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Les puritains de 1660.
Tels on vient de voir les puritains en face de l'invasion des quakers, tels on les reverra lorsqu'ils seront pris par la peur de la sorcellerie, intolérants par tournure d'esprit et par habitude de pensée, entrainés à la persécution par la conviction profonde de la supériorité de leur foi et par une crainte superstitieuse des agissements et des manœuvres de l'esprit du mal. En ce qui touche les caractères de la race, ses habitudes sociales, ses singularités de costumes et de manières, ses bizarreries de langage et l'affectation d'austérité de ses mœurs, le puritain de la Nouvelle-Angleterre gardait une profonde ressemblance avec celui qui n’avail point quitté l4 métropole. La population du Massachusetts, de New- Plymouth, de Hartford et de New-Haven aurait pu se reconnaitre encore en 1660 dans l’œuvre de cet avocat de Lincoln’s Inn, le puritain Prynne, auteur de l'Hystrio-Mastyx, énorme in-quarto de mille pages, publié à Londres en 1633, et qui est un pamphlet contre les spectacles, la musique, la danse, la chasse, les fêtes publiques, l’observance des fêtes de Noël, les feux de joie, les arbres de mai, les réjouissances populaires du dimanche. Ce qui l'irrite particulièrement, c'est que les comédies se vendent mieux que les meilleurs sermons. Les salles de spectacle sont des temples de Satan, ceux qui les fréquentent, des diables incarnés, chaque pas de danse est un pas vers l'enfer. La musique des églises n'est qu'un bèlement ou un beuglement de bètes brutes. Prynne recommande à tous ceux qui pensent comme lui de s’honorer du nom de puritains, car le Christ était puritain. Comme Prynne avait aussi blâmé ouvertement la hiérarchie et les innovations du culte établies par Laud, il fut cité devant la Chambre étoilée, condamné au pilori, à la perte de ses deux oreilles, à une amende de 5 000 Liv. st. et à la prison perpétuelle. On avait voulu frapper tous les puritains
tique de ses fondateurs bigots et hypocrites l'avait condamnée, Ils ont forcé les puritains à abandonner leurs absurdes prétentions, à admettre des étrangers sans les insulter, à tolérer les divergences religieuses, à incorporer dans leur législation l'esprit de liberté qui est maintenant la vie de nos institutions, La religion
de la Société des amis est encore une force active, ayant sa pleine part d'influence sur notre civilisation. » (Hallowell’s The Quaker invasion of Massachusetts.)
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dans Prynne. « Il est vrai, dit l'historien Hume, que les puritains se faisaient distinguer par l’aigreur et l’austérité de leurs manières, par leur aversion pour les plaisirs et la société. Leur inspirer une humeur plus gaie, pour leur intérêt et pour celui du public, était une entreprise louable de la Cour, mais on peut douter que les piloris, les amendes et la prison fussent l'expédient le plus convenable pour ce dessein. »
Les jugements sévères ou ironiques sur les puritains ne manquent pas : « Ces gens-là, dit John Lamb, un de leurs adversaires, paraissent aux yeux du monde incapables de jurer, de forniquer ou de s’enivrer ; mais ilssavent mentir et tromper. » On connait le spirituel portrait tracé par Macaulay : Les puritains se prirent de voût pour l'Ancien Testament, qui contient l’histoire d'une race choisie par Dieu pour témoigner de son unité et servir d'instrument à sa vengeance, une race à laquelle il commanda d'accomplir des actes qui au jugement humain sont des crimes atroces. Ils donnèrent à leurs enfants des noms de baptème pris, non aux saints du christianisme, mais aux patriarches et aux guerriers hébreux. Ils transformèrent le dimanche, jour destiné à fèter la résurrection du Seigneur, en un sabbat israélite. Ils empruntèrent à la loi mosaique ses principes de jurisprudence et cherchèrent dans les livres des Juges et des Rois des règles pour la conduite de leur vie ordinaire. Souffrant de la tyrannie des princes et des prélats, ils méditaient sans cesse sur les plus sombres histoires de la Bible, une reine jetée aux chiens, un roi vaincu mutilé par un prophète, une femme qui, violant la foie jurée et les lois de l'hospitalité, enfonce un clou dans la cervelle d’un allié fugitif. Ces puritains en venaient à ressembler aux pharisiens qui reprochaient au Christ des mœurs débauchées. Dans leur costume, leurs manières, leur langage, leurs études, leurs amusements, tout était triste, lugubre, rigide, mais d’une tristesse sentant l'affectation et l'hypocrisie. Avant tout, un puritain ne pouvait être gai. Rire était un crime, tout divertissement une occasion de scandale. Les règles que ces gens s'imposaient et qui jetaient sur tous les actes de leur vie une teinte si sombre, eussent été insupportables au libre et joyeux esprit de Luther, à l'intelligence sereine et philosophique de Zwingle. Quelques puritains parmi les puritains hésitaient à
approuver l’étude du latin parce qu'on y rencontrait les noms de Mars, de Bacchus, d’Apollon. Les puritains étaient les ennemisnés des beaux-arts, peinture, sculpture et musique. Les sons de l'orgue ne leur semblaient que des voix sataniques. La re: résentation du corps humain sur la toile ou par le marbre ne pouvait être à leurs yeux qu'idolâtrie ou indécence. La coupe rigide du vêtement, la couleur foncée de l’étoffe, les cheveux plats, la mine allongée et triste, l'expression mystique des yeux, le ton nasal, un langage émaillé d’hébraïsrues, d'images tirées de l'Écriture Sainte, de métaphores empruntées à la poésie lyrique la plus hardie d’une époque et d’un pays lointains, et appliquées aux circonstances les plus triviales de la vie anglaise : tels étaient les traits caractéristiques de ce cant, particulier entre tous les genres de cants britanniques, le cant puritain.
Les traits de cette description se sont effacés peu à peu. Tout en laissant une marque indélébile sur les mœurs du pays, cette rigidité des premiers temps a fait place à des goûts, à des habitudes moins austères. Bancroft admire franchement le puritain, mème et surtout celui de 1660 : « Sous le grand chapeau et le vètement grossier, inélégant, dont se couvrait l'habitant de la Nouvelle-Angleterre, il y avait un homme. Ce qui faisait sa force, c'était sa foi. Sa conscience était sa religion. Il avait rejeté les formes de la superstition, les pompes du culte. Mais il croyait, et sa croyance élait toute spirituelle; son ministre, il le choisissait lui-même. Il n'avait au-dessus de lui ni clergé, ni royauté, et s'il craignait les puissäives invisibles des ténèbres et de l'enfer, il ne craignait rien sur la terre. Activité, intelligence, courage, telles étaient les qualités naturelles des puritains,... de cette race d'hommes d’où est sorti le tiers de toute la population blanche des États-Unis. En quinze années il était venu sur la terre du Massachusetts vingt mille immigrants, environ quatre mille familles; leurs descendants sont au nombre de quatre millions ‘. Aux Etats de New-York et de l'Ohio, où ils constituent la moitié de la population, ils ont apporté le système puritain des écoles publiques, ct leur influence s’est répandue sur tout le monde civilisé. »
4. Bancroft écrivait ces lignes au milieu du xixe siècle, Les fils des Yankees, fils eux-mêmes des puritains, sont aujourd’hui bien plus nombreux encore.
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