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LA GRANDE ÉMIGRATION PURITAINE. 175 politiques et sociales, qui n'avaient présidé à la fondation d'aucune des autres colonies, Virgime, New-Plymouth, New-Hampshire. Leurs chefs étaient pour la plupart les initiateurs et furent plus lard les leaders du grand parti puritain qui allait engager une lutte de vie ou de mort contre la royauté. En 1630 Charles I‘ clait encore dans tout l'éclat de sa puissance et annonçait l’intention de gouverner sans contrôle, par le seul exercice de sa prérovative. Un grand nombre d'hommes qui ne voulaient plus de la religion telle que la pratiquaient les évèques et les ministres amis de la royauté, qui rêvaient une Église purifiée, sans pompes officielles, ramenée à la simplicité primitive et ne rappelant rien des « monstruosilés papistes », lournèrent leurs regards vers l’'Amérique. Des propositions furent faites par des personnages de haut rang, aux termes desquelles des puritains s’engageaient à émigrer en grand nombre si la compagnie et son gouvernement se transporlaient eux-mêmes en Amérique. Matthew Cradock, le gouverneur, “ait très favorable à ce projet. Il réunit l'Assemblée des sociétaires et lui soumit la question", Après deux jours de débat, celle-ci décida qne le gouvernement et la charte de la compagnie seraient domiciliés à l'avenir dans la Nouvelle- Angleterre, John Winthrop fut nommé gouverneur el procéda avec énergie à l'exécution de la décision prise, On élit aussi un sous-gouverneur el des assislants. An moment du départ le courage manqua à quelques-uns des élus, mais les démissionnaires furent promptement remplacés.
La compagnie émigre avec la charte.
Le départ eut lieu au printemps de 1630; onze navires emporlient les chefs de la compagnie et quelques centaines de sociélires où d'émigrants non associés. D'autres départs suivirent à bref délai, En trois mois 1 000 à 1 200 puritains arrivèrent au Massachusetts. Ainsi L& corporation entière émigrait, mais de l'objet primitif et purement commercial de la compagnie rien ne
1, La charte ne disait pas explicitement que les affaires de la compagnie seraient administrées à Londres et ne désignait aucune localité pour la réunion de l'Assemblée, Singulière lacune, à laquelle la Nouvelle-Angleterre dut sa rapide coloni-
salion, sa prospérité, le rôle considérable qu'elle a joué dans Phistoire des Elats-Unis!
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subsistait, tandis que son objet religieux et politique éclatait à tous les yeux. Ce n'était pas seulement une corporation qui déplaçait son siège social, c'était l'exode d’un peuple résolu à se constituer sous un gouvernement indépendant. Tous cependant ne partaient pas; parmi les chefs de la compagnie qui restaient en Angleterre, la plupart devaient entrer dans le Long Parlement et jouer leur rôle dans la guerre civile. Si la fortune s'était déclarée contre les Tètes rondes en Angleterre, en quelques années d'émigration il se serait formé en Amérique un grand État puritain qui probablement aurait rompu dès le milieu du xva siècle tous liens avec la métropole et eût été assez puissant pour défendre son indépendance. Le succès des parlementaires eut au contraire pour effet d'arrêter net, pendant une dizaine d'années, le mouvement d'émigration vers le Massachusetts (de 1649 à 1660). « Le même parti qui fonda les républiques de la Nouvelle-Angleterre d’une main renversa de l’autre le trône des Stuarts ‘. »
L'expédition commandée par John Winthrop était arrivée en juitiet à Salem où un triste spectacle frappa les yeux des émigrants, Il ne restait de la colonie d'Endicott que quelques malades épuisés par la famine, Les nouveaux colons eurent eux-mêmes beaucoup à souffrir. Ils s'étaient établis les uns à Salem, d'autres à Charlestown ou sur la presqu'ile qui forme aujourd'hui le centre de la ville de Boston, Winthrop etles assistants à Newtown (Cambridge). Les huttes grossières qui devaient servir de premier abri n'étaient pas encore achevées lorsque l'hiver arriva, avec son cortège habituel de rigueurs, Avant la fin de l’année on comptait plus de 200 morts, surtout des femmes. Beaucoup des survivants, cédant au découragement, retournèrent en Angleterre, Winthrop, qui venait de perdre un fils, donna à ses compagnons l'exemple du courage et de la résignation. Les deux années qui suivirent ne virent arriver qu'un pelit nombre de colons: 90 en 1631, 250 en 1632; ceux qui avaient abandonné la colonie répandaient des bruits sinistres sur l'insalubrité du climat, De plus, quelques émigrants que Winthrop avait renvoyés en Angleterre pour indiscipline religieuse accusaient la compagnie de tendances séparatistes,
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LA GRANDE ÉMIGRATION PURITAINE. 177 parce qu'une église indépendante avait été instituée à Salem et bientôt après une autre à Boston ‘. Enfin Mason et Gorges, jaloux et inquiets pour leurs concessions de l’est, prétendaient que les colons de la Baie ne rèvaient que rébellion et indépendance. En 163% ces accusations finirent par émouvoir le gouvernement royal, qui donna ordre d'empêcher de sortir des ports les navires chargés d’émigrants et invita Cradock à comparaitre avec la charte. Ilne put que répondre qu’elle avait émigré en Amérique avec la compagnie elle-même, et l'affaire en resta là.
La colonie entretint avec ses voisins de bonnes relations. Un chef de la tribu des Mohegans vint des bords du Connecticut visiter les vill.ges blancs de la Baie et invoquer du secours contre les Pequods. Miantonomoh, chef des Narragansetts, fut pendant quelques jours l'hôte de Winthrop. En 1632 celui-ci, accompagné du pasteur Wilson, rendit visite aux habitants de l'ancienne colonie de New-Plymouth *.
La nomination de William Laud au siège archiépiscopal de Cantorbéry (1633) accrut le mécontentement des puritains en Angleterre. De tous les prélats de l'Église anglicane le nouveau primat était celui qui s'était le plus éloigné des principes de la réforme et le plus rapproché de Rome. Sa théologie était plus opposée que celle même des Arminiens hollandais à la théologie de Calvin. Il voulut imposer à l'Angleterre des pratiques et des cérémonies qu'elle ne connaissait plus depuis un siècle et dont le rétablissement parut le prélude du triomphe prochain du papisme. Aussi Laud était-il exécré de tous les non-conformistes, des puritains politiques qui faisaient profession de revendiquer les principes de la liberté civile, des puritains de discipline qui rejetaient les cérémonies et le gouvernement épiscopal de l'Église, et des purilains de doctrine qui soutenaient les opinions des premiers réformaleurs et notamment la prédestination. Laud les avait tous
1. The first Church of Boston, 1632, dont le ministre fondateur fut John Wilson; celui-ci eut pour successeurs Cotton, Norton, Davenport, ete,
2. Iltit le voyage à pied, ce qui prit tout un jour, Bradford, le gouverneur des Pilgrim Fathers, alla au-devant de Winthrop et le salua courtoisement, « Le jour du Seigneur, ils communièrent ensemble. L'après-midi, un sujet de discussion religicuse fut choisi, Le pasteur, les deux gouverneurs, les anciens prirent part at debat; par politesse Le dernier mot fut laissé aux hôtes de Boston, »
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