‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 38 sur 147 · SEE · texte numérisé non relu

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exercée qu'avec douceur, fut done maintenue. Les périls mêmes que courait Charles [* ne firent que rattacher plus étroitement les Virginiens à la dynastie des Stuarts ainsi qu'à l'Église épiscopale d'Angleterre menacée par l'insurrection presbytérienne. La colonie devint à partir de ce moment le refuge des Cavaliers chassés d'Angleterre par les Têtes rondes. En septembre 1649 un seul navire en amena 330. L'Assemblée vota une loi restreignant la liberté religieuse (1643), plutôt par hostilité contre les innovations politiques que par esprit de fanatisme. Les puritains qui étaient venus s'établir en Virginie n'avaient eu jusqu'alors à subir aucune vexation ‘. Mais lorsqu'on eut appris en Virginie que le parti démocratique avait levé dans la métropole l'étendard de la révolte contre la royauté, les burgesses votèrent une ordonnance de bannissement conire les ministres non conformistes, qu'ils fussent papistes ou presbytériens. Malgré cette législation restrictive, il se forma un parti puritain dans la colonie, mais qui resta en minorité pendant tout le temps de la lutte entre Charles [° et les Parlementaires *. Clayborne, l'adversaire obstiné de la famille Baltimore qui avait fondé la colonie voisine du Maryland, fut l'un des chefs de ce petit groupe d'indépendants. Le loyalisme de la grande majorité des colons était sincère, bien qu’un peu attiédi par la distance. La nouvelle du « meurtre » du roi excita une indignation profonde sur les bords de la baie de Chesapeake (1611). Le parti cavalier, dans le premier moment de fureur, vota des peines très sévères contre les Virginiens qui oseraient calomnier la mémoire du défunt monarque. Le fils de Charles [°' fut reconnu roi par l'Assemblée et Berkeley reçut de lui une nouvelle commission. Mais si les Virginiens étaient si attachés à la cause de Charles, c'était moins par amour pour la monarchie elle-même, que par jalousie pour des libertés dont il leur avait laissé la paisible possession. C'est ce qui explique l'extraordinaire facilité avee

1. Les Virginiens avaient même invité les gens de New-Plymouth (1629) à abandonner leur climat froid et stérile et à s'établir dans les régions plus douces de la baie du Delaware,

2, Il y avait environ un millier de dissidents vers 1642. Les ministres venus de la Nouvelle-Angleterre et chassés de la Virginie se réfugièrent dans le Maryland, Clayborne les excita à s’y rendre, leur disant que c’était un pays libre en dépit de ses abominations papistes.

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laquelle tout ce beau zèle parut s'éteindre le jour où une frégate enve: > par Cromwell (1652) vint jeter l'ancre à l'embouchure du James. Les royalistes de la Virginie ne tentèrent aucune résistance, Après un long et sérieux débat, le parti puritain prit l'ascendant et l'Assemblée proclama solennellement la soumission de la colonie au gouvernement de la République. Les conditions apportées par les commissaires du Parlement (Clayborne était l'un d'eux) semblaient d'ailleurs bien faites pour prévenir toute velléité de refus. La Virginie, pourvu qu'elle acceptât le nouvel état de choses, était laissée maitresse absolue de ses destinées. Toute garantie était donnée aux colons pour la conservation de leurs biens et de leurs privilèges et pour l’exemption de tout impôt qui ne serait pas voté par leur Assemblée. Un délai d'un an était accordé, pour se défaire de leurs propriétés et quitter la colonie, à tous ceux qui ne voudraient pas prêter le serment de fidélité à la République d'Angleterre. Une amnistie générale couvrait tous actes et paroles contre le Parlement et la République. Berkeley résigna sa commission, et le groupe puritain administra les affaires jusqu'à la Restauration (1652-1660). L'Assemblée, à l'instar du Parlement d'Angleterre, assuma tout le pouvoir et nomma ellemème les gouverneurs (Bennet, puis Digges et Matthews), ainsi que les membres du Conseil '. À aucune époque la Virginie ne jouit aussi pleinement du self-government que sous le protectorat de Cromwell. Les libertés populaires furent affirmées et établies tranquillement et légalement. La paix et la prospérité étaient fondées sur le suffrage de tous les contribuables et sur la liberté religieuse. Ilest vrai que cette prospérité pouvait ètre menacée par l’applicalion du fameux Act of Navigation, voté comme une mesure de guerre par le Long Parlement, repris par Cromwell et établi par lui comme le principe fondamental de la politique commerciale de la Grande-Bretagne (1652). Mais l'acte ne fut pas observé en Virginie, en dépit des compensations offertes par le Parlement, et aucun effort ne fut tenté pour en imposer l'exécution. L'Assemblée, après la mort d'Olivier Cromwell, reconnut sans difficulté son fils Richard. Après l’abdication de celui-ci, le tour des

1. L'Assemblée se composait de trente-six membres et représentait treize comtés,

événements dans la métropole annonçant une prochaine restauration des Stuarts, le parti puritain perdit subitement tout pouvoir dans l’Assemblée et les Cavaliers réélirent Berkeley comme gouverneur (mars 1660). La réaction royaliste ne rencontra pas plus d'opposition que n’en avait rencontré la suprématie temporaire des puritains. Malheureusement cette réaction, dans la colonie comme de l’autre côté de l'océan, prit le caractère d’un accès de repentir, d’une sorte d'exaltation du zèle royaliste, et poussa le parti dominant à des mesures extrèmes. Il y eut aussi laréaction des mœurs; le règne des vêtements noirs et sales, des têtes rasées et des chapeaux ronds était fini; celui des vestes de soie, des broderies, des cheveux bouclés, renaissait. Il y eut une immense joie en Virginie. Berkeley se rendit à Londres pour protester contre l'application del’Acte de Navigation. Il revint avec les concessions les plus avantageuses pour lui-même et les mains vides pour la colonie. Clayborne, le dernier des chefs du groupe puritain, fut dépouillé de son office de secrétaire. L'Église d'Angleterre fut rétablie et des lois sévères passées contre les dissidents. La roi remettait pour trois ans entre les meins du gouverneur et du Conseil tout pouvoir de taxation; une grande partie des hommes libres furent privés du droit de suffrage; l'autorité et les prérogatives du gouvernement et des conseillers furent accrues au détriment des pouvoirs de l'Assemblée. La Chambre des Burgesses qui avait réélu Berkeley en 1660 continua de siéger d'année en année sans élection nouvelle; les vacances étaient remplies par des élections partielles et le peuple eut de moins en moins part aux affaires publiques. Ces changements, opérés sous la pression du mouvement de réaction qui dominait à Londres, furent singulièrement facilités par des causes intérieures et surtout par l’organisation sociale de la colonie.

En 1650 il y avait en Virginie 45 000 habit: .is; vingt ans plus tard, d’après le témoignage de Berkeley, la population s'élevait au chiffre de 40 000, dont 32 000 blancs libres, 6 000 blancs servants el 2 000 esclaves noirs. Il esi impossible, en dépit des assertions contraires de quelques historiens, de ne pas assigner la plus grande part de cet accroissement considérable à l’afflux des royalistes d'Angleterre après l'exécution de Charles [°" (1649). En Virginie

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LA VIRGINIE PROVINCE ROYALE. 137 la terre était à bas prix; les gentilshommes pour qui le séjour dans la métropole n’était plus que tristesse et misère, pouvaient acquérir, dans ce pays résolument loyaliste, de grands domaines à peu de frais, chasser encore le renard, porter un toast au roi, échanger avec de vieux camarades les souvenirs de Marston Moor et de Naseby. Mème sous le gouvernement des puritains, la vie sociale virginienne resta facile aux Cavaliers et l'Église d'Angleterre ne fut pas opprimée. Berkeley ne quitta pas Greenspring et n’y fut pas inquiété par les maîtres du jour. Ceux qui arrivaient sans ressources trouvaient aussitôt des amis et un appui. D’autres apportaient les épaves de leur fortune. Beaucoup étaient des gens de haut rang. La reine Henriette-Marie songea à y venir chercher un asile, le poète sir William Davenant en 1651 fut arrèté par des marins du Parlement lorsqu'il venait de s’embarquer pour la colonie, Celle-ci se remplit ainsi rapidement de tenants du roi et de l'Église, qui furent bientôt maîtres de la direction des affaires sociales et politiques. La nature du sol, le genre de culture auquel il se prôtait, ne purent que développer les instincts et les goûts aristocratiques apportés par cette immigration d'Angleterre, en élargissant encore la distance qui séparait les gentlemen cavaliers des gens du commun, « those of the common sort ». Les meilleures terres furent accaparées par les plus riches des nouveaux colons et il se forma une classe de grands propriétaires faisant travailler sur leurs domaines les indented servants et les blancs de condition inférieure venus avant eux dans la colonie. L'engagement de servir que prenaient les servants avant d'être embarqués pour la Virginie n'était pas toujours volontaire. On expédiait de la mère patrie des criminels de toute catégorie. Cromwell envoya aussi des prisonniers de guerre, Écossais et Irlandais. A l'expiration de leur engagement, soit après quatre, cinq ou plus ordinairement sept années, les servants recevaient cinquante acres de terre et acquéraient le droit de suffrage. Quelques-uns, favorisés par le sort ou portés par leur activité et leurs talents, finirent par s'élever jusqu'à la classe des planteurs. Les plus nombreux composèrent l'élément principal de la classe inférieure des petits blancs. Le nombre relativement considérable des servants dans la Virginie s'explique par le besoin qu'on avait d'eux pour la culture du tabac, Ce n'est que plus tard

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que les esclaves noirs remplacèrent sur les plantations les travailleurs blancs.

L'élément cavalier dans la Virginie fut donc assez puissant, au moment de la restauration royaliste de 1660, pour exercer une influence décisive sur les affaires publiques et déterminer la structure sociale et religieuse de la colonie. C'est à cet élément que la colonie dut d'être ce qu'elle fut à la fin du xvn° siècle et pendant la première moitié du xvm‘. Il est vrai que les descendants des Cavaliers modifièrent peu à peu, sous l'influence mème des conililions spéciales où ils vécurent en Virginie, leurs idées sur les questions politiques et les matières de gouvernement. C'est pourquoi on les verra, au moment de ia lutte suprème entre les colonies et la métropole, prendre la direction du mouvement libéral et conduire leur pays à l'indépendance. Washington est le petit-fils d'un royaliste réfugié en Virginie pendant le protectorat de Cromwell; George Mason descend d'un colonel qui combattit pour Charles IL. Edmond Pendleton est issu d'une famille royaliste et lui-même resta invariablement attaché à l'Église épiscopale. Richard-Henry Lee est un descendant du Richard Lee qui invita Charles Il à venir en Virginie. Peyton et Ædmond Randolph sont d'une famille royaliste, de même Archibald Cary, Madison, Monroe, même Patrick Henry et Jefferson '.

C’est ainsi que le caractère de l'immigration virginienne depuis 1650 favorisa la réaction aristocratique de 1661. Le gouverneur Berkeley était très satisfait de l’état des choses. Lorsqu'il envoya en Angleterre (1671) des renseignements sur l’état de la colonie, il vanta la richesse de la province, sa nombreuse population, les huit mille chevaux qu’elle possède, les cinq forts armés de trente canons qui la défendent, ses quarante-huit paroisses, les quatrevingts navires qui viennent tous les ans d'Angleterre commercer sur ses rivages, et surtout le bon esprit de la population. Ce gentleman lettré, auteur d'une tragédie, accuse un dédain profond pour l'instruction des gens de peu. « Je remercie Dieu de ce qu'il n’y a ici ni écoles libres, ni presses, et j'espère qu’il n’y eu aura pas de cent ans. L’instruction engendre la désobéissance, l'hé-

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