‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 85 sur 147 · CLE · texte numérisé non relu

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donnant droit à un lot dans la cité à construire. Trois navires mirent bientôt à la voile chargés d’émigrants. L'année suivante (1682), Penn publia une constitution « « Frame of government » qu'il déclara lui-même « extraordinaire, tant elle assurait de privilèges et de liberté, puisqu'elle ne laissait au propriétaire el à ses successeurs aucune possibilité de faire du mal ». Cette constitution donnait le pouvoir législatif à un conseil de soixantedouze membres élus par les freemen pour trois années et renouvelables par tiers tous les ans, conseil présidé par le propriétaire

La Pennsylvanie.

ou son représentant, avec triple vote. Les lois votées par le conseil étaient soumises à l'approbation d'une Assemblée de délégués très nombreuse (de deux cents à cinq cents membres). En 1682 encore, la ville de Newcastle et tout le pays à l’ouest de la baie du Delaware jusqu'au cap Henlopen au sud furent cédés par le duc d'York à Penn, le cédant se réservant la moilié des rentes et des bénéfices.

Toutes choses étant ainsi réglées, Penn mit à la voile avec une centaine d'émigrants. D'autres le suivirent de près; vingt-trois

L Le nom de « Territoires » fut donné à cette concession qui embrassait la région dont a été formé depuis le petit Etat de Delaware,

bâtiments transportèrent des quakers en Pennsylvania en 1682, et tous arrivèrent sans accident à destination. Seul Penn eut une traversée des plus pénibles. Il débarqua à Newcastle, localité principale des Territoires, et remonta le fleuve jusqu'à Upland (Chester), premier établissement européen dans la province ou Pennsylvania proprement dite. Tant dans les comtés du bas Delaware que dans la province même, sur la rive droite du fleuve, étaient déjà installés en cinq ou six villages et en plantations isolées, de deux à trois mille habitants, « race simple, forte, industrieuse, formant six sociétés religieuses, dont trois de luthériens suédois et trois de quakers, avec une terre fertile, un air clair et doux, des sources abondantes, des provisions faciles à obtenir, du poisson et du gibier à profusion, un pays dont Abraham, Isaac et Jacob se seraient déclarés satisfaits ». Un peu plus haut sur le fleuve, en face de la petite ville de Burlington, qui s'élevait à l’est, en territoire new-jersien, Markham, agent de Penn, faisait construire une grande demeure sur le domaine (k Pennsbury (Pennsbury Manor) pour le propriétaire.

Penn visita le New-Jersey, où il conservait d'importants intérêts, New-York et Long-Island. Il revint en décembre 1682 à Chester, et y réunit la première Assemblée de la Pennsylvanie. La région du haut fleuve fut divisée en trois comtés, comme l'était déjà celle du bas fleuve ou des Territoires. Chacun des comtés ayant envoyé douze délégués, on forma un conseil de dix-huit membres et une Assemblée de cinquante-quatre délégués (plus tard trente-six). La clause réservant un triple vote au gouverneur fut supprimée; le conseil et le gouverneur furent investis conjointement du droit d'initiative pour la présentation des projets de loi. Penn s'était déjà convaincu qu'avec l'application de sa constitution originelle, son autorité aurait été en peu de temps complètement annulée. On lui reprocha vivement ces modifications vingt ans plus tard, comme un acte de despotisme. Penn prétend qu'elles résultèrent d'une offre spontanée des délégués qui alléguaient leur ignorance et la crainte de faire des lois interdites par la charte. Dans une session de trois jours, l'Assemblée vota un acte d'union naturalisant les Hollandais et les Suédois de la province, et quelques mesures législatives formant un code appelé la grande Loi,

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« Great Law ». Tout homme libre payant les taxes et croyant en Jésus-Christ est freeman, c'est-à-dire vote et est éligible. Personne ne pourra être molesté pour ses croyances religieuses, ni obligé de contribuer à l'entretien d'aucun culte, temple ov ministre. La loi interdit sous des peines sévères l'usage des jeux, des cartes, des dés, des masques, la danse, le théâtre. Le droit d'ainesse est partiellement aboli : le fils aîné, comme dans la Nouvelle-Angleterre, n'a plus qu'une double part dans les biens laissés par le père.

La session close, Penn se rendit à Newcastle (fin 1682), où il rencontra lord Baltimore. L'entrevue des deux propriétaires avait pour objet la délimitation de la frontière entre le Maryland et la Pennsylvanie. La charte du Maryland indiquait comme limite septentrionale le 40° degré « où finit la Nouvelle-Angleterre ». Au moment où ce document avait été rédigé, on croyait que le 40° degré passait à l'embouchure de la rivière Susquehannah. Mais il fut découvert, après vérification, qu'il se trouvait plus au nord et que, s’il était pris pour limite méridionale de la Pennsylvanie, tout le cours inférieur des deux rivières Delaware et Susquehannah (y compris l'emplacement où s'est élevée Philadelphie) serait resté hors de la juridiction de cette province. Penn tenait surtout aux embouchures des deux rivières, au libre accès vers la mer. Lord Baltimore ne voulut rien céder de ses droits. Les négociations n'aboutirent pas, et les deux propriétaires se relirèrent assez peu satisfaits l’un de l’autre !.

On à célébré sur tous les tons l'accord conclu par Penn avec les Indiens de la Pennsylvanie, le fameux traité signé sous le grand orme de Shakamakon. Les tribus indiennes que les quakers eurent la bonne fortune de rencontrer dans la partie basse des vallées du Delaware et du Susquehannah faisaient partie de la confédération des Leni-Lenape ou Delawares, que les Iroquois méprisaient pour leur faiblesse et leur couardise et qu'ils avaient contraints de se déclarer eux-mèmes des femmes, tant ils étaient d'un caractère bas et misérable. On acheta leurs terres à ces craintifs indigènes, et on les paya le prix qu'on voulut. A l'inté-

L La frontière du Maryland et de la Pennsylvanie a été fixée délinitivement au 39°43",

rieur seulement, sur le haut cours des deux fleuves, se trouvaient quelques tribus plus vaillantes, alliées ou tributaires des Cinq- Nations.

Philadelphie (1683). Départ de Penn. Ses agents et l’Assemblée,

La langue de terre comprise entre le Schuylkill et le Delaware, au confluent de ces deux cours d’eau, fut choisie pour l’emplacement de la future capitale de la province, Philadelphia, nommée ainsi de « l’amour fraternel » dont faisait profession la secte des quakers. Les rues furent tracées et des constructions commencées. Les colons arrivaient : la ville comptait quatre-vingts maisons à la fin de 1683.

Penn s’embarqua pour l'Europe en août 1684, laissant le gouvernement de la colonie au conseil, dont Thomas Lloyd était président et Markham secrétaire. Il y avait déjà en Pennsylvanie sept mille habitants, répartis en vingt communes, en très grande majorité des quakers d'Angleterre et du pays de Galles. Il arrivait aussi des quakers de Hollande et d'Allemagne, convertis quelques années auparavant par Penn et Barclay durant une tournée sur le continent. Le bourg de Germantown, compris aujourd'hui dans la ville même de Philadelphie, fut fondé par une troupe de ces Allemands. Penn conserva auprès de Jacques Il la faveur dont il avait joui auprès du duc d'York. La charte de Pennsylvanie fut la seule qui ne fut point l'objet d’un jugement de déchéance. De plus, le Conseil privé, en 1685, assigna au propriétaire de la Pennsylvanie la moitié orientale du territoire situé au nord du cap Henlopen, entre la baie de Delaware et ceile de Chesapeake. Dans la colonie, l'Assemblée ne tarda pas à devenir mécontente de sa position subalterne à côté du conseil. Elle assuma peu à peu l'initiative en matière de proposition des lois. Moore, le grand juge, ayant voulu s'opposer à ces prétentions contraires au texte constitutionnel, fut expulsé de l'Assemblée et mis en jugement, émpeached; le secrétaire du tribunal, refusant de livrer les archives, fut jeté en prison. Penn, irrité de ces abus de pouvoir, se plaignait en outre de l’ingratitude des colons qui ne lui remboursaient aucune des dépenses qu'il avait faites pour eux;

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Dernières années de Penn. La « Charte des privilèges ».

L'interruption des pouvoirs de Penn ne dura que deux ans, Le gouvernement de sa province lui fut rendu en 169%. Il se décida en 1699, après quinze ans d'absence, à retourner dans la colonie, emmenant avec lui sa famille, et résolu à s’y établir pour le reste de sa vie. Il fut agréablement surpris de l'état de prosptrité où il trouva la Pennsylvanie; mais les colons s'étaient habitués à l'indépendance et Penn eut quelque peine à se mettre à l'unisson des idées qui régnaient à Philadelphie. S'il obtint de l'Assemblée des lois pour la répression de la contrebande et de la violation des lois commerciales, il proposa vainement des mesures pour prévenir les abus du trafic avec les Indiens ou pour assurer aux esclaves nègres les droits du mariage légal. Il se heurta à plus de difficultés encore dans sa siluation de landlord ou propriétaire foncier. Ses lenanciers prétendaient se décharger de la rente perpétuelle stipulée à l’origine et réclamaient toutes sortes d'avantages ou de privilèges que Penn était peu disposé à céder, mais qu’on lui arrachait de force. Une nouvelle constitution appelée la Charte des Privilèges (Charter of Privileges) devint et resta la loi fondamentale de la Pennsylvanie, jusqu'à la révolution. Le pouvoir législatif appartenait à un gouverneur et à une Assemblée unique, élue tous les ans !, fixant elle-même la durée de sa session, et possédant tous les droits exercés par les Assemblées dans les autres colonies du roi en Amérique. La liberté de conscience était complètement assurée. La ville de Philadelphie fut incorporée en city sur le modèle des villes anglaises et dotée d'un corps municipal dont Penn nomma les premiers membres.

Le fondateur de la Pennsylvanie quitla sa colonie en 11, rappelé en Angleterre par la présentation au Parlement dr: bill pour l’abrogation de toutes les chartes coloniales. Il laissait à James Logan, depuis longtemps déjà le représentant et le défenseur de ses droits de landlord, l'administration de ses pro-

1. Pour être “lecteur il fallait posséder 50 acres de terre ou 166 dollars de biens personnels,

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PENNSYLVANIE ET DELAWARE. 329 priétés particulières et la direction des relations avec les Indiens. Andrew Hamillon, ex-gouverneur de New-Jersey, fut nommé sous-gouverneur de la Pennsylvanie. Les comtés du Delaware se séparèrent entièrement de la colonie (1702), et s'administrèrent désormais seuls.

L'Assemblée de la Pennsylvanie devint de plus en plus hostile au propriétaire. Elle lança (170%) un mémoire dans lequel Penn était accusé d'avoir repris par ruse le droit de veto auquel il avait jadis renoncé, de s'être montré impitoyable pour ses tenanciers, d'avoir conservé le droit d'établir des tribunaux et de rendre lui-même la justice. Penn fut indigné à la réception de ce factum. Grâce à l'activité de Logan, il parvint à faire reculer ses adversaires et le parti du propriétaire eut la majorité dans l'Assemblée de 1706. Les querelles se renouvelèrent bientôt. Evans, sousgouverneur, était un jeune gentleman fort ami des plaisirs, et qui n'avait rien du quaker. L'Assemblée de 1707 dénonça bruyamment les débauches de cet agent, qui causaient d'autant plus de scandale que le compagnon assidu d'Evans était William Penn juuor, fils aîné du propriétaire. Penn junior finit bientôt par renoncer au quakerisme, alléguant l’ingratitude des colons pour son père. Evans fut rappelé. L'Assemblée élue en 1711 se montra plus conciliante, Néanmoins Penn, fatigué de tant de luttes ot toujours plongé dans des embarras pécuniaires, était sur le point de vendre à la reine la souveraineté de la province pour 12 090 livres sterling, ne se réservant que les quit-rents et la propriété du sol, lorsqu'une atlaque de paralysie (1712) l'empêcha de conclure définitivement ce contrat et le rendit incapable de s'occuper dalaires quelconques '. La Pennsylvanie avait à cette époque environ 45 000 habitants,

Toute l'histoire de la Pennsylvanie pendant la vie de Penn et,

4 William Penn mourut en 1718 après six années d’une agonie intellectuelle et physique, Par son testament, il léguait tous ses biens d'Angleterre et d'Irlande à son fils William, I chargeait des fidéicommissaires de liquider tous ses biens d'Amérique la propriété de la Pennsylvanie) et d'en verser le produit aux enfants de sa sveonde femme, À celle-ci il légua ses biens personnels, la nommant en même mps seule exécutrice de ses dernières volontés, William attaqua le testament, latfaire fut portée devant la cour de chancellerie : la décision fut que les enfants de la seconde femme de Penn, John, Thomas et Richard, ainsi que leur mère, res-

lraient en possession des biens d'Amérique, et même du droit de gouvernement de la colonie, ‘

après lui, sous ses successeurs, jusqu'à ce que la province fût devenue un État indépendant, est remplie des démèlés de l'Assemblée avec les gouverneurs représentant les intér'. des propriétaires. A travers et malgré ces querelles, la colonie ne cessa de se développer, de se peupler, de s'enrichir. Cette histoire jusqu'à l’époque de la guerre contre le Canada peut se résumer en quelques lignes. En 1709, Charles Gookin avait succédé à Evans. La reine Anne fit demander un contingent d'hommes contre les Français ou un équivalent en argent. L'Assemblée répondit par un refus. « La colonie est toute dévouée à la couronne, mais les scrupules religieux de la plus grande partie de la population s'opposent à ce qu'ils contribuent directement à soutenir une guerre. » Ils consentaient toutefois à faire un présent à Sa Majesté. Nouvelle dispute sur la question du serment. Les quakers étant d'implacables procéduriers, paperassiers, compilateurs d’arguments, de précédents, d'ordres du conseil, de confirmations, d'incompatibilités, Gookin se retira en 1717, n'en pouvant plus, devant une dernière adresse de l’Assemblée sur la question. Sous William Keith, successeur de Gookin, un acte du Parlement (1725) consacra définitivement la prétention des quakers à remplacer le serment (pour l'accès aux emplois civils) par une simple affirmation.

Le gouvernement de Patrick Gordon (1725-1736) marque pour la Pennsylvanie une période de grande prospérité. Proud, historien de la colonie, présente sous les traits suivants la situation en 1731 : « La Pennsylvanie, la pius jeune des colonies, fondée seulement en 1680, a plus d'habitants blancs que la Virginie, le Maryland et les deux Carolines ensemble; elle a la plus belle cité capitale (la seconde pour la grandeur dans toutes les colonies). Elle envoie des blés en Espagne et en Portugal et y vend souvent les navires avec la cargaison. Elle construit huit mille tonnes de bateaux par an. Avec le produit de ces ventes, elle achèle beaucoup de marchandises en Angleterre, Elle fait du commerce avec Curaçao, Surinam, les iles sucrières françaises, ete. » En 1732, Thomas Penn vint visiter la colonie, puis en 173% John Penn, plus populaire que son frère cadet. Après Gordon, Logan fut gouverneur de 1736 à 1739, et George Thomas de 1739 à 1748.

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Benjamin Franklin, citoyen adoptif de la Pennsylvanie (1726).

Benjamin Franklin, né à Boston, vint s'établir en 1726 à Philadelphie où il avait fait un premier séjour trois années auparavant. Il créa la Pennsylvania Gazette, obtint l'impression du papier-monnaie, fonda une librairie pour la fabrication de livres à bon marché, et en 1732 publia la première édition de son almanach du Bonhomme Richard (Poor Richard’s Almanac). I fut en 1735 secrétaire de l’Assemblée, puis directeur des postes de la province (1744), institua la Société philosophique américaine et commença (1746) ses fameuses expériences d'électricité; enfin en 1750 il fut élu membre de l’Assemblée.

De grands changements s'étaient faits dans la composition de la population pennsylvanienne depuis le commencement du xvur' siècle, par suite d'une immigration continuelle d'Allemands ‘ et d'Écossais-[rlandais. Les quakers en 1740 ne composaient plus qu'à peine le tiers du nombre total des habitants. Mais, riches et très unis, ils dominaient dans l’Assemblée; ils avaient l'appui des Allemands, ennemis des taxes et peu disposés à servir dans la milice. Invitée à voter des fonds et des hommes pour la guerre contre l'Espagne, l’Assemblée consentit à promettre # 000 livres sterling pour l'usage du roi, laissant la responsabilité de l'emploi au gouverneur Thomas. Celui-ci trouva des recrues dans les rangs des tndented servants charmés de se dégager du service de leurs maitres en entrant au service du roi. L'Assemblée protesta et retira les 4000 livres sterling; la somme servit à indemniser les maitres des servants enrôlés et Thomas fut obligé de payer les frais de ses enrôlements en traites sur l'Angleterre. Le gouverneur, dans sa querelle contre les quakers, fut vigoureusement soutenu par les épiscopaliens, les presbytériens, les marchands de Philadelphie, les propriétaires de la province qui avaient renoncé au quakerisme, et enfin par le Board of Trade.

La ville de Philadelphie avait alors 12 000 habitants ; les qua-

1, Henri-Melchior Muhlenburg, de Hanover (Allemagne), arrivé en 1712 à Philadelphie peu après la seconde visite de Whitetield dans cette ville, y établit une

congrégation allemande dont il resta le ministre pendant quarante-cinq ans (17H21 387),

kers y étant en minorité, une pétition, couverte de signatures de Philadelphiens et appuyée par le maire, fut présentée à la Chambre demandant que des mesures militaires sérieuses fussent adoptées pour la protection de la cité, L'Assemblée déclara que cette adresse était « présomptueuse, indécente et insolente ». Les quakers soutinrent que les propriétaires étaient tenus en vertu de la charte de pourvoir eux-mêmes à la défense de la province et que c'était pour cela que les quit-rents et autres revenus du propriétaire avaient été concédés., Le Board of Trade repoussa ce système (1742) et l'Assemblée vota à grand'peine 3 000 livres sterling. La controverse se continua, toujours aussi vive, jusqu'à la Révolution. De 1745 à 1747, la Pennsylvanie vota encore de petites sommes pour l'attaque contre Louisbourg et le Canada. Le bruit se répandit en celte dernière année à Philadelphie que des corsaires de la Martinique, ayant la conviction que les quakers ne voudraient pas se battre, préparaient une expédition contre Philadelphie ; l'alarme s'empara de la ville. On réclama des fortifications et une organisation militaire. Sur le refus de l'Assemblée de voter aucune mesure, une milice volontaire de dix mille hommes se forma ct s'équipa. Une loterie fournit les fonds pour la construction de batteries sur le Delaware ; la famille Penn fournit douze canons.

Franklin fut un des plus ardents à provoquer ce mouvement. Il publia dans ce but son pamphlet : Simple Vérité (Plain Truth). Depuis 1728 imprimeur et éditeur de journaux, il avait acquis une assez belle aisance, À quarante ans, il commençait à prendre une part active aux affaires publiques de sa patrie adoptive et il était membre de l'Assemblée. Mais il ne s’occupait pas seulement de politique. Voyant que l'éducation avait été jusqu'alors très négligée en Pennsylvanie, comme elle l'avait été également dans New-York, il forma le projet d'une Académie et d’une école libre qui devint ensuite un collège et finalement l'Université de Pennsylvanie. Il fut aussi le promoteur de la fondation de la Bibliothèque et de l'hôpital de Philadelphie. Un des premiers parmi les Américains nés en Amérique, il mania la langue anglaise avec le goût et l'élégance d'un écrivain originaire du côté oriental de l'océan Atlantique. À côté de lui, Philadelphie pouvait citer avec orgueil d'autres citoyens qui faisaient également honneur à

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PENNSYLVANIE ET DELAWARE. 329 leur pays : Godfrey, inventeur du quadrant de Eialley, et Bartram, le premier botaniste américain, tous deux amis et voisins de Franklin, et avec lui de vaillants pionniers de la science américaine.

Vers 1750 la Pennsylvanie se développait rapidement du côté de l'ouest par l'avance incessante des colons qui, sans trop se soucier des droits des propriétaires ou des Indiens, pénétraient dans la région montagneuse à l’ouest du Blue Ridge et s’établissaient sur les rives de la Juniata. Quatre nouveaux comtés venaient d’être érigés, Bucks et Northampton à l'ouest, York et Cumberland à l’est du Susquehannah. La Pennsylvanie tenait maintenant le troisième rang dans l'Amérique anglaise (après la Virginie et le Massachusetts) pour le chiffre de la population.

Les quakers mis en minorité dans l’Assemblée.

Les querelles entre l’Assemblée et le gouverneur recommencèrent, lorsque James Hamilton succéda à Thomas en 1748. L'Assemblée voulait que les manoirs et les quit-rents des propriélaires fussent taxés comme la propriété privée des autres habitants pour les dépenses générales de la province. Hamilton dans ce long débat trouva un sérieux adversaire dans Franklin etles choses n'allèrent pas mieux pour les propriétaires lorsque Hamilton eut été remplacé en 1755 par Robert I, Morris, chiefjustice de New-Jersey. À la fin, l'Assemblée se décida à voter 15000 livres sterling, dont un tiers pour l'expédition de Braddock et deux tiers pour celle de Crown Point, les colonies et l'Angleterre s'engageant dans une lutte décisive contre le Canada.

Cependant la campagne de 1755 Lourna mal; Braddock battu et lué près du fort Du Quesne, l'armée s'enfuit précipitamment jusqu'à Cumberland, et toute la frontière pennsylvanienne était ouverte aux incursions des Indiens. Les quakers de l'Assemblée ne purent résister plus longtemps à la pression de l'opinion publique réclamant des mesures énergiques de défense. Les propriélaires offrirent 5 000 livres, l'Assemblée vota 55 000 livres à percevoir au moyen d'une taxe foncière dont les terres des propriélaires continueraient à être exemptées (c'était ce point que

l'Assemblée jusque-là ne voulait pas concéder). Quelques quakers ne purent se résigner à se voir engagés malgré eux dans une participation ouverte à des faits de guerre; ils se retirèrent de l'Assemblée. D’autres ne se représentèrent pas aux élections suivantes. Ce fut la fin du gouvernement des quakers.

Franklin, qui avait eu une grande part au revirement opéré dans l’Assemblée, fit encore adopter un acte autorisant la levée d'une milice volontaire et d’un corps de rangers (tirailleurs, coureurs de bois). Colonel d’un régiment de milice, il organisa luimême, dans les premiers mois de 1756, la défense dans les montagnes qui couvrent à l'ouest la vallée de la Juniata. Cependant les quakers, fidèles à leurs principes pacifiques, s'entremirent avec zèle pour le rétablissement de la paix avec les Delawares. Ils réussirent à la fin et un traité fut signé (1757) à Lancaster entre la Pennsylvanie et les Indiens. La paix fut ainsi rétablie dans l'ouest de la province.

Bien que les quakers eussent perdu la majorité dans l’Assemblée, le désaccord resta toujours aussi aigu entre celle-ci et le gouverneur, sur les droits respectifs des freemen et des propriélaires de la province. Les représentants résolurent en 1757 d'envoyer Franklin en Angleterre comme agent de la Pennsvlvanie, chargé de faire valoir auprès du roi les droits de l'Assemblée. William Denny, qui avait remplacé R. Morris en 1756, finit (1758) par céder sur le point tant disputé et donna son assentiment à un acte de l'Assemblée imposant une taxe sur toutes les terres, y compris celles des propriétaires.

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