‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 7 sur 147 · Confluent du Muskingum et de l'Ohio · texte numérisé non relu

Confluent du Muskingum et de l'Ohio

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formé uniquement de feuilles tombées et de débris d'arbres, y esl d'une épaisseur égale à celui des terres voisines, ce qui établit la haute antiquité de ces constructions. Deux autres camps avaient été découverts près de Lexington (Kentucky), l'un d'une superficie de six acres, l’autre de trois. On y a trouvé des débris de poteries « d’une composition inconnue à nos Indiens ».

Beaucoup d’autres enceintes fortifiées étaient encore signalées à cette époque, le long des rivières de la vallée de l'Ohio et près du Mississipi. Ces dernières, d'après Franklin, n'auraient été que des jetées destinées à protéger les habitants contre les inondations du fleuve. On pouvait remarquer en outre que nombre de ces monticules ressemblent à ceux que l'on avait déjà vus en Asie el en Europe. Certains étaient manifestement des sépultures, les corps étant disposés entre plusieurs couches de terre battue ou de pierres plates sans aucune trace de mortier. Le nouvel État du Tennessee élait plein de ces sépultures. On avait aussi trouvé, non loin de divers villages Cherokees, des terrasses, des pyramides, des collines artificielles, très hautes, dont l'origine était inconnue même aux habitants que les Cherokees avaient délogés au temps de leur invasion, près de deux cents ans auparavant. On trouvait encore ces hauteurs artificielles dans les deux Florides sur l'Ockmulgee, sur l'Alabama.

« À quelle époque, par quel peuple ces ouvrages avaient-ils été construits? Quel degré de civilisation ce peuple avait-il atteint? Qu'est-il devenu? Peut-on concevoir que des nations assez puissantes pour élever de telles fortifications et pour enterrer leurs morts avec un soin si religieux aient pu être détruites et remplacées par les hordes ignorantes et barbares dont nous sommes entourés aujourd'hui? ou bien des calamités causées par un long état de guerre ont-elles pu effacer les dernières traces de la civi-

lisation de ces hommes et les ramener à la condition primitive

de chasseurs? nos Indiens actuels sont-ils les descendants de cet ancien peuple? »

Le problème de l'Amérique préhistorique était ainsi déjà posé il y a cent ans aux É lats-Unis, el occupait les esprits des savants et des philosophes, à \ l'heure mêmeé où l'élite des citoyens des treize États se réunissait à Philadelphie pour délibérer sur la

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L'AMÉRIQUE DU NORD AVANT L'ARRIVÉE DES EUROPÉENS. 39 question, bien autrement vivante et actuelle, de la formation d'une union plus étroite et d'un pouvoir fédéral sérieux. Les Moundhuilders (constructeurs de tertres) et leurs étonnants travaux apparaissaient aux futurs maitres de toute la largeur du conlinent de l'Amérique du Nord, comme une indéchiffrable énigme. « Lorsque la population des États-Unis, dit Franklin en terminant, se sera répandue sur toutes les parties de cette vaste el magnifique région, notre postérité, aidée de nouvelles découvertes, pourra peut-être former des conjectures plus salisfaisantes! Quel champ pour la méditation! » Il était lui-mème si vivement séduit par le charme mystérieux de tant de points d'interrogalion restant sans réponse, qu'il eùt volontiers, il le déclarait à ses auditeurs de Lancaster, traversé les montagnes pour examiner les mounds, S'il n'eût atteint déjà les limites extrèmes de la vie.

Bien qu'un siècle se soit écoulé depuis cette causerie du patriarche pennsylvanien, que le sol des États-Unis ait été exploré en tous sens par des savants, ambitieux d'arracher à cette terre le secret de ses habitants primitifs, bien que des montagnes de livres aient été amoncelées sur le sujet, des mémoires lus à toutes les sociétés savantes, des associations d’érudits et de chercheurs fondées exclusivement pour l'étude des monuments retrouvés par milliers et pour l’examen des systèmes historiques auxquels ces découvertes ont donné naissance, on ne saurait réellement dire que de grands progrès aient été faits vers la solution du problème. Nous nous bornerons ici à exposer brièvement dans quelle mesure les données de la question se sont précisées depuis le temps où Franklin en posait lui-même les premiers jalons.

D'où sont venus les habitants à peau brune de l'Amérique du Nord? Personne n'est en état de répondre avec plus de certitude aujourd'hui à cette question que ne l'était Franklin il y a un siècle, On a fait venir successivement les Indiens des Phéniciens,

des Egyptiens, des Hindous, dés Chinois, même des dix tribus d'Israël perdues à travers l'Asie € qui auraient passé sur le

continent américain par les iles Aléoutiennes ou le détroit de Béring, pt nR ee sr

On en a fait aussi des produits du sol : « La lerre où vous

dormez, disait en 1746 un chef des Micmacs à un officier anglais, est nôlre; nous sommes sortis de la terre comme les arbres, l'herbe et les fleurs. » Il y a près de deux cents ans, le pieux et très superstitieux ministre de Boston, Cotton Mather, donnait une autre solution : « C'est le diable qui à attiré ici ces pauvres sauvages dans l'espérance que l'Évangile n'arriverait jamais sur ce continent pour lui ravir sa domination sur eux. »

Quelques tribus indiennes, à l'époque de l'arrivée des Européens, avaient des traditions sur leur origine. La plupart disaient que leurs ancètres étaient venus de l'ouest. Certaines parlaient d'un déluge à la suite duquel l’auteur de leur race était arrivé dans le pays sur une barque faite d'écorce d'arbre.

Une monnaie romaine aurait été trouvée dans le Missouri, une monnaie persane dans l'Ohio, une petite plaque d'argent dans le New-York, à une assez grande profondeur du sol. Sur la plaque élaient gravés des lettres et des chiffres AD 600. On cite encore un gobelet d'argent doré découvert à Marietta (Ohio). Des hypothèses sans fin ont été édifiées sur ces faits et d'autres semblables, peut-être absolument insignifiants.

Autre question : l'Amérique a-t-elle été peuplée par une seule race ou par plusieurs? M. Virchow, exposant en 1877 l'état générai des connaissances actuelles sur l'anthropologie américaine, conelut à la pluralité des races. C'est aussi la conclusion d'une étude d’un professeur de Bâle, M. J. Kolemann, sur les autochtones de l'Amérique !, d'après l'examen des crânes fossiles. Les erânes américains, dit-il, dont l'indice a été caleulé, sont au nombre d'environ 1500, dont 917 de l'Amérique du Nord, 248 de l'Amérique centrale et méridionale, une centaine des Esquimaux et 208 de Précolombiens, On désigne sous ce nom général le peuple des Æjékkenmüddings (shellmounds où shellheaps, amas de coquillages), les Cliffdwellers (habitants des rochers à cavernes) el les Moundbuilders (constructeurs de tertres), dont il sera parlé tout à l'heure, L'examen de ces crânes à prouvé que les races étaient multiples, parce que les mêmes formes crâniennes se trouvent entremèlées aussi bien dans la partie septentrionale que dans la

1. Die Autochthonen Amerika’s in Zeitschrift für Ethnologie, 1883.

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autre chose que le croisement) des variétés entre elles est si complète qu'on ne trouve nulle part de peuples consistant en une

\ seule variété, enfin parce que cette pénétration avait eu lieu déjà

d'une manière intense dans la période précolombienne.

Les indigènes d'Amérique seraient done venus un peu de partout, les uns d'Europe, les autres du Japon et de la Chine, quelquesuns même de l’Australasie ou des îles du Pacifique. La parenté avec la race mongole parait peu douteuse. Il y a eu des migrations d'Asie à diverses époques. Mais les envahisseurs, arrivant des terres transpacifiques, trouvèrent-ils une terre vide, ou se heurtèrent-ils à une population primitive, celle qui aurait laissé comme

unique souvenir de son existence les tumuli qui ont déjà coûté

- tant de travaux à la science? Dans cette seconde hypothèse, de

grands mouvements de peuples se seraient produits pendant les quelques siècles qui précédèrent la conquête européenne, Sur les côles de l'océan Atlantique, du 45° au 50° degré de latitude nord, les Européens ne trouvèrent plus au xvi° siècle ces Skrällings ou Esquimaux avec lesquels les Islandais établis au Groenland avaient établi quelques relations au xr°. Une race nouvelle les avait repoussés vers le Nord, en inème temps qu'elle avait rejeté vers le Sud ou exterminé dans la grande vallée centrale du continent les peuplades à demi civilisées dont on n'a réussi jusqu'ici à connaitre ou à reconstituer aucun trait physique. Dans le même temps les contrées du Mexique et du Pérou commencèrent à être colonisées par des peuples adorateurs du soleil, Y a-t-il connexité entre ces peuplades et celles qui venaient d'être chassées de la vallée du Mississipi? ou bien élaient-elles la branche la plus civilisée des races qui passèrent d'Asie cn Amérique?

Shellheaps; mounds ou tumuli. Les Moundbuilders,

Les monuments par l'étude desquels on à cherché à percer le mystère de la vie, des mœurs, de l'aspect extérieur et du degré de civilisation des Américains antérieurs aux Peaux-Rouges sont de rois sortes : les amas de coquillages, en langue scandinave kjük-

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lenmüddings; les mounds où tumuli, tertres ou élévalions de terre arificielles, que dépeignait Franklin; et les pueblos, dont les eliffs sont une variété, grandes demeures communes creusées ou bâties soit en plaine, soit, le plus souvent, sur les flancs escarpés des montagnes.

Les shellmounds où kjükkenmüddings sont de grands bancs formés de débris de toute nature, mais surtout de coquillages. On en a trouvé en très grand nombre aux États-Unis, sur le bord de la mer et aussi sur les rivières. Près de San Francisco un de ces bancs mesurait un mille de long. La plupart sont de dimension moindre, Au milieu de débris de coquillages, on à trouvé, dans ces amas, des outils, haches, couteaux en pierre, en corne et en os, des fragments de poterie, du bois carbonisé, des cendres, des ossements de mammifères, des os longs à moelle fendus, des arêtes. Ces curieux monuments ont élé étudiés par nombre de savants américains et étrangers, notamment par MM. Jones, Wyman, Putnam, White '. Ils n'y ont jamais découvert d'outils en fer, en cuivre, en bronze, aucun objet en or ou en argent. D'autre part on n’y rencontre aucun ossement d'animaux de race éteinte. Les mammifères dont ils recèlent les débris sont ceux que virent les Espagnols à leur arrivée. La formation de ces amas se place donc entre la disparition de la faune quaternaire et le commencement de l'emploi des métaux. Elle a été l’œuvre de longues générations. Les bancs de coquilles de rivières ont paru en général les plus anciens. Ceux de la Caïifornie sont plus récents que ceux de la rivière Saint-John en Floride, décrits par M. Jeffries Wyman.

Les zjükkenmüddings sont plus anciens que les m#ounds. Il ne s’y trouve ancun spécimen des pipes que les twmuli renferment en si grand nombre. Sur certains de ces amas de débris ont poussé

des arbres gigantesques, des chènes auxquels on attribue de quatre cents à six cents ans. D'une part ces âges d'arbres sont fort conlestés, de l’autre ils donneraient une indication tout au plus sur là date de l'abandon des shellmounds, mais non sur celle de leur orivine,

Les nounds où tumuli sont des monlicules artiliciels que l'on a

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