‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 124 sur 147 · AN SAR · texte numérisé non relu

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il décida de livrer l'assaut avant la fin de l’année. Après une fausse attaque sur les remparts qui faisaient face au plateau d'Abraham, les deux généraux, chacun à la tête d’une colonne, tenteraient de pénétrer dans la ville basse sur deux points opposés. Pour que ce dessein insensé eùt quelque chance de réussir, il fallait une nuit de tempète, de rafales de neige et d'obscurité profonde. On dut l’attendre jusqu'au 31 décembre.

A deux heures du matin, Montgomery, à ia tête de la première colonne, s'engagea sur le sentier couvert de neige et de glace qui conduisait à une des portes de la ville basse. Les hommes glissaient à chaque pas, leurs mains gelées ne pouvaient tenir les armes et l'ennemi était sur ses gardes. Lorsque la tête du détachement apparut au détour du rocher, à quelque distance de la porte, une décharge de deux canons braqués sur le sentier coucha par terre le général Montmogery, son aide de camp Macpherson et dix autres. Le reste prit la fuite.

De l’autre côte de la ville, Arnold put s'emparer de la première porte, mais il se heurta à une barricade barrant la rue étroite où il se trouvait engagé avec trois ou quatre cents des siens. Une balle lui traversa la jambe, on dut l'emporter au camp. La colonne assaillie de tous côtés, prise à revers par une troupe de réguliers qui occupait de nouveau la porte, fut dispersée en un instant, les hommes se réfugiant au hasard dans les maisons. Quelquesuns furent tués, les autres durent se rendre : parmi eux, Morgan, Meigs, Hendricks. La lutte avait été courte et décisive. Les Américains y perdirent soixante tués et blessés, et trois ou quatre cents prisonniers. Lorsque le jour parut, 1° janvier 1776, il ne restait pas sept cents hommes au camp américain.

Carleton traita humainement ses prisonniers. Il fit ensevelir avec les honneurs de la guerre les corps de Montgomery et de Macpherson. Le Conseil de Québec et tous les principaux officiers de la garnison assistèrent, près de lui, aux funérailles du héros américain, Arnold, avec les quelques centaines d'hommes qui lui restaient, s'obstina à passer les longs mois d'hiver devant Québec, campé dans la neige, faisant le simulacre d'assiéger cette place où Carleton disposait de près de deux mille hommes bien abrités et bien pourvus de vivres.

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A Montréal commandait Wooster, qui suppliait les États de l'est, Schuyler, Washington et le Congrès, de lui envoyer des renforts. « Il nous faut deux mille hommes avec des canons, de la poudre et de l'argent. » Le Congrès et Washington préparèrent l'envoi de six à huit régiments, mais comment expédier à cette armée, perdue dans les glaces du nord, le matériel de siège qui aurait permis une attaque sérieuse contre Québec? Quinze cents hommes arrivèrent au milieu de mars à Montréal ; Wooster partit avec eux pour joindre Arnold et prendre la direction des opérations du siège (avril). Les soldats anglais, raconte Bancroft, riaient en apercevant du haut des remparts ce vénérable officier, couvert d'une immense perruque, se promenant solennellement devant les fortifications pour en chercher le côté vulnérable et diriger sur ce point les rares coups de ses douze canons de faible calibre. Wooster, calviniste du Connecticut, imbu de l'horreur du papisme, ne pouvait concilier à la cause américaine ni le clergé ni la gentry du Canada. La population des campagnes était d’abord favorable, mais on l'avait tellement harassée de réquisitions qu'elle devenait franchement hostile.

Washington, après l'évacuation de Boston par les Anglais, détacha successivement, sur l'ordre exprès du Congrès, dix des meilleurs régiments de l’armée continentale, Thomas, du Massachusetts, nommé major général et commandant en chef au Canada, partit avant ces troupes et arriva devant Québec le 1* mai. Il trouva dix-neuf cents hommes, dont moitié étaient malades de la variole. Quelques jours après, une escadre anglaise remontait le Saint-Laurent encore encombré de glaces; elle nortait des troupes le la métropole et d'Allemagne. Le trajet était plus aisé d’Angleterre à Québec par mer, que de New-York à Montréal par l'Hudson et le lac Champlain. Aussi Carleton fut-il plus tôt en mesure de lutter que Thomas,

Celui-ci dut donner l'ordre de la retraite. Une sortie de la garnison de Québec, qui venait d'être renforcée, changea la retraite en déroute; la petite armée, laissant derrière elle ses canons, cinq cents fusils et deux cents malades, ne s'arrêta qu'à Montréal. A Ccdars, un peu au-dessus de cette ville, un détachement américain, surpris par un corps d'Anglais, d'Indiens et de Canadiens,

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fut battu et laissa à l'ennemi quatre cent cinquante prisonniers, Cependant quelques bataillons commençaient à arriver du Sud; l’armée comptait à la fin de mai quatre mille hommes et Sullivan prenait le commandement, en remplacement de Thomas enlevé par l'épidémie. Mais dans le même temps débarquaient à Québec le corps allemand de Brunswick sous Riedesel et des régiments d'Irlande avec Burgoyne. Carleton pouvait disposer de dix mille hommes bien disciplinés et bien armés. L'armée américaine du Nord était menacée d'une destruction complète. Le 7 juin, Sullivan tenta une attaque sur le poste de Trois Rivières, mais l'ennemi était en forces et les Américains furent repoussés. Le 14, il embarqua tout son monde et remonta la rivière Sorel. À Saint- John il rallia Arnold et la garnison de Montréal. Le 18, on arriva à Isle-aux-Noix. Les Anglais, toujours circonspects, ne contrarièrent point cette retraite, alors qu'avec un peu d'activité ils eussent pu anéantir complètement l'ennemi’. Dans les premiers jours de juillet, les débris de l’armée du Canada rentraient sur le territoire américain à Crown-Point.

Le général Lee à New-York. Attaque infructueuse des Anglais contre Charleston (28 juin 1776).

La province de New-York était patriote en majorité, mais la ville restait encore loyaliste (fin 1775). Tandis que la municipalité new-vorkaise présentait à Tryon des adresses de dévouement, le Congrès provincial, qui avait déjà formé quatre régiments (dont un commandé par Mac Dougall et un autre par George Clinton), en levait un . ième pour l'expédition du Canada. Isaac Sears fut chargé |; .e comité exécutif d'enlever de nuit les pièces de la batterie établie à la pointe sud de la ville. Quelques coups de canon durent être échangés avec le navire de guerre anglais Asia”, La plupart des habitants de Long-Island

1. Jamais spectacle plus lamentable ne s'offrit aux yeux, disent les récits contemporains; les hommes étaient à moitié nus, rongés de vermine, affamés: la variole en enlevait chaque jour trente ou quarante ; « on ne pouvait entrer sous une tente, dit Trumbull, sans y trouver un malade ou un mourant ».

2, Alexander Hamilton assistait comme volontaire à cette opération. Agé de dix huit ans, étudiant à King's College, il avait déjà publié dans quelques journaux

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des articles patriotiques qui l'avaient fait remarquer parmi les Fils de la Liberté, Mac Dougall, quelques mois plus tard, le fit nommer capitaine d’une compagnie d'artillerie.

1, James Rivington avait acquis à Londres, comme libraire, une assez belle fortune qu'il perdit en joyeuses dépenses, Ayant fait faillite, il se réfugia en Amérique en 1760, vendit des livres à Philadelphie, puis ouvrit une librairie à New-York, Un peu plus tard il monta une imprimerie et fonda en avril 1773 The New-York Gaszetleer, feuille subventionnée par le gouvernement anglais et où Rivington soutint la cause royale en Amérique, En novembre 1775, Isaac Sears envahit son imprimerie, brisa sa presse, et fit fondre les caractères pour en faire des balles, Rivington alla en Angleterre acheter une nouvelle presse et revint avec le titre d'Imprimeur du roi à New-York, Cette ville était alors occupée par l’armée anglaise, I fit revivre son ancien journal sous le nom de The Royal Gazette et en continua la publication jusqu'en 1783,

New-Jersey, agissant d'accord avec le comité de New-York, procéda au désarmement des loyalistes de Long-Island. Stimulé par Sears, le général Lee demanda (fin janvier 1776) à être détaché de l’armée de Boston pour aller lever des volontaires dans le Connecticut, s'assurer de New-York et en chasser les tories. Washington, qui venait d'apprendre que Clinton s’apprêtait à quitter Boston pour une destination inconnue (sans doute New- York), donna son assentiment au projet. En peu de temps Lee réunit deux régiments et nomma Sears lieutenant-colonel.

Après quelques négociations avec le comité de New-York, il entra dans la ville le 4 février, le jour mème où Clinton jetait l'ancre dans le port avec des vaisseaux chargés de quelques troupes. L'épouvante fut générale, mais Clinton rassura les habitants en leur déclarant qu’il ne faisait que passer et que sa destination était la Caroline du Nord. En effet les transports s’éloignèrent et les bâtiments de guerre eux-mêmes sortirent du port pour stationner dans la rade. Lee poursuivit les travaux de fortification qu’il avait entrepris, et bientôt la ville fut hérissée de batteries commandant les rivières du nord et de l’est.

Lee, dont l'attitude, au début du siège de Boston, avait pu paraitre un peu suspecte, ne tarissait plus en invectives contre le ministère anglais et déclarait qu'aucune réconciliation n'était possible. Tout le monde était sous le charme, et voyait, en ce lieutenant de Washington, l'homme de guerre qui allait délivrer l'Amérique du joug de l'Angleterre. Franklin proposa de lui donner le commandement de l’armée du Canada. John Adams lui adressait les éloges les plus flatteurs : « Nous avons besoin de vous à New-York, à Cambridge, en Virginie, mais plus encore au Canada, C'est donc là que vous serez envoyé. Je vous souhaite les lauriers de Wolfe et de Montgomery, avec un sort plus heureux. »

Washington seul voyait clair dans les prétendus talents de Lee et ne se faisait illusion ni sur sa valeur morale ni sur son patriotisme. Il ne crut cependant pas devoir contrarier le courant général, et il félicita Lee lorsque celui-ci reçut, le 1° mars, le commandement des forces continentales au sud du Potomac au lieu de celui du Canada qui lui avait été d'abord destiné, Lee quitta New-York le 7 mai.

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Clinton se dirigeait vers l'embouchure de Cape Fear River. Martin, gouverneur de la Caroline du Nord, avait promis au ministère de lever des forces importantes au service du roi dans les hauts comtés, pourvu qu'on lui envoyât des armes à distribuer aux loyalistes. IL annonçait que vers la fin de février il avrait réuni au moins six mille hommes et serait maître de Wilmington'. En effet des amis de Martin, Allan Mac Donald et Donald Mac Leod, parvinrent à réunir autour de l'étendard royal environ quinze cents Hihglanders d'Écosse*?. Ceux-ci se mirent en marche le 18 février vers Wilmington. Mais ils furent arrètés par le patriote Richard Caswell qui commandait sept à huit cents hommes de milice de Newbern et des comtés voisins. Caswell, par un habile stratagème, mit en pièces la petite armée royaliste. Deux des chefs furent tués ; les autres restèrent prisonniers avec huit ou neuf cents hommes que l’on renvoya, désarmés, dans leurs fermes et leurs plantations. Cette heureuse surprise ne coûta qu'un homme tué et deux blessés aux partisans des libertés coloniales.

Le général Clinton avait ordre d'attendre à Cape Fear River les renforts qui devaient lui parvenir d'Angleterre et qui avaient quitté Cork en février, Retardée par des vents contraires et dispersée par des bourrasques, cette flotte n'arriva que le 3 mai, commandée par l'amiral sir Peter Parker et portant des troupes placées sous les ordres du général Cornwallis. Il était bien tard déjà pour réaliser les plans conçus pour cette campagne. La défaite des loyalistes de la Caroline du Nord par Caswell détruisait toutes les espérances fondées sur le zèle du gouverneur Martin. D'autre part, depuis le commencement de 1776, les travaux exécutés pour la protection de Charleston rendaient fort problématique le succès d'une expédition contre la Caroline du Sud. Cette province, sous la direction de ses chefs patriotes, Gadsden, Rutledge, Moultrie, s'était organisée militairement et politique-

1, « Envoyez-moi dix mille fusils et deux régiments. Je me fais fort d'avoir des communications avec l'intérieur et d’armer les gens du haut pays en tel nombre qu'après avoir rétabli l'ordre dans les deux Carolines, je tiendrai par la terreur loutes les colonies du sud de la Pennsylvanie, »

2, Des Highlanders s'étaient établis dans le haut pays après la guerre contre le Canada, D'autres Écossais étaient venus les rejoindre, entre autres Allan Mac Donald et sa femme, Flora, qui, en 1746, avait sauvé le prince Charles-Édouard dans sa fuite,

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ment en État indépendant. En mars l'assemblée vota une constitution comprenant : une chambre très nombreuse (trente membres pour la seule ville de Charleston), le maintien des anciennes lois sur les conditions d’électorat et d'éligibilité, un conseil législatif de treize membres élu par l’Assemblée, un pouvoir exécutif confié à un président, choisi par la chambre et le conseil réunis, et armé du droit de veto. John Rutlege fut le premier président de la Caroline du Sud.

Gadsden et Moultrie pressaient les travaux de fortilication (sur l'ile Sullivan principalement); ceux-ci étaient déjà très avancés lorsque Armstrong vint prendre, au nom du Congrès, le commandement de la défense de la ville. Enfin le général Lee, nommé commandant du département du sud, eut le temps, ayant été instruit de la destination de la flotte de sir Parker, d'arriver à Charleston, et d’y réunir six mille hommes avant que Clinton eût quitté Cape Fear River. Les Anglais parurent devant la baie le 4 juin. L'attaque n’eut cependant lieu que le 28. Trois vaisseaux, s'étant avancés devant le fort Sullivan, rencontrèrent des basfonds ; l'un d'eux ne put être dégagé, il fallut l'abandonner et l’incendier. Le reste de la flotte, après avoir sérieusement souffert du feu de l'ennemi, sortit de la rade. Les troupes de terre avaient

été débarquées sur l’île Longue, et devaient passer de là sur l'île Sullivan pour donner l'assaut au fort. Mais le passage entre les deux îles, que l'on avait cru guéable, était trop profond et ne put être franchi. Les troupes furent rembarquées et tout l'armement reprit le chemin de la baie de New-York, où l'armée anglaise de Boston venait d'entrer, le jour mème de l'attaque du fort qui porta désormais le nom de Moultrie en souvenir de son honorable

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