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COLONIE DK MASSACHUSETTS

La seconde colonie puritaine qui vint peupler la Nouvelle-Angleterre, fut celle qui s'établit autour de la baie de Massachusetts. C'est de toutes la plus importante ; celle qui , dès l'origine, a pris la direction du mouvement politique et religieux aux États-Unis, et qui encore aujourd'hui y tient le premier rang. Il y a des Tilles qui font un plus grand commerce que Bos-

f ton, par exemple, Nevir-York et la Nouvelle-Orléans;

: mais il n'y en a point qui pèse autant sur l'opinion.

Aussi depuis l'origine, Boston, fidèle au vieil esprit pu-

VASSAGHT3SETTS. 1^3

, ritain , a-t-il toujours été la ville la plus considérable de rAmérique, par les lumières, la moralité, l'énergie,' la piété de ses enfants. C'est Boston qui a commencé la guerre de l'indépendance, et aujourd'hui on retrouve cette influence au fond de toutes les questions qui agitent les esprits, notamment dans la grande question de l'esclavage.

Le Massachusetts est donc de toutes les colonies de l'Est celle dont l'histoire nous touche le plus; les autres n'ont été que des satellites , toujours entraînées dans le mouvement parti de Boston. C'est partout la même vie , ce sont les mêmes lois , les mêmes mœurs ,' les mêmes usages ; nous pourrons donc passer vite sur des annales sans grands événements ; l'histoire du Massachusetts sera celle de la Nouvelle-Angleterre.

A peu près vers l'époque où les pèlerins achevaient leur voyage, Jacques P', voyant que la compagnie du Nord ne donnait point suite à ses projets de colonisation, accorda, la 3 novembre 1620, une charte nouvelle au duc de Lennox, au marquis de Buckingham et à quelques autres personnages de distinction. Cette charte était imitée de la concession première, mais elle étendait le territoire accordé. Le roi donnait à la compagnie, qui prit le titre de Grand conseil drPlymouth, tout le pays compris entre le 40® et le 48* degré de latitude nord, et s'étendant en profondeur d'une mer à l'autre, réserve faite des possessions qui se trouveraient appartenir à quelque autre puissance : on songeait sans doute à nos établissements du Canada.

Cette concession, malgré son étendue, n'amena point

d^expéditioû sérieuse ; la compagnie dans laquelle figurait un certain nombre de courtisans intéressés, s'occupa de vendre des terres plutôt que de coloniser, et la Nouvelle-Angleterre serait restée longtemps inhabitée, si les causes qui avaient amené l'exil des brownistes, n'avaient déterminé une émigration de puritains beaucoup plus considérable.

Les Indépendants, dont le nombre et le zèle augmentaient chaque jour, malgré ou plutôt à cause de la persécution, désespérant d'obtenir dans leur patrie le relâchement des lois qui les frappaient sans pitié, encouragés d'ailleurs par les récits qui représentaient la colonie de New-Plymouth comme l'asile et le sanctuaire de leurs croyances, résolurent de chercher, eux aussi, par delà les mers, une patrie nouvelle, où leurs opinions ne seraient point inquiétées, où la persécution n'atteindrait ni leurs femmes ni leurs enfants *.

Ce fut dans cette intention qu'on ouvrit avec le Grand conseil de Plymouth une négociation qui, en 1627, aboutit à une concession considérable, car elle comprenait le territoire de l'État actuel de Massachusetts, le Connecticut, New-Hampshire , Rhode-Island et le Maine.

Les premiers concessionnaires n'étaient ni asseï riches, ni assez nombreux pour entreprendre avec

1 . On peut juger des rigueurs de la persécution par nn seul exemple. Dans le procès fait à l'évêque Wren, on lui reprocha que pendant les deux années et demie qu'il avait administré le diocèse de Norwich, il avait déposé cinquante ministres pour n'avoir point observé los cérémonies prescrites, et forcé trois mille personnes à sortir da royaume. (Ëvereii, Ovations and spaeches, U 1, p. 222.)

leurs seules ressources une aussi lourde entreprise que la colonisation d'un pays lointain ; ils cherchèrent donc des associés parmi leurs coreligionnaires, et en trouvèrent bientôt un assez grand nombre parmi des marchands ou des personnes aisées , qui en public ou en secret professaient les opinions puritaines. Mais Ces derniers , en hommes habitués aux a£faires , ne voulurent point tenir leur titre d'une compagnie qui pouvaitbien leur concéder la propriété du sol, mais non pas la juridiction et l'administration. Ils s^adressèrent donc au roi, à qui seul il appartenait d'accorder cet attribut de la souveraineté.

Charles P' consentit à leur demande avec une facilité qui étonne, quand on sait quelle était la sévérité du roi en matière de non-conformité. Le 4 mars 1629, il constitua les concessionnaires en corporation, sous le nom de Gouvernement et compagnie de la baie de Massachusetts dans la Nouvelle- Angleterre, et leur donna une charte toute semblable 'à celle que Jacques P' avait accordée au grand conseil de Plymouth.

Cette charte, qui porte la signature de Charles P% et qui, pendant plus d'un demi-siècle, fut chérie comme le plus précieux des privilèges, constituait, non point un État (il ne faut pas s'y tromper), mais simplement une corporation dont le siège était en Angleterre , et qui était organisée comme toutes les grandes compagnies commerciales que l'esprit de la monarchie avait alors multipliées par tout le pays.

L'administration était confiée , suivant l'usage, à un gouverneur, secondé par un député ou lieutenant gou- «

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Terneur, et à un conseil d'administration , composé de dix-huit assistants qui devaient être annuellement élus par les freemen , nous dirions les actionnaires de la compagnie.

Quatre fois par an, ou plus souvent si on le jugeait . nécessaire, on devait tenir en Angleterre, au siège de la compagnie, une assemblée générale des freemen^ et c'est dans cette assemblée, où figuraient aussi le gouverneur et les assistants, qu'on nommait les officiers de la plantation, et qu'on faisait en toute liberté les règlements nécessaires pour la colonie, à la seule condition de ne rien établir de contraire aux lois du royaume.

Aucun article de la charte n'exige le consentement du roi pour la validité de ces règlements. Et en effet ce n'était qu'une compagnie de commerce qu'on avait autorisée et point du tout un gouvernement. Les actes de cette corporation étaient considérés comme aussi indifférents à l'État que ceux de toute autre société commerciale, et si on lui reconnaissait une certaine juridiction en Amérique, c'était simplement à cause de là nature des affaires dans lesquelles les actionnaires étaient engagés.

C'est grâce à cette organisation, dont l'apparence commerciale écartait l'action directe du gouvernement, que les plantations de la Nouvelle- Angleterre jouirent de plus de liberté intérieure et de plus d'indépendance politique que les colonies des autres peuples. Cet oubli de la couronne, cette liberté parfaite fut la cause principale de leur fortune : c'est ce que nous ne devrions jamais oublier.

MASSACHUSETTS. IW

La charte n'accordait point aux émigrants la liberté de religion, comme on Ta quelquefois supposé; au contraire, le roi chargeait le gouverneur de faire prêter aux colons les serments de suprématie et de fidélité. 11 était loin de prévoir quelle puissance l'émigration donnerait à ce puritanisme qu'il abhorrait. Mais par la force des choses, le puritanisme devait régner en maître dans la Nouvelle-Angleterre, car lui seul fuyait devant l'oppression ; les membres de l'Église anglicane , que rien n'inquiétait, n'étaient nullement attirés vers un pays que ne recommandait ni sa fertilité ni son commerce. Le privilège religieux des puritains ne reposait donc point sur une concession légale , mais il résultait si clairement des faits, qu'en 1662 le roi d'Angleterre, probablement à la prière de Clarendon, déclarait que le principe et le fondement de la charte du Massachusetts, c'était la liberté de conscience.

Aussitôt la patente obtenue, une première expédition de cinq navires emmena trois cents émigrants vers leur nouvelle patrie. C'étaient, pour la plupart, d'ardents puritains qui quittaient la terre natale , non par ambition, non par avarice, mais uniquement parce qu'illeur semblait, comme le dit Milton, que rien ne pouvait les défendre de la furie des évoques que le vaste Océan et les solitudes sauvages de l'Amérique ^ Des ministres éminents dans le parti non conformiste accompagnaient cette colonie qui ne ressemblait à aucune de celles

1. Milton, Of Rejormation in Enaland; édit. de Fletcher, U Ip p. 14.

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qu'avait connues l'histoire, colonie non point d'aventuriers, mais de chefs de famille qui se rendaient au désert, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, pour y porter le flambeau de l'Évangile , pour y prier Dieu en liberté. Aussi selon le récit d'un contemporain , qui , d'un mot, donne à juger de l'esprit des émigrants, c'était au moyen de trois longs sermons par jour qu'on charmait les ennuis de la traversée.

A leur arrivée, le 29 juin 1629, les colons trouvèrent le reste misérable d'une première émigration partie l'année précédente, sous la conduite d'un enthousiaste nommé Endicott, et établie dans un lieu que le gouverneur, avec l'affectation du temps , avait nommé Salem, du nom de la ville sainte '.

Les émigrants qui avaient suivi Endicott, et les nouveaux arrivants avaient les mêmes principes religieux; c'étaient des puritains de l'espèce la plus rigide. Pour des hommes de ce caractère, l'établissement d'une église était un intérêt qui devait effacer tous les autres. Aussi, dès le premier jour, et sans égard pour la charte qui leur imposait la conformité, ils organisèrent leur Église suivant leurs doctrines.

Ils s'unirent tous en société religieuse, par acte solennel fait en présence de Dieu , et en présence l'un de l'autre (on reconnaît le premier contrat des colons de ^ New-Plymouth). Puis, en se conformant strictement aux règles de l'Écriture , telle qu'ils l'entendaient, ils

1 . Salem est aujourd'hui une des villes principales de l'Etat du Mat" sachusetts, et fait un commerce considérable avec les Indes.

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élurent un pasleur, un docteur ou prédicateur, et un ancien qu'ils élevèrent à ces fonctions par l'imposition des mains de tous les frères.

Tous ceux qui, ce jour-là, furent admis comme membres de l'Église, déclarèrent accepter une confession de foi rédigée par le prédicateur, et rendirent compte du fondement de leurs espérances comme chrétiens ; il fut en outre déclaré que désormais personne ne serait reçu dans la communion qu'il n'eût satisfait TËglise au sujet de sa foi et de sa justification.

Quant au culte public qu'on institua, il était d'une simplicité plus que calviniste : point de liturgie, pas de communion; tout se bornait à la prédication. Du reste, cette première discipline a toujours été entourée d'une vénération particulière; elle est restée la règle des églises réformées de la Nouvelle-Angleterre.

Ce fut avec passion que les puritains, libres de leurs mouvements pour la première fois, constituèrent cette pure Église qu'ils avaient rêvée si longtemps. Cependant quelques émigrants, effrayés de cette brusque rupture avec l'Église anglicane, s'assemblèrent séparément pour honorer Dieu suivant le rite de la métropole. Exclusifs comme tous les partis qui sortent de la persécution, les colons déclarèrent qu'ils ne supporteraient point l'épiscopat. Craignant toujours une invasion de leurs droits , ils regardaient les partisans de l'Église établie comme des espions dans leur camp ; la religion qui les avait fait souffrir, ils la repoussaient moins encore comme une secte que comme une tyrannie. « Vous êtes des séparatistes , disaient leurs adver-

saires, et vous serez bientôt des anabaptistes. — Nou8 nous séparons , répondaient les ministres , non pas de l'Église d'Angleterre, mais de ses corruptions. Pour fuir la liturgie et les cérémonies anglicanes, nous avons quitté notre patrie où nous avons beaucoup souffert à cause de la non-conformité : dans ce lieu de liberté, nous ne pouvons pas, nous ne voulons pas admettre l'idolâtrie. Ce serait violer de façon coupable le culte de Dieu. » En d'autres termes, les bénédictions de la terre promise devaient êtr^ réservées aux seuls puritains*. On ne s'en tint pas aux paroles, et les persécutés de la veille, devenant persécuteurs à leur tour, ce qui est aussi commun en religion qu'en politique, on traita comme des ennemis publics les deux principaux mécontents qui, au nom même de la charte, revendiquaient la liberté du culte; on les embarqua aussitôt pour l'Angleterre sur les vaisseaux mêmes qui les avaient amenés. Ce n'était là que le prélude des persécutions que devait soulever l'intolérance puritaine, on en verra bientôt de plus cruels exemples.

Cependant, les directeurs de la compagnie en Angleterre travaillaient à renforcer la colonie, et comme on était au moment où l'esprit intolérant de l'archevêque Laud dominait dans le conseil du roi, le nombre était grand de ceux qui se résignaient à chercher un abri dans la Nouvelle-Angleterre. Parmi eux, se trouvaient des gens d'une condition plus relevée, d'une fortune plus grande que celle des premiers émigrants.

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