Bancroft
leur liberté religieuse, et quand des lettres d'Angleterre invitèrent les églises coloniales à envoyer des députés au synode de Westminster, la même sagacité leur fit décliner la proposition. Hooker lui-même, le fondateur de Hartford, déclara qu'il n'aimait pas le bruit, et qu'il préférait rester tranquille et obscur avec son peuple du Connecticut, plutôt que d'aller en Europe faire de la propagande en faveur des indépendants. Tout ce qu'accepta le Massachusetts, ce fut quelque franchise commerciale.
Cette modération, inspirée par la défiance, tenait au fond même des idéeg américaines. Les puritains du Massachusetts se considéraient comme unis à la métropole, par un lien pareil à celui qui rattachait les villes hanséatiques à l'Empire; c'était un état de subordination plus nominal que réel. L'Amérique (c'était une de leurs comparaisons) dépendait de la mère patrie, comme le duché de Normandie, quand il était possédé par le roi d'Angleterre, dépendait autrefois du roi de France. Ils se croyaient si bien indépendants, qu'en 16S2 ils frappèrent monnaie à' Boston, au nom de la province, ce qui a toujours été considéré comme une des prérogatives de la souveraineté.
Cependant, l'esprit d'intolérance compromit la sou-, veraineté qu'affectait la colonie; les dissidents exclus du gouvernement en appelèrent au parlement qui d'abord se montra favorable à leur demande. Les planteurs résistèrent avec énergie à une prétention qui menaçait leur indépendance, a Si le parlement d'Angleterre, disait Edmond Winslow, l'agent de la
colonie à Londres, peut nous imposer des lois, à nous qui n'avons pas de représentants dans la chambre des communes, et qu'on ne peut y appeler à cause de Téloignement, nous perdrons les libertés et les franchises des Anglais. »
Voici, du reste, leur lettre au parlement; elle est d'un ton qui contraste avec la réponse rude et sévère qu'ils avaient adressée à Charles I"; mais elle contient plus d'un enseignement. C'est un avis pour nous qui tenons toujours à ce gouvernement à distance, quoiqu'il ait empêché la fortune de nos anciennes colonies, quoiqu'il entrave encore la prospérité de l'Algérie.
« Un ordre venu d'Angleterre, disent-ils S est préjudiciable aux libertés que nous donne notre charte, et à notre prospérité dans cette partie reculée du monde. Les temps peuvent changer, car toutes choses ici-bas sont passagères; il peut s'élever d'autres princes et d'autres parlements. Ne donnez pas aux générations qui viennent l'occasion de se plaindre, et de dire : « L'Angleterre a envoyé nos pères avec d'heureuses li- « bertés dont ils ont joui pendant plusieurs années, nonobs- « tant l'inimitié de l'épiscppat et d'autres puissants adver- « saires, et cependant ces lil;)ertés ont été perdues au moment « où l'Angleterre môme a reconquis la sienne. » Nous avons surmonté les dangers de la mer, périrons-nous au port?
« Nous n'avons pas admis d'appel à votre autorité, persuadés que l'appel est incompatible avec la liberté et les droits que nous donne notre éharte, et qu'il serait destructif de tout gouvernement. Ces considérations ne sont pas nouvelles pour la haute cour du parlement; ses registres témoignent delà sagesse et de la constance de nos ancêtres dans ce grand coo-