ESS
très peu de noirs furent importés; vers le milieu du siècle on en comptait à peine un pour cinquante blancs dans la colonie.
Nul n'avait songé à réduire les Indiens en esclavage. Ces sauvages, qui savaient et osaient se défendre, paraïissaient d’une race supérieure aux noirs. On pensait plutôt à les convertir; la compagnie donna dix mille acres de terre pour la fondation d'un collège où les enfants des Peaux-Rouges seraient instruils à côté de ceux des blancs. Un triste incident vint arrêter brusquement le cours de ces projets. Les colons vivaient très dispersés. Il y avait peu de villages, mais beaucoup d'habitations isolées, centres de vastes propriétés. Les communications avaient lieu surtout par les rivivres dont le pays était sillonné. Cette dispersion avait paru jusqu'alors peu dangereuse, les relations entre colons et Indiens étant restées très amicales. Les indigènes cireulaient partout, on les recevait sans défiance dans toutes les habitations, Mais Powhatan, le meilleur ami des blancs, était mort en 1618. Son successeur, Opechancanough, les détestait. Pendant quatre ans il sut dissimuler sa haine, préparant un massacre général. Un planteur fut un jour tué par un Indien que tuèrent à son tour deux des serviteurs de la victime, Ce fut le signal (1622). Si l'éveil n'eût été donné par un indigène, bien peu des colons auraient échappé. En un seul jour 350 furent égorgés sur 4000 environ que contenait la Virginie. Beaucoup purent profiter à temps de l'avis donné et se refugièrent à Jamestown.
En Angleterre, les affaires de la compagnie allaient fort mal. Au point de vue commercial, son entreprise avait été un insuccès. Les actions étaient tombées à vil prix et les assemblées générales d'actionnaires, divisées en deux factions (celle de Thomas Smith et des royalistes, celle de Sandys et de Southampton et des libéraux), étaient devenues un champ clos politique. Southampton venait de l'emporter sur ses adversaires et avait été élu trésorier. Il était du parti qui commençait en Angleterre à soutenir les droits du Parlement ct de la nation contre la prérogative royale, Gondomar, l'ambassadeur d'Espagne, dont l'influence étail très grande à la cour, et qui rêvait d'étouffer en germe la colonie naissante, rivale redoutable pour la Floride, réussit par ses intrigues à persuader à Jacques I" que cette compagnie, dont les membres
appartenaient pour la plupart à l'opposition, ne pouvait être qu'une « pépinière de parlementaires séditieux ». Les discussions intestines qui déchiraient la corporation donnaient beau jeu à ses adversaires. La nouvelle du massacre de 1622 lui porta le coup de grâce.
Jacques [°° pour se venger de la réélection du comte de Southampton comme trésorier (1623) saisit le prétexte de griefs formulés dans une pélilion que lui adressa la faction de la cour contre la corporation. Des commissaires furent nommés pour faire une enquète sur la situation générale de la société; les archives furent saisies. Smith, interrogé, exposa les fautes commises dans les premières années, et sa déposition permit de colorer la déchéance, déjà décidée, du nom d'acte de justice à l'égard de la colonie. Le roi par un ordre du conseil déclara que, les malheurs de la Virginie ayant été causés par le mauvais gouvernement de la corporation, il reprenait lui-mème le contrôle direct des affaires coloniales, La compagnie ne se rendant pas, le voi fit dresser contre elle un acte d'accusation (rit of quo warranto) et envoya en Virginie une commission d'enquête dont John Harvey et Samuel Matthews firent partie, deux noms destinés à figurer plus tard dans les annales de la colonie. La commission arriva à Jamestown en 1624. L'Assemblée fut aussitôt convoquée: elle demanda d’abord que les gouverneurs ne fussent plus investis d'un pouvoir absolu et qu'aucune atteinte ne fût portée à la liberté des assemblées populaires. L'anxiété était si vive qu'on résolut d'envoyer un agent en Angleterre et qu’une taxe de quatre livres de tabac par habitant fut levée pour subvenir aux frais de celte mission,
L'esprit de liberté s'était déjà profondément implanté les Virginiens. Il leur importait peu de relever d'une com] ou du roi, pourvu qu'ils pussent élire leurs délégués, se 1 1 eux-mêmes, el voter leurs propres lois. Les commissaires essayèrent en vain de l'intimidalion et des promesses pour obtenir une pétition visant le rappel de la charte sous laquelle leur constitution actuelle avait été fondée. Pour micux affirmer ses droits, l'assemblée vota cette déclaration de principe contre la taxation arbitraire : « Le gouvernement ne soumettra à aucune taxe les
colons l'asser Asso terre, la sal pagnié Les pl leraier Les cc nelle térét « démoc qu'à Î:
furent Ains Virgin mencal de ou ne Cau:
rent à :
aide, À ouven l'auton ment, | James, du feu aventu collines succédé petit ba qui s'ir se COM] où en.
l'assem besoins formée homme
ait être cussions Lu jeu à porta le
le Southle griefs e la cour Jour faire archives ommises olorer la ‘égard de les mal- "OUVErNEile direct as; le roi warranto) ont John lestinés à mmission nvoquée; s inveslis la liberté n résolul tre livres S de celle
nté
ph}
se L
missaires
ir obtenir leur con-
es droits, taxation
\ taxe les
colons, leurs terres et leurs biens, autrement que par l'autorité de l'assemblée générale; l'impôt sera levé et employé comme la dite Assemblée le décidera. » Les commissaires, de retour en Angleterre, firent leur rapport au roi. Ils louaient la fertilité du sol et la salubrité du climat et attribuaient à la négligence de la compagnie les désastres qui avaient frappé l’établissement naissant. Les plantations avaient une grande importance nationale et resteraient comme un monument glorieux du règne de Jacques 1°, Les commissaires conseillaient le retour à la constitution originelle de 1606. Les libertés populaires concédées, non dans l'intérèt de la colonie, mais comme une conséquence de la forme démocratique de la compagnie de Londres, ne pouvaient aboutir qu'à la confusion et à l'anarchie. La compagnie et son trésorier furent condamnés et la charte abrogée (1625).
Ainsi finit, après dix-sept années d'existence, la compagnie d Virginie. Elle avait fondé la colonie, assuré sa durée; elle commencait à la peupler; elle l'avait enfin dotée d’une forme libérale de gouvernement. Elle ne pouvait rien de plus, et sa disparition ne causa pas de regrets. Mème en Amérique on fut assez indifférent à son sort. La Virginie était déjà assez forte pour vivre sans aide. Nous la verrons, sous le gouvernement du roi, laissée le plus
ouvent à elle-même, ne s'en plaignant point et s'exerçant à l'autonomie, C'était encore cependant un fort modeste établissement, limité au nord par la rivière York, au sud par la rivière James, la grande artère de la colonie, à l'ouest par les chutes du fleuve où quelques hardis pionniers seuls s'étaient jusqu'alors aventurés, établissant leurs /og-houses (huttes de bois) sur les sept collines où s'élèvera Richmond. Sur les deux rives du James se succédaient les plantations, En amont de Jamestown était le petit bourg de Henrico avec son collège indien. Jamestown mème, qui s'intitulait fièrement James City depuis deux ou trois ans, se composait encore d'une palissade, de quelques maisons en bois ou en briques, d'un fortin et d’une église qui servait de local à l'assemblée des burgesses, en même temps qu'elle suffisait aux besoins religieux de la capitale de la Virginie. Dans la presqu'île formée par les deux rivières vivaient environ trois mille colons, hommes, femmes, enfants, serviteurs blancs et esclaves noirs.
Re