Charte de Pensylvanie, art
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sion de ce territoire avec d'autant plus de facilité que le duc d'York avait été l'ami de son père et s'était de tout temps déclaré son protecteur^ le Delaware fut réuni à la Pensylvanie, d'où quelques dissentiments le jSrent détacher en 1702 et ériger en province séparée.
La charte de concession, en date du 4 mars 1681, rédigée par Penn lui-même, réglait le gouvernement de la même façon que la charte du Maryland, c'est-àdire qu'à côté des droits du propriétaire on y reconnaissait les droits des colons à obtenir une représenta^ tion^ Pour éviter qu'il se glissât dans l'acte quelques articles contraires à la loi anglaise, on le ât reviser par l'attorney général et par lord North, grand juge d'Angleterre, qui y introduisit certaines clauses réservant la souveraineté du roi et la suprématie du parlement. Les décrets de la législature coloniale devaient être soumis au roi et à son conseil dans les cinq années de la promulgation ; on les considérait comme abrogés si, dans les six mois, le roi les désapprouvait.
Le droit de taxer la colonie fut expressément réservé .au parlement; clause importante dont l'omission s'explique dans les autres chartes par leur date, et qui plus tard fut invoquée par le parti anglais dans les discussions avec l'Amérique. Du reste, après le parlement anglais, c'était à l'assemblée coloniale seule qu'il appartenait d'établir l'impôt.
Quant aux autres dispositions de la charte, elles sont
]. Charte de Pensylvanie. Ramsay, American revoLf I, 12. Àmérm angl.j p. 107 et suiv.
conformes à toutes les concessions faites à des propriétaires.
Aussitôt la patente obtenue, Penn qui, suivant ses propres expressions, s'était promis d'avoir un tendre soin de cette colonie « que Dieu devait bénir, et dont il ferait le germe d'une nation *, » écrivit à ses vassaux et sujets la lettre suivante :
« Mes amis, je tous souhaite toute espèce de bonheur icibas et plus haut. C'est pour vous faire savoir qu'il a plu à Dieu dans sa providence de vous mettre dans mon lot, de vouscoafier à mon soin. C'est une affaire que jusqu'à présent je n'ai point entreprise ; mais Dieu m'a donné la conscieDce de mon devoir et un esprit honnête pour agir droitement J'espère que vous ne serez point troublés par ce changement et par le choix du roi, car vous voici maintenant solidement établis et non pas à la merci d'un gouverneur qui vient ponr faire grande fortune. Vous serez gouvernés par les lois que vous ferez vous-mêmes; vous vivrez libres, et, si vous voulez, comme une nation sage et industrieuse. Je n'usurperai aucun droit et n'opprimerai personne ; Dieu m'a inspiré une meilleure résolution et m'a donné sa grâce pour l'exécuter. En somme , je me prêterai cordialement à tout ce qu'un homme sage et libre peut raisonnablement désirer pour sa sûreté et son bonheur. Je prie Dieu de vous diriger dans la voie de la justice pour que vous prospériez, t et vos enfants après vous.
a Je suis votre véritable ami.
« Londres, 8 du mois nommé avril 1681. »
Tels furent les engagements pris par le quaker roi au début de son gouvernement^ c'est le devoir de l'his-
/. Bancrofi, II, 363.
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lorien de dire qu'à la différence de beaucoup plus grands souverains, ces promesses furent fidèlement tenues. Pendant un règne de trente années, Penn ne repoussa jamais une demande raisonnable des habitants de la Pensylvanie.
Ce fut en octobre 1682 que Penn arriva dans la colonie pour commencer ce qu'il appelait : la sainte expérience [holy experiment) ; ce fut aussi vers cette époque qu'il fit avec les Indiens Leni Lenape ou Delaware, sous l'orme de Shakamaxon, cet accord célèbre que l'histoire a souvent raconté et que les arts ont plus d'une fois reproduit, cet accord que Voltaire définissait avec plus d'esprit que de vérité : « le seul traité entre ces peuples et les chrétiens qui n'ait point été juré et qui n'ait point été rompu ^ )»
« Nous nous rencontrons, leur dit Penn, sur la grande route delà bonne foi et de la bonne volonté; aucun avantage ne sera pris de l'un ou de l'autre côté; tout sera franchise et amour. Je ne vous appellerai pas mes enfants, car quelquefois les pères châtient leurs enfants avec trop de sévérité; je ne vous nommerai pas non plus mes frères, car souvent les frères sont en désaccord ; nous sommes comme les membres d'un même homme ; nous sommes tous une môme chair et un môme sang, n
Jamais on n'avait parlé aux Indiens un langage aussi humain ; jamais les Européens n'avaient traité avec eux
1. Dictionnaire philosophique ^z.t\. Quaker* Penn a raconté lui-même ceUe entrevue dans une lettre qui contient de très-curieux détails sur les mœurs indiennes et la situation de la colonie naissante. Voy. VAmér, angLf^, 153.
sur ce pied d'égalité chrétienne ; aussi la sécurité dont jouit la colonie prouve-t-elle que cet esprit de douceur et d^égalité avait gagné ces natures sauvages. Cet esprit, du reste, était bien celui des quakers, de ces hommes qui devançaient leur âge par leur horreur de la guerre, et leur amour sincère de l'humanité.
« Nous avons fait mieux, t> écrivait Tun d*eux à cette occasion, « que si avec les fiers Espagnols nous avions gagné les mines du Potose. Nous ferions rougir de leurs honteuses victoires ces héros ambitieux que le monde admire. A ces pauvres âmes sans lumière qui nous entourent, nous apprenons leurs droits comme hommes^. »
Penn s'occupa avec ardeur de la constitution qu'il donnerait à la colonie, des principes sur lesquels il appuierait son gouvernement. Il avait sur ce sujet des idées fort avancées. Pour lui', sans s'inquiéter outre mesure des formes politiques, tout gouvernement était libre où la loi régnait , où le peuple prenait part à la loi. Hors de ces deux conditions, tout était tyrannie, oligarchie ou confusion. En ce point son amour des hommes s'accorda 'c avec la fierté républicaine de son ami Algernon Sidney, véritable Romain des beaux jours de la république. Chez l'un c'était l'admiration de l'antiquité, chez l'autre c'était la religion qui menait droit aux formes démocratiques, le triomphe de l'égalité.
« En matière de liberté, disait Penn, je veux, et ceci est assez extraordinaire ne laisser» ni à moi ni à mes succeaseoiSy