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Ëpitre de Paul à Philtnion

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un frère bien-aimé ; mais on peut dire que, dans ces paroles mêmes, il y avait le germe de raffranchissement.

C'est ainsi du moins que Tentendait TÉglise, qui se fit dès le premier jour la patronne et la protectrice des esclaves. Ouvrez le code Théodosien, vous y trouverez toute une législation favorable due à Cionstantin ; la première conquête de l'Église reconnue par l'empereur fut le droit d'affranchir les esclaves dans son sein, le dimanche en assemblée publique, comme une œuvre pieuse et sainte.

Cet adoucissement commencé par saint Paul ne s'est arrêté qu'à la transformation de la servitude en servage; l'esclave est devenu un colon, un laboureur, attaché à la terre, il est vrai, mais par un lien plus réel que personnel. Il a fallu sans doute de longs siècles pour amener ce résultat-, mais dès le premier jour la réforme a été en germe dans le respect de l'Église pour la personne humaine, temple de Jésus-Christ. L'esclave a été pour l'Église un chrétien, un homme, un époux, un père, et non point une bête de somme, un outil, un capital dont on abuse à volonté.

En Amérique, au contraire, la condition de nègre ne s'est en rien améliorée. Yous avez vu tout à l'heure la dureté de ces lois, faites cependant à une époque où l'Angleterre se glorifiait de sa civilisation, où Voltaire et Montesquieu la présentaient à la France comme modèle d'un gouvernement et d'une société libres. Depuis lors l'Angleterre a marché. Grâce à Romilly, à Wilberforce, à Clarkson , elle a pris l'initiative de l'émancipation, elle a sacrifié cinq cents millions de francs à cette

œuvre sainte. L'Amérique n'a rien fait. Elle n'a pas aboli l'esclavage; elle ne l'a pas transformé en servage. Ses lois sont aussi dures que le premier jour. Entre cette assemblée coloniale, qui déclarait, en 17!2, qu'il n'était ni juste ni convenable de mettre les nègres en liberté, et les lois et les idées d'aujourd'hui, rien n'a changé, sinon peut-être que l'opposition des abolitionistes a donné plus d'audace et de vivacité à la défense de l'esclavage. C'est au nom de la Bible et par l'exemple des patriarches, qu'on justifie un système qui foule aux pieds les droits du père et du mari, qui se joue delà pudeur des femmes, qui condamne des millions d'hommes à la misère et à l'ignorance. La loi défend de les instruire, car, dit naïvement le préambule : a Montrer aux esclaves à lire et à écrire, ne sert qu'à exciter le mécontentement dans leur cœur, et à produire l'esprit de rébellion. » Pour que le maître soit tranquille, il faut étouffer dans l'esclave le cœur et l'âme, tout ce qui n'est pas de l'animal. La paix de la Caroline est à ce prix.

On s'imagine souvent qu'on pourrait adoucir cette triste condition ; c'est une erreur. C'est la nature des choses qui fait la cruauté de l'esclavage. On peut sans doute remplacer la servitude par le servage, c'est-à-dire par une situation où l'ouvrier attaché au sol est, du reste, traité comme un homme; mais l'esclavage, qui fait du nègre un animal domestique, n'admet ni plus ni moins. Reconnaître un seul droit à Tesclave, c'est l! en faire une personne, et, par conséquent, c'est d'un seul coup lui reconnaître tous les droits. Respectet - on le mariage , il faut respecter le droit du ^

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et nourrir les enfants; mais alors le maître a tout intérêt à faire du nègre un ouvrier ou un métayer. La condition du sol change avec la condition des person-^ nés. Est-ce le travail qu'on respecte^ mais aussitôt le nègre a un pécule, et on ne peut lui refuser de se racheter. C'est ainsi que dans les choses humaines et par une génération fatale, le bien enfante le bien, le mal enfante le mal. C'est surtout dans l'esclavage que cette terrible fécondité du crime est visible.

Dans une moitié des États-Unis, il y a deux sociétés établies sur le même sol ; l'une toute-puissante, active, unie, vigilante, l'autre faible, d^unie, indifférente, exploitée comme un bétail; et cependant, ce troupeau méprisé est pour l'Amérique une menace éternelle. Si jamais une guerre étrangère apprenait aux noirs à se compter, et tournait contre l'oppresseur cette force endormie, le Sud deviendrait un théâti*e de désastres plus effrayant que Saint-Domingue.

Sans prévoir des malheurs que le temps rendra inévitables, il n'en est pas moins vrai qu'aujourd'hui l'esclavage est le ver rongeur des institutions américaines, un démenti donné aux fondateurs de l'indépendance ^ La tache qui souille cette grande société la met audessous de l'Europe. Nous sommes sans doute moins avancés que les États-Unis dans la pratique de la li-

1. Qae sont devenues ces belles paroles de la déclaration de 1776 1 <i Nous considérons comme vérités évidentes que tous les hommes ont été créés égaux, qu'ils ont reçu du Créateur des droits inaliénables, el que ces droits sont la vie, la liberté , et la poursuite du bonheur? n Voyez aussi l'ingénieuse plaisanterie de Franklin sur le commerce de* esclaves, dans 8es£<sat«.

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berté; raaîs nous n'avons pas d'esclaves, et notre civilisation plus humaine est par cela même infiniment plus grande et plus relevée *•

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