales, non seulement sur des considérations de droit naturel, mais sur une base historique, on voulait éviter toute apparence révolutionnaire.
La déclaration des droits contenait aussi la nomenclature des griefs des colonies contre la métropole. La discussion fut longue sur ce point. La Caroline du Sud proposa de viser toutes les lois par lesquelles la Grande-Bretagne, depuis l’origine des colonies, avait cherché à restreindre leur commerce et à paralyser leur industrie. La Virginie proposa au contraire de s’en tenir aux innovations du règne de George IIL. Les lois de navigation ne figureraient point dans la liste des griefs. John Adams proposa, à titre de compromis, la rédaction suivante : « Nous admettons volontiers l'application des actes du Parlement qui n’ont pour objet, bona jide, que la régle-
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mentation du commerce extérieur, en vue d’assurer les avantages commerciaux de tout l'empire à la mère patrie, mais en excluant toute idée de taxation intérieure ou extérieure en vue de lever un revenu sur les sujets américains de la couronne sans leur consentement. » La plupart des délégués estimaient que c'était trop concéder. Cependant la proposition fut acceptée parce qu'elle émanait d'un représentant du Massachusetts et attestait par là mème de quel esprit de conciliation le Congrès était animé.
John Dickinson, élu représentant en Pennsylvanie, vint renforcer la délégation de cette province au Congrès et prit son siège le 1° octobre, à temps pour rédiger le projet d'adresse au roi. Des lettres de Boston arrivèrent quelques jours plus tard, avisant que le général Gage continuait à saisir les approvisionnements militaires du Massachusetts et à fortifier la ville. Le Congrès provincial demandait conseil au Congrès continental. Cette dernière assemblée, n'osant faire une réponse directe, vota (8 octobre) la résolution suivante : « Le Congrès approuve l'opposition des habitants du Massachusetts aux actes récents du Parlement et déclare que, s’il était fait une tentative d'exécuter ces actes par la force, le devoir de toute l'Amérique serait de s'associer à la résistance ». Galloway (de la Pennsylvanie) et Duane (du New-York) protestèrent contre celte résolution, déclarant qu'elle équivalait à un acte de trahison.
La déclaration des droits des colonies revint du comité, rédigée selon la formule de John Adams, et réclamant, « pour que l'harmonie se rétablisse entre les colonies et la Grande-Bretagne », l'abrogation de onze acts du Parlement, minutieusement énumérés. Elle fut votée ainsi que la résolution suivante qui en était en quelque sorte la sanction : « A partir du 1‘ décembre prochain, les Américains s'engagent à ne plus importer aucune marchandise d'Angleterre ou d'Irlande. Si, le 10 septembre 1775 !, salisfaction n'a pas été obtenue de la métropole, les Américains s'engagent en outre à n'exporter à l'avenir aucun produit pour la Grande-Bretagne, l'Irlande et les Indes-Occidentales, le r4:
1. L'Amérique étant en général débitrice des négociants anglais, il était certainement habile de n'arrêter l'exportation que neuf mois après la cessation de toute importation,
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LE CONGRÈS DE 1774. 511 excepté. » Le souci des intérêts particularistes n'était pas entièrement étouffé dans cet éle à général vers la concentration des efforts. L’exception du riz avait été réclamée par la Caroline du Sud qui ne trouvait pas la partie égale pour tous : « Le Nord, dit-elle, n'exporte que du poisson, qu'il continuera d’expédier en
Portugal et en Espagne, tandis que nous exportons pour un demi-.
million de dollars de riz en Angleterre ».
Le Congrès dénonça comme des « ennemis de la liberté américaine », avec lesquels toutes relations sociales devaient ître rompues, les colons qui n’observeraient pas les engagements pris solennellement au nom de toutes les colonies par leurs délégués réunis en Congrès.
Plusieurs adresses furent encore rédigées, au roi, puis au peuple d'Amérique, au peuple du Canada ‘ et au peuple de la Grande- Bretagne. Avant de se séparer, l’Assemblée décida la réunion en mai 4775 d’un second Congrès, auquel étaient invitées à participer toutes les colonies de l'Amérique du Nord, y compris la Nouvelle-Écosse et le Canada.
1. Dickinson fut le rédacteur de cette adresse, où il était dit que les anciennes jalousies religieuses devaient être condamnées comme une infirmité d’esprits non éclairés, et que les cantons suisses offraient au contraire un exemple remarquable d'une Confédération composée d’États catholiques et protestants. Quel progrès depuis les temps du bigotisme puritain! Les habitants du Canada ne répondirent ni à cette adresse, ni à l'invitation de prendre part au congrès de 17175.
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