‹ Histoire des États-Unis de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 86 sur 147 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Triomphe de l'Église anglicane dans le Maryland (1692). Annapolis (1699). Baltimore (1729). — Les gouverneurs royaux en Virginie : Culpepper, Effingham, Nicholson, Andros, Spotswood (1710-1722). — Gooch (1727-1749). La vallée de Shenandoah, — Gouvernement. Impôts. — La société virginienne au milieu du xvue siècle.

iriomphe de l’Église anglicane dans le Maryland (1692). Annapolis (1699). Baltimore (1729).

Lorsque Edmund Andros vint prendre possession, au nom du roi Guillaume IE, de la province de Maryland, après la déchéance de la charte des Baltimore (1692), la colonie était gouvernée de fait par Coode, l'auteur de l'insurrection victorieuse de 1689 contre le propriétaire, Goode ne tarda pas à porter ombrage au premier gouverneur royal et à son successeur, le colonel Nicholson, La dynastie nouvelle qu'une révolution venait de placer sur le trône d'Angleterre profitait des soulèvements qui, dans la plupart des colonies d'Amérique, avaient éclaté à la mème époque contre les propriétaires souverains ou contre les gouverneurs de Charles [et de Jacques IE, Bacon en Virginie, Leisler à New- York, Culpepper dans la Caroline du Nord, Coode dans le Maryland, travaillaient à leur insu pour la royauté anglaise qui, sous Guillaume HE et la reine Anne, reprit les projets du dernier SMuart, visant à supprimer partout en Amérique les anciennes chartes et à transformer chaque colonie en une province royale, Dès que Coode parut gènant, il ne fut pas malaisé de le con-

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vaincre d'intrigues contre l'autorité supérieure. Accusé de trahison (1695), il prit la fuite.

Le triomphe de Guillaume ILE sur les Stuarts avait été en même temps le triomphe de l'Église épiscopale d'Angleterre sur les sectes dissidentes et sur les menaces plus ou moins voilées du papisme. Les gouverneurs envoyés aux colonies après la révolution de 1688 eurent ordre de travailler partout à l'établissement de l'Église anglicane comme culte officiel, seul reconnu par les pouvoirs légaux et soutenu par les deniers publics. Dans le Maryland, l'Assemblée donna satisfaction dès 1692 à ce désir de la royauté britannique par un acte formel enlevant aux cultes dissidents toute existence légale dans la colonie. Les catholiques, qui avaient fondé et peuplé d'abord le Maryland et pour lesquels ce pays devait être un asile, furent privés de l'exercice public (même pendant quelque temps de l'exercice particulier) de leur religion. La force des choses amena bientôt cependant un relàèchement sensible dans la rigueur de cette législation. Il est juste de reconnaitre que c'est à cette mème date que remontent les premiers efforts faits dans le Maryland pour constituer l'instruction populaire par la création d'écoles et de bibliothèques publiques".

A la fin du xvn siècle le Maryland comptait 30 000 habitants: il en avait déjà 12000 en 1660 et 16000 en 1665. Depuis cette dernière date l'accroissement avait done été très lent, ce qui s'explique par les longues querelles qui divisèrent les catholiques et les protestants et aussi par la formation de courants réguliers d'émigration d'Angleterre, d'Écosse, d'Irlande, de Hollande et d'Allemagne vers certaines colonies favorisées comme le New-York, la Pennsylvanie et la Virginie. Mais la prospérité du Maryland, son climat modéré, la situation si favorable de cette province entre les colonies du nord et celles du sud, attirèrent un grand nombre d’émigrants pendant la première moitié du xvni siècle; en 1756, la population atteindra 150 000 à 180 000 habitants, el vingt ans plus tard, en 1775, 250 000, dont 100 000 nègres esclaves,

1. Le premier collège du Maryland ne fut toutefois fondé qu'après la guerre de l'Indépendance,

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On était loin de ces chiffres en 1700, et sur les plantations travaillaient encore en majorité des serviteurs blancs. Cependant, soit à cause de l'excellence du sol ou de la supériorité de la culture, le Maryland exportait à cette époque plus de tabac que la province de Virginie, plus ancienne et plus peuplée. Depuis une année (1699) Annapolis, la petite cité protestante, remplaçait Saint Mary, le village catholique, comme capitale de la province. Mais les villes ne se développèrent qu'avec une extrème lenteur dans le Maryland pour les mêmes raisons qu'en Virginie. Les marchands étaient en fort petit nombre; l'immense majorité des habitants se composait d'agriculleurs, maîtres ou serviteurs, vivant sur de petites fermes ou sur les grandes plantations. Le propriétaire de la province, outre le vaste domaine qu'il faisait cultiver directement pour son compte par des indented servants, recevait une redevance de deux shillings, élevée plus tard à quatre dans quelques districts, par cent acres de terre en culture. Le conseil se composait de douze membres nommés par le propriétaire et, durant l'interruplion de ses pouvoirs politiques (1692-1716), par le gouverneur royal. Chacun des conseillers pendant la session recevait 160 livres de tabac par jour. Quatre membres pour chaque comté et deux pour la capitale composaient la Chambre des représentants, L'indemnité allouée à ces derniers était, comme pour les conseillers, de 160 livres de tabac par journée de session. Le pays était couvert de forêts, et les routes faisaient totalement défaut. Les rivières servaient encore à peu près seules de voies de communicalion. Les chemins entre les plantations étaient des sentiers à peine tracés. Vers 1700 cependant fut organisé un système de poste publique ; huit fois par an, les lettres étaient transportées des rives du Potomac à Philadelphie,

La famille Baltimore recouvra en 1716, nominalement au moins, ses anciens pouvoirs de gouvernement, et nomma les gouverneurs du Maryland; Frédéric, sixième et dernier lord Baltimore, hérita en {751 du titre et des droits de propriétaire. C'est en cette mème année que les catholiques du Maryland, se voyant maintenus dans un humiliant état d'infériorité sociale sur le sol de cette province dont la colonisation avait été l'œuvre de leur foi, firent demander à la cour de France une concession de terres en Louisiane, Cette

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négociation n’aboutit pas. Elle avait été conduite par un des plus riches planteurs de la province, Charles Carroll, agent foncier héréditaire de la famille Baltimore. Des deux fils de Charles Carroll, l’un devait figurer parmi les signataires de la Déclaration d'indépendance, l'autre sera le premier archevêque catholique des États-Unis. La ville de Baltimore fut fondée en 1729 ct incorporée en city en 1745; mais elle n'était encore à cette dernière date qu'un chétif village et ne se développa guère pendant les vingt années suivantes. En 1745 fut publié le premier journal de la province, la Gazette du Maryland.

Les gouverneurs royaux en Virginie :

Culpepper, Effingham, Nicholson, Andros, Spotswood (1710-1722),

Après le long gouvernement de la Virginie par Berkeley, le colonel Herbert Jeffreys, puis sir Henry Chicheley, ne firent que passer dans la colonie. Leur successeur, lord Culpepper, arriva en 1680. C'était ce favori à qui en 1675 Charles IT avait déjà concédé le titre de gouverneur à vie de la Virginie. Culpepper ne venait en Amérique que pour remplir ses poches. IL harassa la colonie d’exactions et se brouilla avec l’Assemblée, surtout avec son clere, Robert Beverley, l'historien. La baisse de prix du tabac ayant provoqué d'assez sérieux désordres, Culpepper, suivant l'exemple donné par Berkeley, pendit quelques-uns des émeutiers. Lorsque, après plusieurs absences prolongées, il quitta déinitivement la Virginie, les colons se crurent délivrés, mais lord Howard Effingham fit presque regretter Culpepper. Pendant son gouvernement de deux années (1686-87), il fit peser sur la Virginie une réduction de la tyrannie qu'infligeait son patron Jacques II à l'Angleterre. L'émigration libre s'arrêta; il n'arriva plus que des convicts (entre autres, il est vrai, les prisonniers faits par Jacques IT à Monmouth). Le gouverneur s'empara de la nomination même des plus petits fonctionnaires, et jeta en prison Îles gens qui se mèlaient de censurer ses actes, Il partit beaucoup plus riche qu'il n'était venu, laissant la Virginie appauvrie. Jamais celle colonie n'avait été si honteusement gouvernée qu'elle le fut par Culpepper et Effingham.

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Sir Francis Nicholson, qu'un soulèvement populaire venait de chasser de New-York, arriva en 1690 comme sous-gouverneur. Le seul incident intéressant de son administration fut la concession, en 4692, de la charte du collège William and Mary à l'Écossais James Blair. Après Nicholson, la Virginie eut Edmund Andros, qui lui aussi arrivait de la Nouvelle-Angleterre, après avoir vainement essayé de la gouverner. Il avait eu dans le nord la main trop lourde et dure. Il s’assouplit en Virginie et fut un assez bon administrateur. Nicholson reprit sa nr: (1698), avec le ütre de la fonction, fit de très méchants discours, se querella avec une quantité de personnes sur une foule de sujets, notamment avec Blair qui finit par avoir le dessus et l’obligea à quitter l’'Amérique. Sous le gouvernement de Nicholson, l’Assemblée réussit à obtenir le contrôle sur les finances par la nomination d’un trésorier, C'était un succès d'une haute importance pour l'avenir de la lutte engagée contre l'autorité métropolitaine.

Pendant les dix premières années du xviu‘ siècle les Virginiens vécurent paisibles, ignorés, ne fournissant aucun incident à l'histoire : à peine quelques silhouettes fugitives de sous-gouverneurs, puis des intervalles où des planteurs, membres du conseil, occupent, à tour de rôle et par intérim, l'office du pouvoir exécutif. Dans cette période silencieuse se combinaient les élements divers dont allait se former le corps social de la Virginie, avec sa hiérarchie de classes ; les planteurs devenaient de plus en plus fiers de leurs prérogatives, étendaient sans cesse l'aire de la culture du tabac, couvraient d'esclaves noirs leurs domaines, et prenaient un ascendant de plus en plus grand dans l'assemblée des Burgesses,.

Un nouveau gouverneur, Alexander Spotswood, officier écossais, arriva en 1710, apportant, en don de joyeux avènement, le writ d’habeas corpus. I fut charmé de l'accueil que lui fit cette société aimable et distinguée; il écrivit à Londres : « Ce gouvernement est la parfaite paix et tranquillité, sous une convenable obéissance à l'autorité royale et une loyale conformité à l'Eglise d'Angleterre ». Spotswood croyait trop les Virginiens plongés dans une sorte de léthargie politique. Dès l'année suivante, il était en conflit avec l'Assemblée, Administrateur intelligent, honnête et

énergique, il savait mieux commander que gagner des adversaires à ses idées. Il s’irritait des obstacles que les Burgesses, factieux et opiniâtres, soulevaient contre la réalisation de ses desseins. Ses efforts pour améliorer la condition de l'Église et relever le niveau intellectuel et moral du clergé, le mirent en querelle avec Blair, qui cumulait avec les fonctions de président du collège celles de commissaire général des affaires ecclésiastiques, et avec les vestries, conseils des paroisses, où dominait l'influence des planteurs. Grâce à la nomination du trésorier et au contrôle acquis sur les dépenses, l’Assemblée tenait étroitement serrés les cordons de la bourse, et la question des taxes fut une cause de débats sans cesse renaissants. Spotswood rendit cependant d'importants services à la colonie. Il battit les Indiens et leur imposa la paix, réprima une insurrection dans la Caroline du Nord, établit des relations régulières entre la Virginie et les établissements voisins du sud, fonda, aux confins de la zone des plantalions vers l’ouest, des écoles pour l'instruction religieuse des Indiens (l'une de ces écoles, à Christanna, compta à un certain moment plus de soixante-dix élèves à peau cuivrée), et recula par la pacification générale les limites des défrichements. Il conduisit lui-même une petite expédition d'exploration au delà des montagnes Bleues, s'efforçca d'organiser la milice, etc. On finit par s'apercevoir en Angleterre que Spotswood était un gouverneur doué de qualités que l’on ne demandait pas d'ordinaire aux agents de cette caltégorie et on se hâta de le rappeler (1722).

Gooch (1727-1749). La vallée de Shenandoah.

Hugh Drysdale, personnage très doux, inoffensif, le remplaca et vécut en complète harmonie avec l’Assemblée durant ses quatre années de gouvernement, À sa mort, l'administration anglaise envoya en Virginie William Gooch, autre officier écossais, qui resta vingt-deux ans dans la colonie (1727-49) et fut encore un bon gouverneur. Îl se passa pendant cette période peu d'événements, mais la Virginie recueillit les fruits de l'heureuse administration de Spotswood et bénéficia d’un développement régulier et rapide de prospérité.

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Gooch, avec un corps de Virginiens, prit part à l'expédition de Carthagène ‘. L'Assemblée de Virginie, pour subvenir aux frais de la formation du régiment qu'emmenait Gooch, éleva à 10 p. 100 le taux de la taxe sur les esclaves importés. Tous les vagabonds valides furent enrôlés d'office dans chaque comté.

Rien de plus paisible, à part cet incident, que l'administration de Gooch, pendant laquelle la population de la province s'accrut avec une grande rapidité. Le phénomène le plus remarquable à cet égard fut la colonisation, en l'espace d’une vingtaine d'années, de la vallée de Virginie (Shenandoah Valley), région située au nord-ouest de la province, sur le versant oriental des monts Alleghanys, entre la chaine principale et le chainon parallèle appelé Blue Ridge *. Des Écossais-Irlandais arrivèrent de Pennsylvanie (1732), attirés par des récits merveilleux de la fertilité des terres arrosées par la rivière Shenandoah. Ils s’établirent au sud du Potomac, sur l'Opequon. Des églises s’élevèrent, dont deux existent encore, « the Tuscarora meeting-house » et « the Opequon church ». Puis arrivèrent des Allemands, luthériens, calvinistes ou memnonistes, de mœurs simples, et des quakers au maintien grave. Winchester, d'abord un village de « log-houses », était déjà en 1750 une petite ville *. Un certain John Lewis, d'une famille huguenote qui s'était réfugiée en Irlande, tua un jour un landlord et vint se réfugier en Virginie. Il se fit concéder une large étendue de terre dans la haute vallée de Shenandoah et y atüra une centaine de familles irlandaises-écossaises de l'Ulster,

1, Voir chap, xxvi, Lawrence Washington, frère aîné de George Washington, fut un des officiers du détachement, Il se lia d’une étroite amitié avec l'amiral Vernon, commandant de l'expédition, À son relour, il donna le nom, devenu depuis si célèbre, de Mount Vernon à sa propriété de la rive droite du Potomac.

2, Kercheval, History of the Valley of Virginia. — Cooke, historien de la Virginie, dit de Kercheval qu'il a été le Froissart de la Shenandoah Valley.

3 Une grande rivalité existait entre les Irlandais et les Allemands de la vallée. Le jour de Saint-Patrick, les Allemands formaient une procession avec les images du saint et de sa femme Scheeley, portant des colliers de pommes de terre, Le jour de Saint-Michel, patron des Allemands, les Irlandais promenaient une image du saint orné d'un collier de choucroute. On se baltait, el il y avait nombre de nez, de bras el de jambes cassés, Les plaintes étaient portées de part et d'autre devant les juges de Frédérick, petit bourg dont le tribunal était installé dans une cabane faite de troncs d'arbres grossièrement équarris, Une tradition fait naitre Andrew Jackson sur les bords du bas Opequon, Son père el sa mère, des Irlandais, habiterent pendant quelques années chez un aubergiste allemand, puis émigrérent à Waxhaw (North Carolina),

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chassées par la perséculion anglaise, calvinistes graves, rudes travailleurs, pieux, d’une honnêteté rigide. L'église d’Augusta, près de Staunton, fut une des premières érigées dans la vallée, De ce coin de la Virginie sont sortis quelques-uns de ses hommes les plus éminents, Archibald Alexander, James Mc Dowell, Andrew Lewis, et l’un des derniers de cette race de bons soldats, Stonewall Jackson. Deux comtés furent constitués dans la vallée, Frédérick dans la partie basse et Augusta dans la partie haute. John Caldwell, grand-père de John Caldwell Calhoun, de la Caroline du Sud, établit en 1740 quelques familles presbytériennes dans les futurs comtés de Prince-Edouard, Charlotte et Campbell '. Plusieurs familles furent installées par lord Fairfax autour de son domaine, Greenway Court, dans le Northern Neck ?. En 1749 fut formée la Compagnie de l'Ohio, association de marchands de Londres et de spéculateurs fonciers de la Virginie, pour la colonisation de la rive orientale et méridionale de l'Ohio, au delà des monts Alleghanys.

Robert Dinwiddie, le successeur de Gooch (1752 à 1758), eut de sérieux démèlés avec l’Assemblée. Avant d'être gouverneur, il s'était déjà rendu impopulaire comme percepteur des douanes. Il voulut substituer au mode existant d'acquisition des terres par simple warrant of survey, un procédé beaucoup plus lent et coûteux, celui de la patente formelle avec sceau officiel. Cette réforme impliquait une question de taxes. La chambre des Burgesses décida d'envoyer en Angleterre Peyton Randolph, pour protester contre l’action du gouverneur. Mais la guerre, qui commença bientôt après avec les Français du Canada, tourna l'attention des esprits dans une autre direction; l'Assemblée vota en 175%, sans restrictions, 20 000 livres sterling pour la défense de la colonie, et des sommes bien plus considérables les années suivantes.

4, Sur le versant oriental du Blue Ridge, entre les rivières James et Staunton. 2, Région du nord de la Virginie, entre le Potomac et le Rappahannock.

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cages et les fièvres de Williamsbure. La bourgade fut érigée en cily en 1745, et la Virginia Gazette invitait les gens à S'y élablir. Célait le premier journal publié dans la colonie, fondé en 1736, petile feuille Contenant des annonces des boutiquiers de Williamsburg ou de localités voisines, les arrivées et départs de navires, des faits divers, des effusions Poéliques où élaient célébrés les Charmes de Mpyrtilla, de Florella et d’autres belles, réelles où hYpothétiques, du temps; d'ailleurs Pas un mot de politique. La Virginie avait déjà deux historiens, Robert Beverley, fils du major Beverley, COMpagnon de Berkeley, ui publia en 1705 une histoire de la colonie, Sommaire et souvent Cependant un exposé complet du S0uvernement et des Conditions sociales ; et William Stith, ministre anglican et professeur au collège William and Mary. Stith a Suivi pour les Premiers temps l'« Histoire générale » de Smith. L'usage qu'il sut faire des archives de Ja Compagnie de Londres lui valut une grande répulion exactitude (the accurate Stith).

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Les taxes, longtemps légères, quit-rents du roi, droits d’exportation, droits de port, taxes des paroisses réparties par les vestries ou conseils de paroisse, taxes des comtés réparties par les juges de paix, portaient sur la terre et sur les esclaves. Elles devinrent lourdes à l’époque de la guerre contre la France. La colonie contracta alors une dette de 400 000 livres; le peu d'or et d'argent que possédaient les colons disparut et fut remplacé par un papiermonnaie rapidement déprécié. Le taux du change fut souvent fixé par voie législative. Les dépenses publiques étaient très restreintes. La rébellion de Bacon et les grandes luttes avec les Peaux-Rouges n'étaient plus que des traditions; la seule force armée était une milice très imparfaitement organisée. Il est curieux d'observer que les Virginiens n'eurent jamais de goùt pour la marine et ne faisaient même aucun commerce côtier, malgré leur magnifique baie de Chesapeake, où tant de fleuves viennent jeter leurs eaux.

Le gouvernement se composait du gouverneur, nommé par la couronne et dont le traitement était de 1700 livres, chillre considérable pour l'époque, et des membres du conseil nommés par le gouverneur. Celui-ci était un très puissant personnage. Chef du pouvoir exéculif, commandant de le milice, lord chancelier, grand juge, chef ecclésiastique de la province, il avait le droit de veto sur les actes des Burgesses, pouvait convoquer, proroger, dissoudre l'Assemblée. Il disposait de tous les emplois, sauf de celui de trésorier dont la chambre des Burgesses avait réussi à lui enlever la nomination. Or les emplois étaient fort recherchés en Virginie parce qu'ils donnaient un revenu en espèces ‘. IL désignait lui-même les membres du conseil, qui partageaient avec le gouvernement les bénéfices de toute sorte du patronage oflicicl. Les conseillers, au nombre de douze, étaient en outre juges ct fermiers du revenu royal.

La chambre des Burgesses avait acquis dès 1653 le droit d'élire elle-mème son président, et au commencement du xviu° siècle

1. Le planteur virginien, même lorsqu'il pouvait passer pour très riche, n'avait qu'un faible revenu monétaire ; le prix de sa récolte de tabac lui était pavé en marchandises anglaises ou en esclaves, La plantation lui fournissait en abondanec toutes les choses nécessaires à la vie,

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la fixation des taxes et la memination du trésorier. Ils avaient donc le contrôle financier complet, & qui explique l'acharnement avec lequel ils défendront ces privilèges contre les prétentions du Parlement britannique. Ce contrôle était, on l’a vu, une cause de conflits incessants entre l'Assemblée et le gouverneur. Les membres de la Chambre étaient élus par les freeholders, propriétaires fonciers, seuls possesseurs du droit de suffrage; les noirs libres et un grand nombre de petits blancs étaient exclus de la franchise électorale. ;

La justice avait été rendue d'abord par !: gouverneur et le conseil. On établit plus tard des quarter-sessions (cours de comtés) et d’autres tribunaux inférieurs. Ceux-ci siégeaient une fois par mois au chef-lieu du comté, qui le plus souvent se cor:nosait de quelques huttes à la rencontre de deux sentiers dans la forèt :. Les juges, nommés par le gouverneur, étaient pris dans ia classe des planteurs. Si l'instruction légale faisait déf:ct, le bon sens et l'esprit d'équité naturelle en tenaient lieu, et les décisions de ces cours furent toujours très respectées. Elles jugeaient les affaires civiles et criminelles, sauf les causes capitales, et leur juridiction était définitive pour toutes les affaires civiles impliquant moins. de vingt livres. Le gouverneur et cinq membres du conseil constituaient le tribunal supérieur et la cour d'appel, siégeant deux fois par an. Il y avait appel de ce tribunal au roi en conseil, pour les cas impliquant plus de cinq cents livres. On n’y avait jamais recours, la procédure étant trop coûteuse.

Le droit au jugement par jury avait été établi dès les premiers jours de la colonie. Le jury se composait d.. six membres désignés arbitrairement par le shérif, sans liste. Jusqu'en 1729 on ne plaidait pour ainsi dire pas. Les gens de loi ne commencèrent à devenir une classe importante qu’un peu avant la Révolution ?. Jusque-là il n'y avait que des gens d’affaires, petits attorneys, aventuriers venus d'Angleterre, fléau de leur voisinage.

1, Un grand nombre de localités en Virginie portaient un nom auquel était adjointe la qualification de court-house (maison du tribunal), Hanover-courthouse, ete, Dans les plus importantes se trouvaient le tribunal (maison en bois), la prison, les instruments de supplice, pilori, billot, gangue, poteau pour le fouet, une où deux auberges, et quelquefois un temple,

2, Cesl alors que des hommes comme Patrick Henry, Jefferson, George Mason et Wythe étudièrent le droit et se firent admettre au barreau.

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La société virginienne au milieu du dix-huitième siècle.

Voici quels étaient les principaux éléments de la société virginienne vers le milieu du xvur siècle.

Sur les râtes de la baie de Chesapeake, aux embouchures des fleuves, une population de pècheurs et de marins faisant le petit cabotage; dans les petites villes les marchands ou « facteurs », commissionnaires, entrepositaires, presque tous Anglais ou Écossais; dans la campagne, des propriétaires de fermes petites ou moyennes (comparables aux yeomen anglais), et les maitres des grandes plantations établies sur les deux rives des rivières James et York. Le petit peuple avait donné le surnom indien de Tuckhoes aux habitants pour la plupart riches, indolents, habitués aux raflinements de la vie civilisée, de cette partie de la Virginie qui confine à la mer, tandis que les pionniers du Blue Ridge ou des Alleghanys, travailleurs occupés au défrichement du sol, étaient appelés les Cohees, On a signalé plus haut la grande colonisation écossaise-irlandaise de la vallée de Shenandoah. Les luthériens allemands dominaient dans les groupes d'avant-garde qui déjà élevaient des maisons dans la montagne et au delà, sur les pentes qui regardent l'Ohio, groupes composés surtout de chasseurs, de trafiquants en peileteries, d'agents de la compagnie de l'Ohio et de colons transportés aux frais de celle-ci sur divers points de la concession.

Dans la Virginie proprement dite, à l'est du Blue Ridge, la démarcation entre la classe des planteurs et celle des petits blancs n'était pas encore tranchée comme elle le fut beaucoup plus tard. Petits fermiers et propriétaires de grands domaines vivaient en bonne intelligence, Les uns et les autres allaient embrasser bientôt avec la mème ardeur la cause de la révolution, C'était une société à la fois démocratique par les institutions, aristocratique par les mœurs patriareales el quasi féodales. Le planteur y était loutpuissant, où mieux il y élait tout, I faisait vivre sur ses terres un grand nombre d'artisans de tout genre, sans compter son trou peau de nègres,

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les villes et des colporteurs à travers les plantations. Le tabac étant la seule monnaie, les échanges étaient incommodes, compliqués de formalités sans fin. Les colporteurs faisaient souvent crédit aux planteurs et aux ministres, exigeant d'énormes intérêts. La plupart des objets manufacturés étaient importés directement d'Angleterre. Excepté dans le voisinage immédiat de Norfolk, il n'y avait pour ainsi dire pas d'artisans. Les arts grossiers les plus indispensables étaient pratiqués sur chaque plantation par les esclaves ; chaque famille avait ainsi sur ses terres des ouvriers de tous métiers, jardiniers, charpentiers, charrons, boulangers, bouchers, brasseurs. Il y avait aussi quelques industriels nomades pour les rares travaux où les esclaves étaient incompétents.

L'Église était une des « appartenances » de l'aristocratie, Les conseils des paroisses (veshries) nommaient et surveillaient les ministres et ces conseils étaient formés de planteurs. Le temple qui servait aux besoins religieux de tout un district était le plus souvent sur les terres de l’un de ces gentilshommes et avait été construit de ses deniers. Le revival, dont les dissidents furent naturellement les plus ardents soutiens, était de la sorte un assaut contre la propriété et les droits acquis. L'Église établie ne se soutenait plus que comme une des parties de l'édifice social. Après la guerre de l'indépendance un choc enlèvera à l'Église établie ses privilèges et l'appui de l'État.

Les vestries où conseils de paroisses (au nombre d'environ soixante-dix en Virginie vers le milieu du siècle) étaient des corps importants et actifs. En dehors de leurs attributions ecclésiastiques ils représentaient tout le gouvernement local et municipal, tenaient les registres des naissances, des mariages et des décès, s'occupaient des workhouses, des élections, des routes et des bacs, Ils correspondaient aux vestries anglaises et aux fown-meetings de la Nouvelle-Angleterre, Hs tenaient absolument le clergé sous leur contrôle, La vestry se composait de douze membres de la paroisse choisis parmi les chefs des grandes familles, Washington, les Randolph, les Lee, étaient des membres désignés de ces conseils locaux, La direction générale des affaires ecclésiastiques dans la colonie était confiée à un commissaire nommé par l'évèque de

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Londres et payé sur les quit-rents royales. Ce commissaire fut presque toujours en même temps le président du collège.

Toute la population était occupée à la production du tabac, qui fut pendant plus de cinquante ans le seul moyen d'échange en Virginie. La surproduction amena la chute des prix, l'épuisement rapide du sol, des essais de relèvement artificiel de la valeur vénale, même des émeutes où la foule coupait les plants de tabac, pour contraindre les planteurs à réduire la culture. Le système de la production à outrance, antirationnel et antiscientifique, prévalut toujours. De plus l'Angleterre exigeait des droits exorbitants, et les colons se plaignaient de fraudes, de corruptions, de favoritisme à la douane. La culture du tabac exigeait un travail intense pendant une courte période de l'année et permettait beaucoup d'oisiveté le reste du temps. Elle encouragcait l'imprévoyance, la prodigalité et l'esprit de spéculation, défauts reprochés généralement aux planteurs du Sud. Malgré tant d'obstacles, l'exportation, contrôlée par de nombreuses lois de l'Assemblée, s'éleva, entre 1760 et 1775, de 60 000 à 100 000 hogsheads pour une valeur annuelle de 4 million de livres sterling.

I y avait sur les plantations du bétail, des chevaux et aussi un peu de blé. Mais tous les essais de culture en dehors du tabac avaient successivement échoué et les exportations de pores, de cidre, de fer, d'indigo et de bois de charpente (de Norfolk) pour les Indes occidentales, étaient très faibles. Les pêcheries étaient négligées, les vignes et la soie abandonnées, On tissait sur les plantations une étoffe de coton grossière, connue sous le nom (le Virginia cloth. En 1730, l'Assemblée vota des primes pour la culture du lin, mais sans succès, Mème les moulins manquaient et les Virginiens élaient obligés de faire moudre leur maïs dans les colonies voisines, Quelques forges furent établies par Spotswood, la plupart au delà des montagnes; elles étaient exploitées par des Allemands et des Irlandais.

Les plaisirs dans cette société primitive étaient appropriés aux conditions sociales. Dans les auberges des county towns, où se réunissaient les pelits blancs, le jeu faisait fureur, La bonne société se réunissait pour les courses de chevaux et pour les combats de coqs. Les familles des planteurs se visitaient entre

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elles, transportées dans de lourds carrosses attelés d'excellents chevaux. Les équipages et les attelages étaient le principal luxe. Les rares voyageurs que le hasard amenait en Virginie ne descendaient point dans les auberges, mais recevaient l'hospitalité des planteurs, devenue proverbiale. Les grandes et confortables habitations à longues galeries extérieures, qui avaient remplacé les premières demeures beaucoup plus modestes, se remplissaient d'hôtes joyeux qui presque tous avaient fait leur éducation en Angleterre et avaient rapporté les goûts, les manières et les élégances de la mère patrie. En général le Virginien ne se plaisait que sur sa plantation, et détestait le séjour à la ville, sauf dans la season, en hiver, à l’époque de la session de l’Assemblée. Alors Williamsburg, la petite capitale, d'ordinaire déserte et triste, s'animait; les planteurs y venaient tous ensemble passer quelques semaines, La grande rue (on pourrait dire l'unique rue) était pleine des chevaux et des carrosses de gens se rendant visite. C'était le temrs des grandes réunions à la taverne de Raleigh, des comédies et des bals. On cherchait en tout à imiter la bonne société de Londres, et on y réussissait parfois. Mais le fléau, en haut comme en bas, était l'ivresse et le jeu.

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