Bancroft
seil* Dans un temps de ténèbres^ alors qu'on reconnaissait la suprématie des évoques de Rome^ on Toit cependant nos parlements défendre les appels à Rome dans toutes les affaires ecclésiastiques.
« La sagesse et Texpérience de ce grand conseil, 'le parlement d'Angleterre , le rendent sans doute bien plus capable de prescrire des règles de gouvernement^ et de juger des affaires, que ne peuvent le faire de pauvres planteurs tels qu'en nourrit un désert ; mais la vaste distance qui sépare l'Angleterre de ce pays détruit l'effet des plus puissantes influences. Vos avis, vos jugements ne peuvent être assez bien calculés, ou appliqués assez à propos pour nous être utiles, ou pour vous être un titre au grand jour du jugement. Si, au contraire, il nous arrive quelque erreur pendant que nous avons le gouvernement dans nos mains, l'État d'Angleterre n'en répondra pas.
« Continuez votre faveur à ces plantations naissantes, faites que nous puissions nous réjouir encore et bénir notre Dieu sous votre ombre, que nous puissions encore être nourris de la chaleur et de la rosée du ciel. Confirmez nos libertés, découragez nos ennemis, qui troublent notre paix sous le prétexte de notre injustice. Un témoignage gracieux de votre faveur nous obligera nous et notre postérité. »
La colonie trouva un défenseur dans Henri Yane, qu'elle avait maltraité dans la querelle desantinomiens; le parlement, qui regardait la république de Massachusetts comme un modèle, rejeta Fappel des dissidents.
Cromwell se montra très-favorable aux planteurs de la Nouvelle-Angleterre ; c'étaient des coreligionnaires qui avaient droit à toute son affection, et avec lesquels il entretint une correspondance suivie. Deux fois il eut la singulière idée de leur faire quitter la colonie pour
les établir dans une meilleure condition ; une première fois pour les placer en Irlande, d'où il voulait chasser toute la population celtique ; une seconde fois, après la conquête de la Jamaïque, pour leur partager ce beau domaine. « Le peuple de Dieu, disait-il, doit être, suivant la promesse divine, non pas à la queue mais à la tête des nations. » On a la réponse de la cour générale de Boston, en date du 24 octobre 16S0; les puritains refusèrent cette proposition séduisante, estimant le gouvernement qu'ils s'étaient donné le plus sage et le plus heureux qui fût au monde ^
La restauration regarda de façon différente ces colo^ nies peuplées de puritains ; elle avait peu de goût pour ces hommes âpres et fiers qui avaient tué le roi et fondé la république. Les prétentions d'indépendance furent mal accueillies et par les cours de justice et par le parlement, dont l'autorité et l'ambition grandissaient chaque jour. La cour de Westminster déclara que, selon la constitution et la loi commune, les plantations étaient subordonnées au parlement et liées par ses actes, soit qu'on les nommât dans la loi, soit qu'elles y fussent comprises implicitement. C'est sur ce précédent que s'appuya lord North pour imposer aux colonies les taxes qui amenèrent la révolution de 1776. Quant au parlement, l'acte de navigation qu'il confirma et développa sous Charles II ne fut pas moins défavorable à la Nouvelle-Angleterre qu'à la Virginie.
Ce fut alors que l'assemblée du Massachusetts, me-
2, Bancroft, 1, 444. Everett, Orations and speeches, t. 11, p. 122.
nacée des appels à la métropole, publia en 1661 une déclaration de droits où elle établissait que :
« Les libertés que la colonie tient de Dieu et de la charte sont le droit de nommer elle-même le gouverneur ^, le lieutenant gouverneur, et les représentants; c'est encore le droit d'admettre des freemen aux conditions qu'il lui plaît de fixer; d'établir toute sorte d'officiers supérieurs et inférieurs, et de déterminer leur pouvoir et leur rang ; d'exercer par des magistrats et des députés annuellement élus toute autorité législative, executive et judiciaire; de se défendre par la force des armes contre toute agression, et de rejeter, comme une infraction de ses droits, toute mesure ordonnée par le parlement ou le roi qui serait préjudiciable au pays, et contraire à un acte régulier de la législation coloniale. >
C'était Tacte de navigation contre lequel la plantation protestait avec tant d'énergie.
Ainsi, les devoirs de la colonie envers la métropole étaient réduits à un petit nombre de points qui ne conféraient ni profit ni puissance au souverain.
En 1664, quand Charles II envoya une expédition contre la colonie hollandaise des bords de THudson, il y joignit quatre commissaires chargés d'examiner comment avaient été exécutées les chartes de la Nouvelle- Angleterre, avec a pleine autorité de pourvoir à la paix du pays, conformément aux instructions royales, et à leur propre discrétion. »
La colonie, plus que jamais efirayée, adressa au roi la lettre suivante* :