Hildrelh, Bisiuri/ oj ibe Uiiiieii Siaia, t. il, p. I2i
Toutefois, la révolution qui plaça Guillaume d'Orauge sur le trône d'Angleterre, arrêta à jamais ces abus du pouvoir royal qui, en Amérique comme en Angleterre, avaient measicé d'étouffer la liberté et les droits de la nation. Dès cette époque les colons, sans distinctinction d^origine, furent considérés comme sujets anglais kabitant une proviaee* de Fempire britannique. Nulle charte particulière ne leur fut accordée; mais ils jouireoft de tous les droits et privilèges nationaux; et ces droits ils les réclamèrent avec une insistance qui faisait dire à l'un des premiers gouverneurs, étonné de cette ardeur pour la liberté chez des gens qui n'étaient point toujours d'origine bretonne : « Il n'y en a pas un de vous qui ne soit tout gonilé de sea pférogatiTefl d'Anglais et de sa grande charte, d
Le gouvernement de la colonie fut dès lors celui d*une province royale : un gouverneur nommé par la couronne, une assemblée générale nommée par les proipriétairesj cette forme dura jusqu'à la révolution.
La liberté religieuse ne fut pas non plus troublée; la tolérance fut une des conquêtes de la révolution^ àa 1688 ; mais il y eut une fâcheuse exception ^omv les papistes, e'est-à-dire pour les catholiques. 0^ était m lendemain du règne de lacques II, et la révoeatioft de redit de Nantes répandait dans toute l'Angleterre et portait en Amérique les victimes de la persécutioB ca-* tholique. On n'imaginait rien de mieux que de venger la persécution pav le martyre. Au commencemeat du dix-huitième siècle, la loi menaçait d'emprisonneoMpt perpétuel tout jésuite ou prêtre papiste saisi dans la
colonie, et s'il reparaissait après s'être enfui^ il éïm puni de mort. C'est là une disposition qui, suivant l'historien de la colonie, Smith, qui écrivait vers 1750. était digne d'être maintenue à perpétuité. La constitution de New-York de 1774 exige encore de quiconque se fait naturaliser, un serment d'al^uration de toute allégeance étrangère et de soumission aux lois de TÊtat, en toutes matières ecclésiastiques aussi bien que civiles; disposition qui avait pour but d'exclure les catho- Hques des bienfaits de la naturalisation.
Telle est la bizarrerie de l'esprit humain. La justice, qui semble sa loi naturelle, n'y entre que par degrés, à grand effort; le préjugé y domine longtemps; et jamais au sortir de l'esclavage l'homme ne veut reconnaître la liberté de ses anciens maîtres, comme si la lutte l'avait courbé de façon à ne pouvoir reprendre l'équilibre.
Je ne dirai rien des lois civiles de New-York. Si l'on en croit Story et Kent, ce fut de toutes les colonies celle qui garda avec le plus de soin les institutions de la métropole ; c'est encore l'État qui, tout en ayant soumis ses lois à trois ou quatre révisions successives, a le mieux conservé les fortes maximes de la coutume anglaise.
I Quant au caractère général des habitants, la colonie If formée par un triple courant d'émigrations hollandaise, "puritaine, européenne, a toujours eu quelque chose de "^ cosmopolite. New-York a emprunté à la Nouvelle-Angleterre ses municipalités et ses écoles ; elle a gardé de la Hollande l'esprit de commerce et l'entente des grandes affaires; enfin, à cette émigration générale qui lui
apporte tout ce qu'il y a d'aventureux ou de compromis en Europe, elle doit une certaine exemption de préjugés et en même temps une ardeur, un entraînement qui contraste avec la réserve de la Nouvelle- Angleterre et fait de TÉtat-empire la tête du parti démocratique dans l'Union, la véritable capitale des États-Unis.
New-Tork a du reste joué un grand rôle dans la révolution et dans l'adoption de la constitution ; elle a eu dès l'origine ce caractère libéral qui ne l'a jamais abandonnée^ et que même en certaines circonstances elle a poussé un peu loin. C'était déjà le point par où •. l'Amérique touchait le plus près à TEurope, le point par où entraient le plus aisément nos mœurs, nos idées, notre civilisation et aussi nos défauts.