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pour la consommation ou pour les échanges avec les Indiens. Les diverses tribus du bassin mississipien et des grands lacs, Hurons, Wyandots, Miamis, Illinois, anciennes victimes des Iroquois, reconnaissaient toutes l'autorité de la France.
Les prétentions des Français étaient donc justifiées, en ce qui concerne la longue chaîne d'établissements reliant le Canada et la Louisiane, et par la découverte et par l'occupation effective. Avant 1740 pas un colon, pas un pionnier de race anglaise n’avait encore franchi la chaine des monts Alleghanys. Mais les Anglais alléguaient les droits plus anciens résultant de la découverte du continent septentrional par Cabot, puis les termes des chartes successivement concédées par la couronne anglaise à ses diverses colonies, étendant indéfiniment vers l’ouest le territoire de plusieurs de ces établissements jusqu’à la rencontre d’un nouvel Océan. Le gouvernement anglais arguait, en outre, d'un prétendu protectorat de l'Angleterre, organisé par les traités d'Utrecht et d’Aix-la-Chapelle, sur les froquois, dont l'empire s'était étendu par la conquête dans toute la vallée de l'Ohio et sur le bassin des lacs Érié et Ontario!.
Quelle que fût la valeur des arguments émis de part et d'autre, il était bien évident que le territoire contesté appartiendrait au premier occupant. Or, si les Français étaient établis en quelques points sur les rives des grands lacs et du haut Mississipi, il y avait entre cette longue ligne de postes et les établissements anglais une région jusqu'alors négligée et dont les autorités de la Nouvelle-France décidèrent, après la paix, de prendre possession le plus rapidement possible, la revendiquant comme une partie intégrante de leur domaine. Pour que le Canada pût vivre et eût le temps de se développer, il fallait que les Anglais ne pussent pas franchir les monts Alleghanys. La région qu'il s'agissait d’occuper s'étend immédiatement au sud du lac Érié, aujourd'hui Pennsylvanie occidentale et État d'Ohio. C'était un pays couvert d'épaisses forêts, presque entièrement désert, borné au sud-est par les pentes abruptes des Alleghanys et arrosé du nord-est au sud-ouest par l'Ohio.
1. C'est la thèse qu'avait soutenue le New-Yorkais Alexander Golden dans une Histoire des Cinq-Nations, publiée vers 1130 et réédilée à l'époque du traité d'Aix-la-Chapelle,
Premières hostilités. George Washington.
L’incident Jumonville (1754). Plan d'union des colonies.
En 1749, le marquis de la Galissonnière, commandant en chef, gouverneur de la Nouvelle-France, envoya de Détroit un détachement de trois cents hommes traverser tout le pays au sud du lac Éric jusqu'aux montagnes à l’est, enterrer aux points importants, des plaques de plomb gravées aux armes de France avec inscription latine, prendre solennellement possession du territoire, et avertir les marchands anglais, qui commençaient à se hasarder de ce côté, d'avoir à quitter immédiatement la région, et à ne plus s'approcher de la Belle Rivière (Ohio). En mème temps La Galissonnière fit construire un fort à Oswegatchie (Ogdensburg) et réparer celui de Niagara. La même année une grande entreprise était formée du côté des Anglais pour prendre définitivement pied dans celte vallée de l'Ohio que la colonie de Virginie, d'après les termes de sa charte, pouvait considérer comme placée sous sa juridiction. Le gouvernement britannique autorisait la création d'une compagnie commerciale, constituée principalement par des Virginiens et des Marylandais ‘et par des capitalistes de Londres, pour l'exploitation d’une étendue de cinq cent mille acres de terre situées sur la rive gauche de l'Ohio, entre les rivières Monongahela et Kanawha (Virginie occidentale). La même année encore, le gouvernement anglais, pour assurer la défense de la Nouvelle-Écosse et
protéger le commerce de la Nouvelle-Angleterre, fonda sur la côte orientale de la presqu'ile d'Acadie, dans la baie de Chebucto, un établissement fortifié, qui fut bientôt la principale station militaire et navale de la Grande-Bretagne dans l'Amérique du Nord. Deux mille colons y furent conduits par le colonel Cornwallis, oncle du lord Cornwallis qui, trente-deux ans plus tard, devait rendre son
Se se mr
épée à Washington et à Rochambeau sous les murs de Yorktown. Le nom de Halifax fut donné à cet établissement, en l'honneur du nouveau président du Board of Trade ?, lord Halifax, qui avait
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1, Augustin et Lawrence Washington, frères de George Washington, étaient at nombre des principaux promoteurs,
2, Le duc de Newcastle, secrétaire d'État pour le département du Sud depuis 1724, passa après la paix d’Aix-la-Chapelle au département du Nord et fut remplacé
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le dessein de donner aux fonctions auxquelles il venait d’être appelé plus d'importance qu’elles n’en avaient eu jusqu'alors.
La Galissonnière fut rappelé en France pour faire partie de la commission chargée, en vertu du traité d'Aix-la-Chapelle, de fixer ce que le traité d'Utrecht avait voulu désigner par les «anciennes limites » de l’Acadie, et de déterminer la frontière entre les établissements français et anglais du nord-est ‘. Il eut pour successeur au Canada l'amiral La Jonquière, qui fut lui-mème remplacé en 1752 par le marquis Du Quesne. Celui-ci fut avisé que la compagnie de l'Ohio avait envoyé l’année précédente un pionnier de la frontière, Christopher Gist, faire un voyage d’exploation sur la rive droite de l'Ohio et que Gist, accompagné de Croghan, agent de la province de Pennsylvannie, avait pénétré jusque chez les Miamis et conclu des traités avec plusieurs tribus. Du Quesne fit aussitôt enjoindre aux Indiens d'une de ces tribus de rompre les relations qu'ils venaient de nouer avec les Anglais, et de livrer les trafiquants de cette nation qui se trouvaient sur leur territoire; sur le refus des Indiens leur village fut brûlé, leur chef tué, les colporteurs anglais arrêtés et les marchandises confisquées (1752). L'année suivante, Du Quesne fit construire un fort à Presque Isle (Érié). Des détachements s'avancèrent de ce point vers le sud et établirent des postes à Le Bœuf et à Venango (Franklin, sur la rivière Alleghany, une des deux branches dont la réunion, à Piltsburg, forme l'Ohio).
Le Board of Trade appela l'attention du gouvernement anglais sur « cette expédition entreprise en temps de paix, alors que la
par le due de Bedford. C’est à la mème époque que lord Halifax fut nommé premier lord commissaire du Board of Trade (Board of commissioners for Plantations and Trade), Ge bureau était un comité consultatif chargé de centraliser toutes les informations relatives aux colonies, de recevoir les correspondances et rapports des gouverneurs royaux, de proposer des mesures et de rédiger des instructions. Les commissaires n'avaient accès ni dans le cabinet ni auprès du roi, Le secrétaire d'État avait seul le pouvoir d’ordonner Pexéculion des mesures proposées, comme il avait seul la responsabilité des conséquences qui en pouvaient sortir. En 1749, le Board of Trade se fortitia par l'adjonction de Charles Townshend, un des plus éloquents debaters de la Chambre des Communes.
1. Les Anglais réclamaient sous le nom d'Acadie les deux rivages de la baie de Fundy,: les Français ne leur voulaient concéder que le rivage oriental, Afin de bien établir les droits existants, les autorilés militaires du Canada envoyèrent des troupes dans listhme qui sépare la Nouvelle-Ecosse du continent et y firent construire les deux forts de Beauséjour et de Gaspereau, autour desquels vinrent s'élablir d'anciens colons français de l'Acadie.
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France ne peut avoir le moindre droit sur le territoire de l'Ohio, rivière importante qui prend sa source en Pennsylvanie et coule à travers la Virginie. Les Français veulent don” mettre à exécution leur projet depuis longtemps caressé. de joindre leurs établissements du Saint-Laurent à ceux du Mississipi? » Lord Holderness avait succédé au duc de Bedford comme secrétaire d'État. Il envoya aux gouverneurs de la Pennsylvanie et de la Virginie l'ordre de repousser la force par la force « partout où les Français seront trouvés dans les limites non douteuses des deux provinces ».
Robert Dinwiddie, gouverneur en Virginie, et l’un des plus ardents promoteurs de la compagnie de l'Ohio, encouragé par les ordres du ministère, acheta des Indiens sur le Monongahela le droit de construire un fort à la jonction de cette rivière avec l'Alleghany. Puis il décida d'envoyer un message au poste français le plus rapproché, et de demander des explications, la inise en liberté des commerçants anglais et une indemnité pour leur détention. Il choisit comme porteur de cette réclamation George Washington, d’une famille de planteurs établie depuis trois générations en Virgiaie et résidant sur les bords du Potomac (comté de Westmoreland). Comme l'héritage paternel avait passé à son frère ainé par droit de primogéniture, George Washington, major dans la milice, exerçait la profession de surveyor (arpenteur) dans le Northern Neck ou Virginie du nord. Né en 1732, il avait alors vingt et un ans. Il partit en octobre 1753, guidé par Christopher Gist, avec quatre ou cinq hommes d'escorte. Après un voyage très pénible à travers des forêts désertes et glacées, il atteignit le poste français de Le Bœuf, où le commandant, chevalier de Saint-Pierre, le reçut avec la plus grande politesse et lui promit de transmettre à ses supérieurs au Canada le message virginien ; il lui laissa entendre cependant que le gouvernement français avait bien l'intention d'occuper d'une manière permanente tout le pays en litige.
L’Angleterre était dès cette époque résolue à poursuivre un eflort nécessaire pour chasser les Français, non seulement de la vallée de l'Ohio, mais aussi du bassin des grands lacs et du Saint-Laurent, et en finir, par la conquête du Canada, avec une menace permanente pour ses établissements. Elle n'entendait pas toutefois lulter
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seule pour assurer la sécurilé à ses colonies, mais comptait obliger celles-ci à assumer une large part des dépenses et à fournir, au prorata de leurs ressources, un contingent sérieux aux forces britanniques. Les gouverneurs reçurent des instructions dans ce sens et mirent aussitôt les Assemblées en demeure de voter des fonds et d’ordonner les levées d'hommes requises.
Les Assemblées ne montrèrent qu'un médiocre empressement à suivre la métropole dans la voie belliqueuse où celle-ci paraissait vouloir s'engager. Dans le New-York et même dans la Virginie on émit des doutes touchant la validité des prétentions de la couronne sur le territoire dont on dénonçait l'envahissement par les Français. La Chambre des Burgesses à Williamsburg refusa nettement au gouverneur Dinwiddie les crédits sollicités. Mais Dinwiddie passa outre, enrôla une compagnie et l’envoya commencer la construction du fort à la jonction de l’Alleghany et du Monongahela. L'Assemblée, il est vrai, se montra plus accommodante lorsque Washington, de retour de sa mission au fort Le Bœuf (janvier 4754), eut fait connaître les intentions clairement annoncées des Français. Une somme de dix mille livres sterling fut votée pour la défense des frontières. Mais une commission fut nommée en mème temps pour contrôler la dépense, précaution à laquelle Dinwiddie ne se soumit qu’en se plaignant de ce nouvel « empiétement sur la prérogative ». La chambre autorisa la levée d'un régiment. En Pennsylvanie on voulut bien voter des fonds, mais en papier-monnaie. L'Assemblée de New-York, préoccupée avant tout, comme celles de Pennsylvanie et de Virginie, de questions locales et de ses démèlés avec le pouvoir exécutif de la province; donnait peu d'attention aux nuages qui se formaient dans l'ouest. Le Maryland ne se montra pas moins tiède. Seule la Caroline du Nord fit preuve de zèle et enrôla un régiment de 450 hommes. Malheureusement cette troupe était à peine arrivée à Winchester (Virginie) qu'elle se dispersa, les hommes se plaignant de n'ètre point payés.
Le régiment levé en Virginie comptait 600 hommes avec Joshua Fry pour colonel et Washington pour lieutenant-colonel. Le gouvernement anglais donna l’ordre de détacher deux compagnies indépendantes de New-York et une de la Caroline du Sud pour
assister les troupes virginiennes' dans les opérations que Dinwiddie allait engager. La petite armée se mit en marche, lentement, les moyens de transport faisant défaut pour les bagages et les munitions. Arrivés à Will's Creek sur le Potomac, les Anglo-Américains apprirent que les Français, s’élant avancés de Venango en
force sous les ordres de Contrecœur (avril 1754), avaient chassé les soldats de Dinwiddie du confluent des deux branches de l'Ohio, qu'ils occupaient eux-mèmes cette importante position, et y élevaient une forteresse à laquelle était donnée le nom de leur gouverneur général Du Quesne. Un détachement partit aussitôt à la rencontre des Français, sous le commandement de Washington, guidé par quelques Indiens amis. Aux Great Meadows (pied de la chaine de Laurel), ce détachement heurta une troupe de Français sous les ordres de Jumonville. Celui-ci venait, fut-il assuré plus tard, en parlementaire. Les Américains ne pouvaient gubre s'en douter. Des coups de feu furent tirés de part et d'autre; Jumonville tombaiavec dix de ses compagnons.
Fry mourut, et le commandement en chef revint à Washington. Rejoint par le gros des troupes, il s'établit derrière quelques retranchements construits à la hâte et décorés du nom de Fort Nécessité, L'approche de forces supérieures sous les ordres de M. de Villiers, frère de Jumonville, était signalée, Washington ne pouvait rien attendre de ses hommes, fatigués, découragés, à court de provisions, Il résista tout un jour aux attaques de l'ennemi, el dut se résoudre à capituler (4 juillet 175%), obtenant la faculté de se retirer avec armes et bagages. Il ne connaissait pas la langue française et signa les articles de la capitulation sur la foi d'une traduction infidèle d'un interprète hollandais, sans se douter qu'il Sy lrouvait un aveu formel de l'assassinat de Jumonville, Cet incident fut le sujet de longues controverses sur le rôle de Washington dans les circonstances qui causèrent la mort de l'officier francais. I n'y a rien de sérieux dans les imputations dirigées à cette occasion contre l'honneur du jeune Virginien, De retour à Wills Creek sur le Potomac, Washington y fit construire le Fort Cumberland, qui fut le poste le plus avancé de la province vers l'ouest,
Pendant que Washington opérait sur le Monongahela, plusieurs Assemblées coloniales avaient délégué des comités à une conven-
que Dinwiddie entement, Îles s etles muni- Anglo-Amérile Venango en avaient chassé ches de l'Ohio, ition, et y élem de leur gouit aussitôt à la e Washington, adows (pied de troupe de Franit, fut-il assuré pouvaient euvre part et d'autre;
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tion convoquée à Albany par ordre de lord Holderness. Les gouverneurs du Massachusetts, du New-York et de la Virginie avaient écrit au Board of Trade que les Assemblées « par ignorance, obstination ou esprit d'indépendance, se montraient intrailables, et qu'il serait nécessaire de les contraindre par un acte du Parlement à contribuer à la défense commune ». L'objet officiel de la convention était le renouvellement du traité avec les Six Nations !, dont il importait, dans les circonstances qui se préparaient, de conserver l'amitié; mais il s'agissait surtout pour le ministère anglais d'amener les colonies à s'entendre sur la nécessité et sur la réparition des sacrifices en vue de la suppression d'un ennemi commun.
Les quatre colonies de la Nouvelle-Angleterre et celles du New- York, de la Pennsylvanie et du Maryland furent représentées par vingt-cinq délégués ; les autres provinces s'abstinrent de répondre à la convocation. Dès que la convention se fut organisée sous la présidence de De Lancey et que l'affaire du traité avec les Indiens eut été engagée, un comité composé de sept membres, un par colonie, fut chargé de présenter un plan d'union entre les établissements anglo-américains. Ce plan, élaboré par Franklin, délégué de la Pennsylvanie, ne faisait que reproduire une proposition déjà émise par Coxe, du New-Jersey, en 1722, et même un système de confédération suggéré par Penn dès 1697. Il comprenait un grand conseil de quarante-huit membres avec une représentation proportionnelle pour chaque colonie (sept membres au plus, deux au moins *), Ge conseil aurait la charge de pourvoir à la défense des colonies, de répartir les levées d'hommes et les contributions en argent, d'émettre des ordonnances d'intérèt commun, Il avait à sa lle un président général, nommé par la couronne et armé d'un droit de veto sur tous les actes du conseil, Le projet fut adopté par la convention et soumis aux colonies et au gouvernement métropolitain, C'était une première esquisse de ce qui allait devenir trente-trois ans plus tard la constitution fédérale, Le plan
1 Six et non plus einq, depuis l'adjonetion de la tribu des Tuscaroras, chassée du territoire des deux Carolines,
2 Composition du grand conseil projeté # Massachusetts, 7 délégués; New:
Hampshire, 2; Connecticut, 53 Rhodedstand, 25 New-York, #3 New-ersey, 345 Penn Sante, 645 Maryland, #3 Virginia, 73 North Carolina, 45 South Carolina, 4 — Total ie Le Delaware était rattaché à la Pennsylvanie, le Maine au Massachusetts, La Géorgie était encore dans l'enfance,
bon ie, FH
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adopté n'eut pas de succès auprès des Assemblées coloniales, qui toutes le rejetèrent comme donnant trop de pouvoir au représentant de la couronne. Il n’en eut pas davantage auprès du Board of Trade, qui le trouva trop entaché d'autonomie. Les bureaux officiels à Londres auraient préféré une simple assemblée de gouverneurs coloniaux, investie du pouvoir d'émettre des traites sur le trésor anglais, dont le remboursement aurait lieu au moyen de taxes imposées par « acte du Parlement » aux colonies.
Ainsi l'administralion britannique songeait déjà à recourir au système de la taxation parlementaire pour tirer des Plantations d'Amérique un revenu fixe, indépendant du caprice des Assemblées. Les nécessités de la guerre firent ajourner ces visées. Nous verrons le Board of Trade reprendre après la paix ces prétentions, et les faire endosser au ministère et à la couronne. Il en surgira d'abord la longue lutte légale des colonies contre la politique ministérielle, puis la guerre pour l'indépendance.
Campagne de 1755. Dispersion des Acadiens.
Braddock. Dieskau.
En Angleterre, le nouveau secrétaire d'Etat, sir Thomas Robinson, s’occupait activement avec le commandant de l'armée, duc de Cumberland, de préparer une guerre qui paraissait désormais inévitable. De nouvelles clauses furent introduites dans le Mutiny Act, obligeant les Assemblées coloniales à fournir aux troupes régulières, dans leurs juridictions, le logement et certaines provisions spécifiées.
Au commencement de 1755, le général Braddock fut envoyé en Amérique avec le titre de commandant en chef et deux régiments anglais. Le cabinet fit lever dans la Nouvelle-Angleterre deux régiments de mille hommes chacun, à la solde de la couronne, commandés par Pepperell et Shirley. Chaque province dut en outre fournir un contingent déterminé de troupes coloniales.
Braddock arriva en février à Hampton-Roads ! et établit en avril son quartier général à Alexandria, Il convint avec les gouverneurs
1, Pointe extrême de la péninsule entre les rivières James et York en Virginie,
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LA Louis POUR LA POSSESSION DE LA VALLÉE DE L'OHIO. 397 des provinces voisines du plan de campagne à adopter. Tandi qu Des porterait en personne contre le fort Du Quesne es à Ne : les Français de la vallée de l'Ohio, Shirley A ER le fort Niagara, et Johnson, surintendant général dus afhires indiennes, serait chargé de la prise de CrounPoint U : ra lrième expédition, concertée déjà par Shirley avec lo di Las anglaises de la Nouvelle-Écosse, avait pour objectif L: ne postes français sur la baie de Fundy. : nero
Depuis la convention d’Albany on commencait, dans 1 vinces du nord, à voir plus loin que la sim e si . 1gtemlons des Français ; on rèvait de ps asie vs Canada, entrevue un moment en 1745 après la prise de Lo js ee Le Massachusetts ordonna une levée de 3 200 do “a a emprunt de 50000 livres. New-Hampshire fournit Ta : 5. Rhode-Island et Connecticut 3 000 hommes avec Déni ) Soon général, New-York 800 hommes et 45 000 livres de des haraquements et des provisions pour les Ana s conformément aux prescriplions du Mutiny Act, le ou à ue promplitude dont le Board of Trade se déblaro ten is. fait. New-Jersey vota 500 hommes et 70 000 livres slie 1 ao des six provinces du nord ne gagna pas les colonies du ie | du sud, La Pennsylvanie donna seulement 15 000 res , Ma " land 10 000 et encore à des conditions que le OR | pu accepter, la Virginie 20000 livres en bons du Trésor de la ds vince, la Caroline du Nord 8000 livres, La Lhoslite du S r Er absorbée dans une querelle avec son Souvent UIE el k Er top faible ou trop éloignée pour fournir aucun Ha un
On savail à Londres qu'une escadre francaise se soi ail, à Bresl, à embarquer pour le Canada quatre mille ia é de mandés par Dieskau. Boscawen, avee une flotte, alla desons les bancs de Terre-Neuve afin d'intercepter cette escadre ni flo-ci évita le piège en entrant dans le golfe de Shah Énürers où de on Belle-Isle, Quelques vaisseaux, à la faveur du nr ardt, débarquèérent mille 8 À isburg arriva à Québec. Bos Un a son Pan de uses ru Lo us ant : emparer de deux
| vec huit compagnies à bord (six cents homines), A la nouvelle de cette agression le gouvernement français rappela son
ambassadeur de Londres. Le cabinet anglais répliqua par l'octroi de lettres de marque et de représailles, et en peu de temps un grand nombre de navires marchands avec sept mille marins français tombèrent entre les mains des Anglais (juillet 1755). Lorsque la France se plaignit de ces violences ainsi que de l'attaque de Washington contre le détachement de Jumonville, les Anglais répliquèrent en accusant les Français d’avoir envahi la Virginie et la Nouvelle-Écosse,
Pendant la croisière de Boscawen à Terre-Neuve, deux mille hommes commandés par John Winslow ‘ s'embarquèrent à Boston pour la baie de Fundy (mai 1755). Rejoint à Annapolis par trois cents réguliers anglais, Winslow remit le commandement au colonel Monckton. Les forts de Gaspereau, de Beauséjour, de Saint-John furent enlevés par surprise. Restait à décider du sort des quelques centaines de familles françaises qui s'étaient établies, sous la protection de ces forts, au village de Grand-Pré, autour du « beau bassin de Minas » ?, sur les rives fertiles de la rivière
Gaspereau. Bien que la Nouvelle-Ecosse fût une province anglaise
depuis quarante ans, ces colons avaient conservé leur langage, leurs coutumes, leur religion, leurs prêtres. Ils avaient été dispensés de porter les armes contre la France, et étaient connus sous le nom de « Français neutres ». Quelques-uns de leurs jeunes gens avaient été pris cependant en armes lors de la reddilion de Beauséjour, De plus, les délégués des Français de la rivière Gaspereau, de Pisiquid, de Minas et de la rivière Canard refusèrent de prèler un serment d'allégeance qui les eût obligés à porter les armes contre leurs concitoyens. On se servit de ce double prétexte pour justifier les cruelles mesures adoptées contre cette malheureuse population dans un conseil tenu entre Lawrence, sous-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, Boscawen et Mostyn, commandants de la flotte anglaise, et Belcher, chief-juslice de la province (fils de l'ancien gouverneur du Massachusetts). Bien que la capilulation de Beauséjour eût garanti que les habi-
1. Arrière-petitils d'Edward Winstow, un des patriarehes de la colonie de PIr moulh, et pelitils du commandant des forces de la Nouvelle. Angleterre dons li guer & contre Philippe.
2, Longlellow, dans son poème d'£vangeline, à chanté les misères des Acadiens et la cruauté de PAngleterre,
par l'octroi le temps un marins fran- 55). Lorsque l'attaque de les Anglais i la Virginie
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e la colonie de [LE Angleterre dans la
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(ants veisins ne seraient pas troublés, on résolut de déporter les colons français en masse, de les arracher à ces fermes que leurs pères avaient créées et où ils menaient une vie simple et heureuse ‘, Le 5 septembre ils furent convoqués à l’église de Grand-Pré. Les malheureux, quatre cent dix-huit hommes venus là sans armes, se virent tout à coup entourés par les troupes coloniales et anglaises, entraînés sur Île rivage, séparés de leurs familles et embarqués de force. Les femmes furent, à leur tour, transportées sur d'autres bâtiments, et la dispersion commença (21 octobre), landis que derrière eux les Anglais livraient aux flammes les fermes, les récoltes, le bétail, tout ce qui ne pouvait s'emporter*. La majeure partie des Acadiens furent déposés sur le territoire du Massachusetts. On leur donna du pain, mais, par horreur du papisme, on ne leur permit mème pas de se consoler de l'exil par la célébration de la messe. Le reste de cette population infortunée fut jeté çà et là dans les diverses colonies; beaucoup moururent; quelques-uns réussirent à s'évader vers la France, le Canada, Saint-Domingue, la Louisiane. Les fugitifs qui purent gagner la Nouvelle-Orléans furent établis un peu au-dessus de la ville, au point qui reçut plus lard le nom de Côle acadienne (paroisses d'Altakapas et Opelousas.)
Pendant que les Anglais remportaient cetie lugubre victoire sur une population désarmée, ils subissaient dans l'ouest un sanglant échec,
Braddock, dont le quartier général était à Alexandria, petite ville récemment établie au point où le Potomac devient navigable, eut beaucoup de peine à obtenir des provisions et des moyens de transport, Les troupes alteignirent péniblement Cumberland; là on se trouva tout à fait arrèlé, Plus de voitures d'aucune sorte pour les bagages. Braddock, hautain, violent, se répardait en plaintes, en expressions de mépris pour l'indifférence et l'incapacité des colons, Franklin élail venu au camp régler des questions relatives au service des postes dont il était directeur
1 Voir une lettre de Lawrence au colonel Moneklon pour lui enjoindre d'user de stratagème et de s'emparer d'abord des chefs de famille (Bresant et Gays Histoire populeore des Eltatse Unis, 3 volume),
2 Le nombre des déportés est évalué à environ deux mille. Quelquesenns rvinrent plus tard en Acadie,
général; témoin de l'embarras où se trouvait le commandant en chef, il loua chez les fermiers de la Pennsylvanie des charrettes et des chevaux en engageant sa propre responsabilité; l’armée put enfin, grâce à lui, se porter en avant.
Les compagnies virginiennes avaient rejoint les troupes anglaises, ce qui portait l'effectif à un millier de réguliers et douze cents provinciaux. Braddock attacha Washington à sa maison militaire comme aide de camp". Il fallait, pour arriver au fort Du Quesne, franchir cent trente milles par-dessus les rudes escarpements des monts Alleghanys, en frayant une route pour les fourgons et l'artillerie. Braddock, impatient de tant de retards, laissa Dunbar en arrière et tous les bagages, et prit l'avance avec la moitié la plus agile de sa petite armée. On l’avisa des périls particuliers de cette guerre indienne et du caractère de l'ennemi qu'on allait combattre; on lui conseilla de mettre les provinciaux en tête, de faire fouiller les bois par des éclaireurs. Mais Braddock était trop infalué de sa supériorité d'officier européen et des mérites de la tactique traditionnelle pour attacher quelque importance à de tels avis ?, Déjà il n'était plus qu'à huit milles du fort Du Quesne et touchait ainsi au but de l'expédition, lorsque son avant-garde, commandée par le lieutenant-colonel Gage, fut attaquée par un ennemi invisible (9 juillet). Les Indiens etles Français, au nombre de huit cents, élaient cachés sous bois, dans les plis de terrain, derrière les arbres ou sous les hautes herbes *, Le feu de ces habiles
tireurs était si précis el si meurtrier que les Anglais furent saisis d'une panique soudaine, Braddock fit des prodiges de valeur pour retenir ses hommes et raffermir les rangs. Il eut cinq chevaux tués sous lui, et bientôt tomba lui-même percé d’une balle. Il mourut
qualre jours après.
Les tireurs ennemis visaient spécialement les officiers, dont
1, Avec Washington se trouvaient Gates, Morgan, Mercer, noms célèbres vingtcinq ans plus tard.
2, I répondit en souriant aux avertissements de Franklin : « Ces suivages peuvent être un ennemi formidable pour votre grossière milice américaine, mais ils ne sauraient, moucieur, faire aucune impression sur les troupes régulieres el disciplinées du roi, »
3, Contrecaur, qui commandait à Du Quesne, voulait se rendre, mais le capitaine de Beaujeu entraina les Indiens et organisa l'embuscade, Hfut tué dès le debatd l'action,
mmandant en s charrettes el : l'armée put
. les troupes uliers et douze , à sa maison ver au fort Du rudes escarpee pour les four- » retards, laissa avance avec la 1 des périls pare l'ennemi qu'on vinciaux en tèle, s Braddock était et des mérites de importance à de 1 fort Du Quesne son avant-garde, | attaquée par tn ançais, au nombre lis de terrain, derfeu de ces habiles œlais furent saisis res de valeur pour cinq chevaux tués , balle. I mourl
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