‹ Histoire des États-UnisChapitre 47 sur 119 · PROVIDENCE, RHODE-ISLAND · texte numérisé non relu

PROVIDENCE, RHODE-ISLAND

expérience éclatante, qu'un État très-florissant peut exister et se maintenir parfaitement parmi les Anglais nos sujets, avec une pleine liberté en matière de religion , et que la vraie piété fondée sur les principes de l'Évangile, donnera à la royauté la meilleure et la plus grande des sécurités, et mettra dans le cœur des hommes les plus fortes obligations de la véritable loyauté;

« Nous donc , désireux d'encourager l'entreprise féconde de nos bien-aimés et loyaux sujets, voulant leur assurer le libre exercice et la libre jouissance de leurs droits civils et religieux, et leur conserver cette liberté de foi et de culte qu'ils ont poursuivie avec tant de peines, de douceur et de loyauté ;

« Et tenant compte de ce que dans la colonie il y a des personnes, qui dans leur opinion ne peuvent se conformer & Texercice de la religion suivant la liturgie, la forme et les cérémonies de TÉglise d'Angleterre, ni prêter, ni souscrire les serments et articles faits et établis à ce sujet;

« Songeant en outre (ceci est curieux comme accusant l'absurdité de ce mélange adultère de la politique et de la religion), qu'en raison du grand éloignement il n'est pas à craindre que cette exception fasse brèche à l'uniformité établie et maintenue dans notre royaume;

0 Nous ordonnons :

« Que personne dans ladite colonie ne soit à l'avenir molesté, puni ou recherché pour différence d'opinions en map tière de religion, mais qu'au contraire chacun ait pleine et entière liberté de conscience et de jugement en ce point, pourvu qu'il se comporte paisiblement, et qu'il ne tourne pas cette liberté en licence ou profanation, en injures ou trouble d'autrui. »

Certes c*est là une noble déclaration dont il serait difficile de trouver un second exemple dans le dix-sèptième siècle; mais il est triste de voir combien cet ac.ti^

est peu d'accord avec les persécutions domestiques autorisées par le même monarque dans son règne dissolu; il n'est pas moins triste de penser combien cet esprit de tolérance a trouvé peu d'imitateurs parmi les autres colonies de la Nouvelle-Angleterre.

Du reste, comme il arrive toujours quand on a sur les yeux les écailles qu'y met l'esprit de parti, les colons et surtout les ministres du Massachusetts ne comprenaient rien au progrès de cette plantation qui, pendant quarante ans, eut le bonheur de jouir des conseils et de l'exemple du bon et pieux Williams.

« Cette colonie, écrivait en i695 le fougueux et intolérant Gotton Mather, est un amas d'antinomiens^ de familistes, d'anabaptistes, d'arminiens, d*antisabbatistes, de sociniens, de quakers, de convulsionnaires, en un mot de tout excepté de vrais chrétiens; si un homme perdait sa croyance il serait sûr de la retrouver dans quelque village de Rhode-Isiand : fiona terra, mala gens^. »

On en jugeait autrement dans la colonie ; cette petite démocratie qui se réunissait au son du tambour, ou à la voix du crieur, sous quelque vieux chêne ou sur le rivage de la mer, pour discuter ses lois et choisir ses magistrats, avait bien plus que la grande plantation de Massachusetts, la conscience de sa mission, le sentiment de la vérité sur laquelle son fondateur l'avait assise.

« Notre Etat populaire, disent les registres publics, ne tournera pas, comme quelques personnes le conjecturent, à

É, Wardeo, Dneription det État$-Uni$, U I, p. 519.

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l'anarchie, ce qui serait la tyrannie commune, car nous avons le plus Yif désir de conserver chacun de nous dans sa personne^ son honneur et ses biens ^. »

Jacques II , eu attaquant les chartes coloniales , ne respecta pas celle que son frère avait accordée à Rhode- Island; la colonie rendit son privilège en 1686, mais pour le reprendre aussitôt après la révolution de 1688; elle le conserva jusqu'en 1776.

Bien plus, à ce moment, quand tous les États , en pleine possession de la souveraineté , rédigèrent des constitutions nouvelles, ou du moins réformèrent leurs anciennes chartes, Rhode-Island conserva la patente de Charles II; elle Ta gardée jusqu'en 1842. C'est le dernier État de l'Union qui ait modifié sa constitution ; et dans le fait qu'y pouvait-on changer.? Il y avait deux siècles que Roger Williams lui avait donné pour base le suffrage universel, et la séparation absolue de l'Église et de l'État; la philosophie et la politique n'ont pas encore été plus loin.

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