‹ Histoire des États-UnisChapitre 51 sur 119 · CONNECTICUT, NKW-HAVEN (SUite · texte numérisé non relu

CONNECTICUT, NKW-HAVEN (SUite

Messieurs,

Nous avons commencé Thistoire des plantations de New-Haven et de Connecticut ; il nous reste quelques mots à dire pour terminer ce qui nous intéresse dans les annales de ces dernières col(^!îies.

Après la restauration de Charles II, la colonie de Connecticut, inquiète de la validité de son titre, députa vers le roi le jeune Winthrop, fils de Tancien gouverneur du Massachusetts. Il était chargé de déclarer au nouveau roi que les planteurs avaient préféré se passer de charte plutôt que d'implorer l'usurpateur. Grâce à cette déclaration de loyalisme, grâce au zèle qu'il déploya dans cette affaire, Winthrop obtint, en avril 1662, une charte de territoire et de gouvernement.

Cet acte, dont les dispositions libérales furent dictées comme pour Rhode-Island, moins par une bienveillance particulière que par la jalousie qu'inspiraient à la royauté les puritains du Massachusetts (en ce mo-

184 HISTOIRE D^ LA FONDATION DES £TATS-L'inS.

meut même on essayait en vain de les soumettre), cet acte concédait les privilèges les plus larges, et confirmait pleinement le -régime démocratique, tranchons le mot, la république établie par les émigrants.

La formé de gouvernement était celle des autres colonies de la Nouvelle-Angleterre : gouverneur, assistants, assemblée, élus par le suffrage universel des freemen *. C'est un système qui maintenant nous est familier. Mais ce qui donne à la charte du Connecticut un caractère particulier, c'est que la métropole ne s'y réservait pas môme un droit de surveillance.

La charte donnait aux colons un pouvoir absolu pour se gouverner eux-mêmes. La nomination du gouverneur et des assistants, qui, dans les provinces royales, appartenait au souverain, comme nous l'avons vu pour la Virginie, fut abandonnée aux planteurs du Connecticut. On leur reconnaissait le droit d'élire leurs officiers, d'établir les lois qui leur convenaient, de rendre la justice sans appel au roi d'Angleterre; en d'autres termes, le roi concédait aux habitants la suprême autorité législative, administrative et judiciaire.

Loin de garder un veto sur les actes de la colonie, Charles II n'avait pas même exigé qu'on lui soumit les lois rendues par la cour générale ; nulle réserve n'était faite pour autoriser en quelques circonstances l'intervention du gouvernement.

11 ne faut pas, du reste, s'y tromper : si Charles H

1. On commença, comme partout, par une seule chambre, et on s'aperçut bientôt de r inconvénient d'un pareil système. En 1698, 1« division en deux chambres est un fait accompli •

CONN^CTICUT, NEW-HAVKN. 185

s*étaît montré si libéral, ou, pour mieux dire, si prodigue, c'était moins par dessein prémédité que par indifférence pour une poignée d'hommes établis par delà les mers. Le roi, comme Clarendon son ministre, avait cru beaucoup moins favoriser un État naissant que protéger une simple corporation,

La charte se taisait sur la religion, c'est-à-dire qu'en laissant tout pouvoir à la colonie, elle autorisait tacitement toutes les exclusions , toutes les jalousies puritaines.

Personne en effet ne pouvait ouvrir une église dans le Connecticut sans l'aveu de la cour générale et l'approbation des églises voisines. Les dissidents n'avaient aucun droit à la protection des lois; les quakers, les adamites et autres hérétiques notoires (ce sont les termes de la loi), devaient être emprisonnés ou chassés de la colonie par l'ordre du gouverneur et des assistants. Le zèle et l'intolérance ne cessèrent que lorsque la liberté de conscience, passant les mers, fut introduite dans les colonies par la métropole. Ce fut un statut célèbre de la première année du règne de Guillaume et de Marie qui mit fin à cet odieux esprit d'exclusjpn.

Dans sa croisade contre les chartes coloniales, Jacques II n'épargna point la patente que son frère avait accordée au Connecticut. En 1687, sir Edmond Andros, gouverneur de Nevir-York, célèbre dans l'histoire de l'Amérique par la triste mission dont il fut chargé, vint à Hartford, la capitale du Connecticut, et au nom de la couronne déclara le gouvernement dissous. A cette époque, on attachait une ica^c^'ENasL^*^

extrême aux chartes, comme s'il y avait dans ces parchemins, dans le sceau qui les consacrait, on ne sait quelle vertu mystérieuse qui subsistait encore après la révocation de l'acte. « Une donation royale, sous le grand sceau, est la plus grande sûreté qu'on puisse avoir dans les affaires humaines, » disait en 1664 le Massachusetts défendant sa liberté contre les prétentions de Charles II*. Andros demanda donc que la charte lui fût remise; elle fut apportée par le gouverneur, qui, en présence des planteurs, plaida longtemps pour cet acte précieux, consacré par le sang de^' martyrs (c'était sans doute des victimes des Indiens qu'il parlait), et qui avait valu à la colonie des jours d'alcyons. Le soir vint pendant ce discours; une troupe nombreuse de rudes fermiers du Connecticut suivait avec des yeux inquiets la talisman qu'on allait lui ravir; tout à coup les lumières s'éteignent, et dans le premier moment de tumulte, la charte est enlevée et cachée dans le creux d'un chêne plus vieux que la colonie, et qu'aujourd'hui encore on montre avec respect.

Andros se fit apporter les registres de la plantation, et de sa main écrivit, après le dernier procès-verbal, le mot/îww, mais à la révolution de 1688 le Connecticut reprit sa charte et son gouvernement. Les successeurs des Stuarts le souffrirent en silence. Comme Rhode-. Island, la colonie garda la constitution que lui avait) donnée Charles II, non-seulement jusqu'à la révolution de 1776, mais longtemps après la victoire. C'est seule-.

/• BâDerott, U, 81*

Page 1