‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 55 sur 147 · RS · texte numérisé non relu

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pour ennemis; car en lui se personnifitient les tendances du parti de la cour à l’absolutisme, les prétentions de la hiérarchie épiscopale au gouvernement direct et arbitraire de l'Église, l'arminianisme qui était la négation du calvinisme, la Chambre étoilée, la Haute Commission, le Conseil d'York, ces tribunaux d'exception, qui, sous des formes différentes, usaient des procédés et réveillaient les souvenirs de l'Inquisition. Les dissidents furent persécutés #1 un nouvel élan fut donné à l'émigration.

La colonie de la Baie comptait en 1634 trois mille habitants, répartis dans seize villages (townships) ‘. Le premier acte de la compagnie, après l’installation sur divers points des rivages de la Baie, avait été l’admission d’une centaine des anciens colons aux franchises de la corporation. Le gouvernement fut ensuite constitué par les décisions successives de plusieurs assemblées des socittaires appelés freemen pour les distinguer des autres habitants de la colonie qui ne jouissaient pas du droit de suffrage. Le principe de l'union étroite de l'Église et de l'État fut appliqué dans toute sa rigueur par l'adoption de cette règle absolue que nul ne pourrait être admis au freedom (jouissance des droits politiques) s'il n'avait été d’abord reconnu membre d'une des églises de la colonie, Les freemen avaient à élire, tous les ans, le gouverneur, le sousgouverneur, les assistants et un peu plus tard les juges ?. Une fraction aristocratique dans la compagnie essaya de réserver au corps des assislants tout le pouvoir législatif, judiciaire et exécutit. Cotton et Hooker prononcèrent de beaux sermons contre les inconvénients des élections trop souvent répétées et du système de la rotation äes offices. Mais ce régime d’aristocratie théocratique ne dura qu'un an. Les freemen revendiquèrent leur droit de prendre part directement au maniement des affaires publiques. Ils décidè-

1. Au nombre des émigrants débarqués à Boston en 1633 figurent deux ministres célèbres dans les annales des premiers temps du Massachusetts, John Cotton un sectaire, et Hooker un modéré (fondateur quelques années plus tard de la colonie du Connecticut). Celui-ei s'établit à Newtown (Cambridge), celui-là à Boston même. « Hooker était très instruit. C'était un esprit ouvert et un caractère énergique, ferme dans sa foi, mais accessible aux suggestions de la raison, ami des réformes, mais ennemi de la violence, impassible au milieu des persécutions, doux envers les pauvres et les faibles, fier devant les puissants; il avait toutes les qualités de l’'apôtre. » (Bancroft.)

2, Winthrop fut réélu chaque année jusqu'en 1634 et eut alors Dudley pour suecesseur,

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LA GRANDE EMIGRATION PURITAINE. 179 rent que chaque township choisirait deux délégués pour former un (Conseil avec le concours duquel seulement les assistants pourraient imposer des taxes. Bientôt celte assemblée de délégués assuma le pouvoir de faire des lois sur tous les sujets pouvant intéresser la colonie. Les instincts démocratiques prenaient le dessus avec une srande énergie. « On ne voyait, sur tous les rivages de la Baie, que sens occupés à disserter de leurs libertés et de leurs privilèses. Les personnes sages ou timorées hochaient la tête, déplorant que le peuple eût u he toute autorité et s'en allaient répétan! que cela ne pourr l, »

Cela dure c puis deux cent cinquante ans.

On réclama | Lune constitution écrite, et une commission fut instituée pour composer un corps des lois organiques du Massachuselts.

Pendant quelque temps, les assistants, élus annuellement par tout le peuple, et les délégués des townships discutèrent et votérent en commun; mais les assistants s'étaient réservé un droit de veto sur les décisions communes. Les « patriciens » défendirent habilement leur prérogalive, tantôt par une sage temporisation, tantôt par de « judicieux sermons ». Il leur fallut à la fin se rendre; un compromis sépara la législature en deux Chambres, donnant à chacune d'elles un droit de veto sur les résolutions de l'autre. La réunion du gouverneur, du conseil des assistants et de la chambre des délégués constitua désormais la Cour générale.

Organisation républicaine. L'intolérance puritaine.

Ainsi les puritains du Massachuselts étaient organisés en république. Ofverra plus loin que les délégués en vinrent à exiger de tous les habitants de la colonie un serment d'allégeance non plus au roi, mais au gouvernement du nouvel État. En quittant l'Angleterre, les exilés n'avaient pas laissé seulement derrière eux une religion dont ils s'étaient dépouillés comme d'un vêtement odieux, Ils v laissaient aussi tout ce qui se rattachait à cette religion par les liens multiples d'une association séculaire d'idées et d'impressions, les habitudes sociales qu'elle avait engendrées, les inslilutions politiques qui en avaient été le fruit naturel, la subor-

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dination des classes, l'inégalité des conditions. Ils sorlaient de l'Angleterre, puritains et républicains. En politique comme en religion, ce sont des niveleurs qui par milliers traversèrent l'Océan de 1630 à 1650 pour gagner la Nouvelle-Angleterre. Autant d’établissements, autant de petites républiques, constituées dès le début avec les caractères les plus marqués du régime démocratique. Le gouvernement civil se modelait forcément sur le gouvernement ecclésiastique. La congrégation indépendante fit la commune autonome. Des principes de la constitution britannique, les colons ne purent appliquer que ceux qui s’accommodaient à leur état social réduit à ses éléments primitifs : la représentation populaire, l'étroite solidarité des intérêts particuliers au sein de l'organisation politique la plus simple, le township, l'habitude et le goût du self-government. Pas d'aristocratie, puisqu'il n’y avait ni Lords, ni comtes, ni barons, ni squires. Point de sujétion terrienne, puisque toutes les terres étaient à acquérir, toutes les propriétés à constituer par une lutte acharnée contre la nature, le climat et l’indigène.

Mais si les puritains étaient en avance sur leur temps au point de vue des notions de liberté civile et politique et de l'application qu'ils surent en faire, ils étaient bien de leur siècle au point de vue de l'intolérance religieuse. Tandis que les catholiques, établis dans le Maryland, se trouvaient naturellement conduits, par leur situation, à donner à toutes les autres confessions, sans succès d'ailleurs, un exemple curieux du régime de la liberté religieuse, les puritains au nord-est étaient non moins naturellement poussés à donner un exemple tout contraire. Ce n’était pas une colonie de philosophes qui s'était établie dans la baie de Massachusetts, mais un corps de croyants sincères, ardents, rêvant la purification de la religion et surtout exécrant les « prélatistes » ou « épiscopaliens » parvenus au plus haut degré de l'influence et du pouvoir sous Charles LE. Il y eut de 1630 à 1640 plus d’animosité, une haine plus violente entre les puritains et les prélatistes, dont William Laud était le type abhorré, qu'il n'y en avait eu entre les protestants etles catholiques dans la seconde moitié du xvr siècle.

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LA GRANDE ÉMIGRATION PURITAINE. 181 social le plus fort. Divisés sur certaines questions politiques, ils étaient d'accord sur un point, c’est que l'unité religieuse devait être rigoureusement maintenue, et que, fugitifs de la persécution, ils n’ouvriraient pas leur asile à leurs persécuteurs. Ils résolurent bientôt de ne l'ouvrir à personne qu’à ceux qui penseraient comme eux. L'Amérique était vaste. Ils entendaient se réserver, à l'exclusion de tout infidèle, de tout dissident, le coin sur lequel ils s'étaient fixés. « Nos pères, dit le ministre George Ellis ‘, n'ont jamais songé à ouvrir librement le territoire qu'ils avaient acquis, ni à en faire une place de refuge pour toutes sortes de consciences. Ils ont voulu faire de cette terre ce qu’un homme a le droit de faire de sa propre maison, un lieu de confort et de discipline, pour ceux qui auraient avec eux même esprit, mêmes sentiments, mêmes intérêts. » De là vint que ni les partisans de la libre pensée, ni les amis de la tolérance, ni les séparatistes purs, ni les quakers, ni aucun de ceux qui professaient en matière de culte d’autres opinions ou d’autres croyances que les leurs, n'eurent le droit d'entrer chez eux, de s'installer au foyer qu'ils s'étaient créé. Ils devinrent à leur tour, en vertu d’une éternelle loi de notre pauvre nature humaine, intolérants et persécuteurs, jusqu’au jour où la force des choses, le progrès des idées, le développement général intellectuel, l'influence des institutions politiques, eurent raison de ce reste de barbarie et les enrôlèrent, avec tous les autres habitants de l'Amérique nouvelle, sous la bannière de la liberté de conscience,

Roger Williams. Mrs. Hutchinson.

Cet esprit d'intolérance de la colonie du Massachusetts éclata dès la première année. Winthrop et ses compagnons étaient à peine débarqués, et la première église, celle de Salem, venait d'être constituée, lorsque deux frères, John et Samuel Browne, membres du Conseil, formèrent autour d'eux un groupe de fidèles résolus à observer les cérémonies ordinaires du culte anglican. Le gouverneur les fit aussitôt arrêter comme des criminels et les

1 Ellis, First Church in Boston,

embarqua sur un des navires qui reprenaient la route de la métropole. A quelque temps de là on apprit à Boston, qui comptait encore à peine quelques maisons, qu'un ministre puritain, Roger Williams, arrivé dans la colonie en 1631, et suspect d'opinions subversives, faisait des prosélytes à Salem et que le peuple de ce village allait le choisir pour son prédicateur aititré. Roger Williams avait souffert de la persécution; mais, loin de croire que le remède dût être cherché dans les représailles de l'intolérance, il prèchait au contraire le respect des droits de la conscience. Il devançait Descartes et William Penn. Il bornait le rôle du magistrat à la punition du crime ou du délit, mais lui déniait tout droit de contrôle sur l'opinion; il n'admettait pas que la pensée, la croyance füt justiciable du pouvoir civil. Il réclamait l'impartialité de la loi pour toutes les formes du culte; il protestait contre les contributions forcées pour l'entretien de la religion et de ses ministres. De telles doctrines étaient en opposition directe avec les principes sur lesquels venait de se fonder la société puritaine du Massachusetts. Roger Williams était un intrus dans la colonie.

Il y eut un tel émoi à Boston parmi les ministres et les « elders » (anciens) ‘, que Williams dut s'éloigner; il alla passer deux ans au milieu des gens de New-Plymouth, des séparatistes. Mais ce séjour n'apporta aucun changement dans ses opinions. De retour à Salem il recommença à scandaliser les « churchmen » de Boston par l'audace de ses théories. Le magistrat civil n'avait même pas le droit, selon ce révolutionnaire, d'intervenir pour empêcher une église de tomber dans l'hérésie. Enfin il osa protester au nom de la liberté de conscience contre un serment à la fois politique et religieux que les « assistants » décidèrent ?tte époque d'imposer aux habitants de la colonie, serment « apprimant toute mention du roi et de l'Angleterre, n’engageuit la fidélité de ceux qui le prètaient qu'au gouvernement du Massachusetts, En fait, Roger Williams accusait nettement les autorités de la colonie de se meltre en état de rébellion, au moment même où l'on savait la charte sérieusement menacée en Angleterre, Il fut cité à comparaitre devant la Cour générale à Boston, discuta longuement et tint tète

1. Les anciens, nom donné aux membres les plus vénérés de chacune des églises.

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LA GRANDE ÉMIGRATION PURITAINE. 183 à tous les ministres ligués contre lui. Bradford, de New-Plymouth, qui assistait au débat, fut charmé de l'éloquence de l'accusé, mais déclara qu'il avait le jugement « déréglé ». Williams vaincu à Boston, en appela à toutes les églises de la colonie, c'est-à-dire au corps électoral, puisque les membres des églises possédaient seuls le droit de suffrage. Le ministre John Cotton cria à la trahison et le peuple de Salem, convaincu du crime de lèse-majesté, (ut privé de la franchise électorale jusqu’à ce qu’il fit amende honorable. Williams se vit dès lors abandonné peu à peu par ses fidèles, même par sa famille, et il fut condamné à l'exil. Menacé d'être embarqué sur un navire en partance pour l'Angleterre, il s'enfuit à travers la forêt vierge, en plein hiver (1635), et alla fonder à l'embouchure de la rivière Pawtucket ou Narragansett, près d’un lieu dit Seekonk, mais hors des limites de la concession de New-Plymouth, la petite colonie de Providence, noyau du futur État de Rhode-Island.

Les puritains continuaient d'arriver en grand nombre dans la Baie, et déjà la population du Massachusetts projetait au loin des rejetons. Dans l'hiver de 1635 à 1636 les ministres Hooker (de Newtown) et Stone (de Dorchester) se transportèrent avec les fidèles des deux églises et toute l'organisation municipale des deux townships sur les bords de la rivière Connecticut. Un peu avant celle émigration étaient arrivés à Boston trois commissaires, chargés par les lords concessionnaires de la colonie du Connecticut ‘ d'établir un poste fortifié à l'embouchure de ce fleuve qui traverse du nord au sud toute la Nouvelle-Angleterre presque parallèlement à l'Hudson et vient se jeter dans l'Atlantique en face de Long Island. Ces commissaires étaient Hugh Peters, ministre d'une congrégation exilée en Hollande, Winthrop, fils du gouverneur et gendre de Peters, Henri Vane, fils d'un secrétaire d'État de Charles L, mais lui-mème puritain enthousiaste. Vane fut élu gouverneur en 1636, en remplacement de John Haynes, qui s'en alla rejoindre Hooker et Stone sur le Connecticut, Deux gentilshommes du parti libéral anglais, lord Say and Sele et lord Brooke, les propriétaires de la concession du Connecticut, firent à

1, Voir chap, xut,

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celte époque savoir au gouvernement du Massachusetts que plusieurs membres de la Chambre haute de la métropole étaient disposés à émigrer au Massachusetts, si le conseil des assistants était transformé en leur faveur en une Chambre haute avec droit héréditaire sur les sièges qui leur seraient concédés. Les fondateurs du Massachusetts, qui conservaient encore une influence prépondérante sur la direction des affaires, ne purent se résoudre à constituer une aristocratie héréditaire. Ils offrirent des sièges à vie, et la négociation n'eut pas de suite. |

La colonie continuait à être en proie à des divisions religieuses. Cette population, bigote jusqu’au fanatisme, se passionnait pour d’incroyables subtilités, pour des ombres d'opinions théologiques. Tout Boston était rempli de controverses. Au milieu de cette confusion, on pouvait discerner deux partis en voie de formation : celui des conservateurs, colons originaires, auteurs de la constitution, satisfaits de l'ordre de choses établi; l’autre, comprenant les progressistes ou libéraux, colons du lendemain, postérieurs à l'établissement de la discipline religieuse et politique, indociles au joug du système congrégationaliste. Les émigrants, qui arrivaient maintenant si nombreux, apportaient d'Angleterre les idées nouvelles auxquelles donnait chaque jour naissance la fermentation des opinions dans ce pays. Parmi les derniers venus se trouvait une femme d’un remarquable talent, Anne Hutchinson, qui, tout en s'occupant d'élever une famille nombreuse, trouvait le loisir de prècher des doctrines que l’on rattacha plus ou moins étroitement à l'ancienne hérésie antinomienne. Elle soutenait que la foi seule assure le salut et que les actes répétés de dévotion n'y font rien. Elle attaquait ainsi tout le système de piété rigoriste et extérieure du puritanisme officiel, Anne Hutchinson prenait à Boston le rôle que Williams avait joué à Salem. Elle était soutenue par son beau-frère Wheelwright, par Henri Vane le gouverneur, plusieurs ministres et une partie de la population. Une véritable insurrection contre l'autorité spirituelle se préparait; le clergé se voyait à la veille de perdre son influence jusqu'alors incontestée. Les ministres effrayés accusèrent Wheelwright de sédition. Les amis de celui-ci eurent le tort de déclarer sur un ton de menace qu'ils en appelleraient à l'Angleterre. Aussitôt les défenseurs de la

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LA GRANDE ÉMIGRATION PURITAINE. 185 liberté religieuse perdirent du terrain. Aux yeux du peuple, ils trahissaient la colonie; on oublia qu'ils soutenaient la cause de l'indépendance de la pensée pour ne plus voir en eux que des ennemis des franchises du Massachusetts. Winthrop cet ses amis les fondateurs de la colonie tirèrent un habile parti de la situation, et ressaisirent le pouvoir prêt à leur échapper. Henri Vane découragé repartit pour l'Angleterre. Les « churchmen », qui étaient en mème temps des patriotes, étaient triomphants. Un synode de ministres de la Nouvelle-Angleterre fut chargé de fixer les principes de la véritable foi; la paix religieuse fut rétablie, grâce à un certain nombre de formules vagues sous lesquelles chacun put abriter ses croyances particulières. Une sentence d'exil débarrassa le Massachusetts d'Anne Hutchinson, de Wheelwright et des plus obstinés de leurs partisans. Wheelwright alla fonder Exeter sur les rives du Piscataqua (New-Hampshire). Anne Hutchinson et ses compagnons d'exil furent accueillis avec joie par Roger Williams à Providence.

Le parti de la Haute Église ne se contentait plus de poursuivre les puritains en Angleterre. Les progrès de la colonie que ceuxci avaient fondée en Amérique portaient ombrage à Laud et à tout l'épiscopat anglican. Celui-ci obtint de nouveau, en 1637, un ordre du roi enjoignant à la compagnie de produire en Angleterre ses lettres de patente. Peu de temps après, les évèques reçurent même le droit de constituer une commission spéciale pour réorganiser le gouvernement civil et ecclésiastique des colonies. Mais les colons ne se laissèrent point effrayer et la commission épiscopale put à peine opposer quelques obstacles au départ continuel d'émigrants pour le Massachusetts; son action resta nulle au delà de l'Océan. La colonie avait encore d'autres ennemis dans les différents propriétaires auxquels l’ancien Conseil de Plymouth avait successivement vendu toutes les parties du territoire qui s'étend de la rivière Penobscot à l'île de Long Island et au centre duquel le Massachusetts était maintenant constitué, avec une population qui ne s’inquiétait guère des opérations d'un bureau de commerce en Angleterre. Le partage avait été aisé; la prise de possession des parts était devenue impossible. La charte du grand Conseil de Plymouth n'avait donc plus aucune valeur, Une

dernière Assemblée fut réunie; on fit une division de ce qui restait de terres et les lots furent tirés au sort; après quoi la patente générale pour la Nouvelle-Angleterre fut rendue au roi. Les propriétaires se liguèrent aussitôt, intentèrent une action judiciaire contre la charte du Massachusetts et obtinrent même une condamnation. Mais le jugement ne pouvait être exécuté et la mort subite de Mason, propriétaire du New-Hampshire, l'adversaire le plus acharné des droits de la colonie voisine, suspendit les hostilités.

Le temps approchait où le roi n'aurait plus le loisir de s’occuper des colonies. La rupture allait éclater entre le souverain et la nation. L'Écosse prenait les armes et Charles I‘ avait assez de songer à sa propre sécurité. En 1640 le Long Parlement se réunit: Strafford est exécuté, Laud jeté à la Tour; de grands événements se préparent et les puritains entrevoient l'heure du triomphe. Dès lors le mouvement d’émigration est suspendu. Bientôt même un certain nombre de colons repassent l'Océan pour prendre part à la grande lutte. Mais la prospérité de la colonie n’en est pas compromise, Vingt mille habitnts se sont établis dans le Massachusetts, et, jusqu'à la restauration des Stuarts, cette population, qui constitue déjà une nation, va jouir d'une indépendance à peu près absolue.

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mois dans ce désert, Il y eût péri de froid et de faim, s'il n’eût rencontré des amis dévoués chez les Indiens dont il avait défendu les droits alors qu'à Salem ses partisans saluaient en lui l'apôtre de toutes les libertés. Il fut guidé, par des sentiers connus des Peaux-Rouges, jusqu'aux wigwams de Massasoit et de Canoni: :: chefs des tribus établies sur les rives des cours d'eau qui se jetteui | au fond de la baie de Narragansett. Il descendit la rivière Paw- | lucket jusqu’à l'embouchure; là se fit concéder par Canonicus et | par Miantonomoh, un autre chef du pays, la propriété du sol où

il rèvait de fonder une colonie rivale de Boston, afin que la liberté

religieuse et politique ne fût plus seulement un vain nom (1636).

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dence, Quelques-uns de ses fidèles vinrent le joindre, quelques

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cratique. En matière religieuse, liberté absolue pour chaque citoyen; en matière civile, la majorité fait et proclame la loi, A Boston, on parlait dédaigneusement de ce refuge de Providence où l'autorité se faisait si peu sentir qu'on n'y voyait point, disait. on, de magistrats. Tous les esprits exallés, tous les éléments turbulents dont les gouvernements bien ordonnés des colonies voisines, Plymouth, Massachusetts et Connecticut, étaient désireux de se débarrasser, trouvèrent un asile à Providence et bientôt après dans l'ile d'Aquetnek ou Aquiday, située au milieu de la baie. Lorsque les « churchmen » de Boston eurent fait prononcer une sentence d’exil contre Anne Hutchinson cet ses partisans, celle célèbre agitatrice vint aussi, avec Coddington, John Clarke et d’autres, chercher un abri dans ce coin perdu de l'Amérique, où 1 l'influence toute-puissante de Williams protégeait une poignée de il! blancs contre les caprices d'une population indienne plus dense de ce côté que partout ailleurs dans la Nouvelle-Angleterre. Les nouveaux venus achetèrent aux Indiens (1638) l’île d'Aquiday, qu'ils appelèrent Rhode-Island, et y fondèrent Portsmouth à l’extrémilé nord. Coddington fut nommé Juge du nouvel établissement. Ce voisinage inquiétait encore les Bostoniens; leurs magistrats entamèrent quelques négociations avec Coddington. Anne Hutchinson en prit ombrage et se retira chez les Hollandais de Manhattan; si! elle y périt peu de temps après avec dix-huit parents ou amis dans un soulèvement des Indiens ‘. Le premier habitant blane de la presqu'île de Boston, Blackstone, un clergyman de l'Église anglicane, avait quitté la société des puritains, qui ne lui plaisait guère, et s'était établi un peu au nord de Providence. Un autre irrégulier, Gorton, dont les prétentions et les audaces causèrent maint souci aux magistrats de Boston, mais qui jouissait de la protection du comte de Warwick, s'établit avec une bande de pionniers à l'ouesl de la baie de Narragansett, sur la rivière Pawtuxet (1643). Roger Williams eut beaucoup de peine à défendre sa propre concession iE y contre les hostilités des colonies voisines et contre la turbulence des { | gens qui venaient fonder des villages près du sien. Des querelles

1, Anne Hutchinson avait laissé à Boston un fils de qui descendit Thomas Hutchinson, dernier gouverneur et historien de la colonie de Massachusetts avant la révo: iution,

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