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CHAPITRE XXIX

Disproportion des forces entre le Canada et les colonies anglaises. Etablissements français dans l’ouest. La vallée de l'Ohio, — Premières hostilités. George Washington. L’incident Jumonville (1754). Plan d'union des colonies. — Campagne de 1755, Dispersion des Acadiens. Braddock, Dieskau., — La guerre déclarée en Europe. Campagnes infructueuses de 1756 et 1757. Montcalm tient tête aux colonies et à l'Angleterre.

Disproportion des forces entre le Canada et les colonies anglaises. Établissements français dans l’ouest. La vallée de l'Ohio.

A l'époque de la conclusion de la paix d'Utrecht (1713), au lendemain üe la première lutte contre les établissements francais du Canada, la population totale des colonies anglaises s'élevait à 43% 000 habitants, dont 386000 blancs et 48 000 noirs. La disproportion des forces était déjà considérable entre les deux puissances destinées à se disputer un jour la possession exclusive du continent dont elles avaient entrepris simultanément la colonisation. Le Canada ne faisait aucun progrès, ou du moins

son développement était à peine sensible, Il n'y avait pas plus de 20 000 à 30000 Francais établis dans toute la vallée du Kaint- Laurent, sur les côtes découpées du nord-est du Canada, sur les

rives des grands lacs de l'ouest, et dans les stations et missions disséminées à travers l'immense bassin du Mississipi jusqu'à l'établissement naissant de la Louisiane, Les Anglo-Américains élaient quinze à vingt fois plus nombreux. Il est vrai que seules

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les provinces du nord avaient pris part à ces premières luttes, mais ce groupe comptait déjà 160 000 habitants, dont 3 000 nègres à peine. Le Canada n'était donc pas en état de lutter sérieusement, même contre la Nouvelle-Angleterre isolée.

Ce qui était déjà manifeste en 1715‘ le devint encore bien plus au milieu du xvnr siècle, alors que les colonies anglaises, après une longue enfance de près d'un siècle, commencèrent à faire de rapides progrès en richesse et en population. De 1715 à 1740, c'est-à-dire dans l’espace d’une génération, le total de la population s'était élevé d'environ 450 000 habitants à 4 million; il avait ainsi plus que doublé, tandis que la colonie du Canada, dans le mème temps, n'avait peut-être pas reçu un accroissement de plus de 45 000 à 20 000 habitants. Aucun étranger n'arrivait sur les rives du Saint-Laurent, tandis que les immigrants de pays non soumis à la couronne d'Angleterre affluaient déjà dans les provinces anglaises ?. La prise de Louisbourg par les colons de la Nouvelle-Angleterre avertit les Canadiens du péril où les exposait leur petit nombre, et fit en mème temps comprendre à tous les Français de la métropole qui s’intéressaient à cette possession lointaine tenue par une poignée de défenseurs, que le moment était proche où la lutte pour la possession de l'Amérique du Nord allait éclater sérieuse, sans merci, définitive, entre la France et l'Angleterre. Nous venons de voir que les Anglo-Américains étaient 1 million en 1740. Quinze ans plus tard, en 1755, à l'ouverture des dernières hostilités, ils atteindront le chiffre de 4 million et demi (1 #85 000, dont 292 000 noirs). Il aurait fallu, pour sauver le Canada, un effort

1, Voici la répartition de la population en 1715 entre les différentes colonies :

\onvelle-Angleterre : Massachusetts 96000 habitants, Gonneelieut 47000, Rhodelaut 5000, New-Hampshire 9600, — Ensemble, 161600, dont 3 150 noirs,

Provinces du centre : New-York 31000, New-ersey 22500, Pennsylvanie et Deli- Ware 45800, — Ensemble 93300, dont $ 000 noirs,

Provinces du sud ? Virginie 95000, Maryland 50200, Caroline du Nord 11200, Caroline du Sud 16 700, — Ensemble 173 100, dont 36 200 noirs.

Total : 434 000 habitants, dont #8 000 noirs,

Le plus grand nombre des blancs habitant les colonies anglo-américaines vers 1715 élaient nés dans les colonies mêmes, l'immigration ayant été très faible pendant les vinct-cinq années précédentes.

à Unaete du Parlement anglais (740) venait d'établir les conditions suivantes de naturalisation pour ces immigrants étrangers? seplans de résidence, un serment d'allégeance à la couronne, une profession de foi chrétienne protestante,

énergique et suivi de la royauté française ; le Canada ne fut défendu que par le dévouement infatigable, mais finalement impuissant, d'un héros.

Aussitôt après la paix d’Aix-la-Chapelle, où il était stipulé que chacune des deux nations recouvrait sa situation territoriale telle qu'elle était avant la guerre, Français et Anglais se hâtèrent d'élever des prétentions rivales sur les terres de l’ouest. Les premiers réclamaient le bassin du Mississipi et de ses affluents de gauche (Illinois et Ohio) comme leur appartenant par droit de découverte et d'occupation réelle. Ils alléguaient le voyage de Marquette en 1673, la prise de possession du fleuve et de la vallée au nom du roi de France, les explorations de Cavelier de La Salle, la découverte des bouches du Mississipi, la fondation de la colonie de la Louisiane et la création de missions et de postes militaires établis sur une multitude de points le long des grands lacs et des eaux du Mississipi!. Les missions des premiers temps avaient bien décliné, mais les postes de chasse, de trafic ou de garnison avaient été se multipliant. Ce n’est pas d'ailleurs qu’ils fussent devenus des centres de population. Les seuls habitants possibles de ces stations étaient des soldats qui, envoyés au Canada, et de là dans les garnisons éloignées, se décidaient, leur temps de service terminé, à rester en Amérique. Le gouvernement leur donnait des terres, un peu de bétail, quelques ustensiles, un fusil et des munitions, des semailles et des rations pour trois ans. Bon nombre de ces anciens soldats se mariaient avec des femmes indiennes, et de ces unions est sortie la race des métis franco-canadiens. En décembre, chaque année, des bateaux descendaient l'Illinois et le Mississipi, portant à la Nouvelle-Orléans du blé, du maïs, du pore, des peaux de buffle, du suif. Quelques-uns remontaient le fleuve en février ou mars, rapportant des marchandises européennes

4, En 1670 les Jésuites établissent des missions au nord du lac Michigan : Saull Sainte-Marie, la baie de Mackinaw, deviennent des centres de trafic avec les Indiens, des rendez-vous de coureurs des bois, el sont occupés bientôt par de petites garnisons françaises. Plus tard, Frontenac, Niagara, Détroit gardèrent les passages entre les grands lacs, du sud au nord, et devinrent aussi des centres d'élablissements, Furent ensuite successivement fondés : les forts Saint-Joseph (source de lIlinois), Green Bay (sur le Wisconsin), Miami (sur le Miami du lac Erie, Ouatanon (sur le Wabash), Sandusky (sur le lac Erié); du côté du Mississipi, Vincennes, Kaskaskia, Cahokia, ete,

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