‹ Histoire des États-UnisChapitre 114 sur 119 · Tucker, Life ofJeffersom, I · texte numérisé non relu

Tucker, Life ofJeffersom, I

proposait, celtfl de détruire cette grande inégalité de fortunes qui, autrefois, prévalait en Virginie. Et nonseulement ces lois ont modifié la distribution du sol et divisé les grands domaines en une multitude d'héritages, mais bien plus, elles ont agi si fortement sur l'esprit public, que, malgré une liberté testamentaire absolue, il est rare aujourd'hui qu'un père de famille ' avantage un de ses fils au préjudice des autres. C'est un des exemples les plus frappants de l'influence qu'exerce la loi de propriété ; en modifiant la distribution de la richesse, ou plutôt en laissant agir les causes naturelles, elle amène avec l'égalité du sol le goût de l'égalité civile, et l'horreur du privilège*.

« Les effets de ce changement dans la distribution de la propriété sont visibles, dit un biographe de Jefferson, M. Tucker, professeur de philosophie morale à l'université de Virginie ; il n'y a plus maintenant une classe de personnes en possession de grands domaines héréditaires qui s^élève au-dessus des autres par le luxe et Tostentation; le plus grand nombre de ceux qui sont riches ont acquis leurs propriétés à force de talent et d'industrie, et la plupart se contentent de cette dépense modérée que demande l'opinion sans aller jusqu'à ce degré de luxe qu'elle ne fait que tolérer.

« Ainsi, autrefois en Virginie il y avait beaucoup de personnes qui se faisaient conduire à six chevaux. On ne voit plus aujourd'hui un pareil équipage ; avant la révolution il y avait probablement deux ou trois fois plus d'attelages à quatre chevaux" qu'aujourd'hui, mais le nombre des voitures à deux chevaux est maintenant dix et vingt fois plus grand que dans

1. Sur cette action de la propriété, voyez mon HUtoire du droit de propriété, Paris» 1839.

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KÏea lemps. Quelques familles pouvaient se vaaler de posséder plus d'argenlerie qu'on n'en rencontrerait aujourd'hui dans aucune maison , mais la quaatiti^ générale dans tout le pays est vingt fois, sinon cinquaaie fois plus considérable qu'elle n'était jadis', d

Sur une moindre échelle, l'histoire de la "VirgiDÎe est l'histoire même de la France. C'est qu'en effet, l'égale répartition de la richesse en amène la rapide augmentation, parce qu'elle ne dispense pas le riche de travailler, et ne décourage pas le pauvre; tous deux étant trop près du niveau qui sépare la pauvreté de la fortune, l'un pour ne pas espérer d'y atteindre, l'autre pour ne pas craindre de retomber au-dessous, il en résulte donc une quantité de travail beaucoup plus forte, et, par conséquent, comme le travail cst-à la fois une vertu et un instrument de richesse , plus d'aisance , plus d'indépendance, plus de moralité; la politique et l'économie y trouvent également leur compte.

Je vous signalais tout à l'heure la double influence des lois sur les mœurs, et des mœurs sur les lois; la liberté absolue de disposer par testament, empruntée par les Américains aux Anglais, et qui a dans les deux pays des effets opposés, est un exemple de l'illusion où sont ceux qui cherchent dans les lois un absolu, sans s'inquiéter du milieu où ces lois se développent.

Le testament n'est point une institution féodide ; tout au contraire, c'est une réaction de l'esprit de liberté, un emprunt fait au droit canonique, qui lui-méma

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