TROISIÈME LEÇON
PREKIEES fTÀBLISSEMENTS DES ANGLAIS DANS L'AMÉRIOTIB \
USUa TITRE DE POSSESSION
Messieurs,
La découYerte de rAmérique faite par Christophe Colomb, à la fin du quinzième siècle, éveilla Tattention de tontes les puissances maritimes de FEurope, stimulées par Tamour de la gloire, et encore plus par l'avarice et l'ambition.
Les Espagnols et les Portugais entrèrent les premiers dans la carrière si brillamment ouverte par Colomb ; et, pour éviter toute rivalité, comme pour légitimer leurs conquêtes, ils s'adressèrent au pape Alexandre YI qui, avec une libéralité d'autant plus grande qu'elle ne lui coûtait rien, leur partagea ce monde à découvrir.
La fameuse bulle publiée en 149S par Alexandre Yl accordait aux couronnes unies de Gastille el d'Aragon toutes les terres découvertes et à découvrir au delà d'une ligne imaginaire tracée d'un pôle à l'autre, cent
1. Stoiy, liT. I, chap. i; Rol»ert8on, HUtory of America^ liy. IX i Baneroll, lir* I; Hlldreth, Eiêtory of the United State«,\.\,^âûB^« ^«
42 HISTOIEE DE LÀ FONDATION DES ETÂTS-DNIS.
lieues à Touest des Açores ; l'est était la propriété des Portugais.
Cette donation, contre laquelle Grotius se croyait mcore obligé de protester^ au nom de l'Évangile, n^était pas faite parce que le pa^ se reconnaissait pour le maître du monde, et prétendait distribuer en souverain les terres du nouveau continent : c'était comme chef suprême de la catholicité que le pape disposait de nations plongées dans les ténèbres de l'idolâtrie. Ces païens, ces infidèles n'avaîcnt aucun titre à la souveraineté du sol qu'ils occupaient depuis si longtemps, et ce n'était pas trop récompenser une pieuse croisade } que de donner ces riches pays à ceux qui devaient, ou convertir les sauvages, ou exterminer l'idolâtrie. La concession était donc faite [ce sont les termes de la bulle) ut fides catholica et christiana religio nos tris prœsertim temporibiis exaltetur^ etc., etc., ac barbarœ nationes deprimàntur et ad /idem ipsam reducantur.
Cette générosité du pape disposant d'un pays qui ne lui appartenait pas en faveur des Espagnols et des Portugais, qui n'y avaient pas plus de droit que les autres puissances de l'Europe, alors toute catholique, était au moins singulière : aussi, sans tenir compte de la bulle d'Alexandre YI, l'Angleterre, îa France, la Hollande poussèrent leurs découvertes, leurs conquêtes et leurs . colonies dans les Indes occidentales, et à cette occasion
1 . Grotius, de Jure betli et pacU, 111». U, eap. zzii , de CwêêU injus"
fiTABLISSEMENTS OES ARGUIS. 43
floutmrent de longues guerres avec FEspagne et le Po tugal, qui prétendaient garder le monopole du nouveau continent.
Dès Tan 1496, Henri VII d'Angleterre, en vertu d'un droit tout aussi respectable que celui du pape, donna à Jean Cabot, Vénitien entreprenant, depuis longtemps établi à Bristol, une commission semblable à celle que Ferdinand et Isabelle avaient accordée à Colomb; mais le roî d'Angleterre n'imita point la libéralité du roi d'Espagne et ne se chargea point des frais de l'expédition. Cabot, ses trois fils, leurs héritiers ou représentants, furent autorisés à naviguer à leurs propres frais dans les mers de l'est, du nord ou de l'ouest, avec une flotte de cinq vaisseaux, pour y découvrir les îles, contrées, régions ou provinces de gentils ou païens, restées jusqu'alors inconnues à la chrétienté, avec pouvoir d'y planter le drapeau anglais et d'en prendre possession comme vassaux de la couronne d'Angle-» terre. Le roi se réservait la seigneurie et le cinquième du produit net de l'expédition *.
Atmé de ce titre large, mais contestable, Cabot, accompagné de son fils Sébastien, mit à la voile pour les régions inconnues, et, après avoir aperçu l'île de Terre-Neuve, le premier il découvrit la terre ferme que Colomb ne vit qu'un peu plus tard, dans sa troisième expédition, en 1498^. Sébastien Cabot suivit la côte^ flans aborder, depuis le cap Breton jusqu'aux Florides ;