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les IX et les huguenots, Coligny renouvela ses soUicitar* tions auprès du roi pour recommencer la colonisatioa sur de nouveaux frais. Sa demande fut accueillie; <m lui donna trois navires, et Laudonnière, homme d'une grande intelligence, marin [habile, fut chargé vde conduire l'expédition. On s'établit sur la rivière de May, à la frontière de la Floride ; Laudonnîère prit possession du pays au nom de la France, en élevant un monument aux armes du pays, et y fonda une nouvelle Caroline ^ Bien accueillie par les indigènes, la colonie pouvait prospérer, malgré les difficultés qui tenaient au caractère mutin, au mauvais choix des planteurs; mais les Espagnols de la Floride ne voulurent point sou&iar le voisinage des Français. Furieux surtout en songeant que des huguenots allaient fonder un empire sur une terre donnée par le pape aux seuls catholiques, ils attaquèrent la colonie avec des forces supérieures, la détruisirent, et, au mépris de la capitulation, pendirent les prisonniers aux arbres du voisinage, après y avoir alttaché l'écriteau soi vaut du capitaine espagnol :
Je ne fais ceci comme à Français, mais comme à luthériensm
Le roi de France apprit avec indifférence la ruine d'une colonie qui, si elle eût été soutenue, nous eût donné une part de l'Amérique avant même que l'Angleterre eût songé à s'y établît; mais, pour l'honneur du pays, cette injure fut vivement ressentie par un soldat
1. Basanier, Histoire notable de la Floride^ Paris, 1586; réimprimé par Jannet, Paris, 18S3, iii-12.
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qui avait l'âme d'un gentilhomme, et le cœur d'un Français.
Dominique de Oourgues, un brave capitaine de Gascogne, qui avait essuyé des vicissitudes, communes dans la vie militaire du seizième siècle, et, ainsi que Cervantes et le capitaine Smith, avait passé par ces épreuves qui trempaient si fortement les courages, tour à tour soldat, prisonnier, esclave des Turcs; Dominique de Gourges, à la nouvelle de cet attentat, vendit ses propriétés, emprunta de ses amis, puis équipant trois navires portant cent cinquante soldats, il partit, en 1567, pour la Floride, non point pour s'y établir, mais pour venger ses compatriotes.
Il surprit deux forts espagnols, détruisit les établissements voisins de notre ancienne possession, et trop faible pour maintenir sa position, satisifait de sa vengeance, il se rembarqua pour la France, après avoir pendu ses prisonniers aux arbres mêmes où Ton avait étranglé les Français, et mis au-dessus de leur tète l'inscription suivante gravée avec un fef chaud surfine planche de sapin :
Je ne fay cecy comme à Espagnols ny comme à mariniers^ maie comme à traîtres^ voleurs et meurtriers.
Cette expédition n'eut point de suites. Le Mfi désavoua le brave capitaine qui l'avait vengé, et abaûdonaa toutes porêtentions «ur la Floride, laissant ainsi l'Espagne ^n possession du golfe de Mexique, et des oÀlestoù plus tard l'Angleterre fit revivre le nom de Caroline.
Quinze ans après l'expédition de Dominique de Goor-
gues eut lieu la première et infructueuse entreprise de Raleigh. Les pays reconnus par la première expédition furent les lies situées à Tentrée des détroits de Pimlico et d'Albemarle; en d'autres termes, ce qu'alors on nomma la Virginie , comprenait ce qui fut plus tard appelé la Caroline du nord .
En 1630, Robert Heat, attorney général, obtint de Charles I" tout le pays situé au sud du 36® degré de latitude nord, auquel fut donné le nom de Carolana ou Carolina, mais comme il n'y fit aucun établissement, la concession fut plus tard déclarée nulle et de nul effet.
Ce ne fut qu'en 1663, après la restauration, un siècle après l'entreprise de Coligny, qu'on fit dés essais sérieux de colonisation dans le pays qui s'étend de la Virginie aux Florides. Ce vaste territoire fut érigé en province, sous le nom de Caroline, et accordé à perpétuité et en toute propriété à huit personnes des plus puissantes dans le royaume et des plus influentes à la cour.
C'était Clarendon, l'historien de la révolution, nùnistre habile malgré sa cupidité, détesté du peuple, mais toujours fidèle au roi; Monk, le général du parlement, qui avait joué un si grand rôle, dans l'affaire de la restauration, et qu'on venait de créer duc d'Albemarle; lord Ashley Cooper, si connu dans l'histoire sous le nom de lord Shaftesbury; lord Craven, sir John CoUeton, sir George Carteret et lord John Berkeley, ces deux derniers, propriétaires en même temps de la Nouwlle-Jersey c'était enfin sir William Berkeley, qui
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pendaot près de quarante années gouverna la "Virginie. , La charte de concession était imitée de celle du Maryland. Les concessionnaires étaient créés lords propriétaires; en d'autres termes, souverains, sauf l'allégeance due à la couronne. Toutefois , on appelait les colons au partage de la puissance législative; les lois devaient être faites de concert avec les planteurs ou leurs délégués. Pour tout le reste, le pouvoir suprême était entre les mains des propriétaires ; c'est à eux qu'il appartenait de nommer les officiers publics, d'instituer les tribunaux, de faire la guerre , de proclamer la loi martiale," d'ouvrir les ports, d'ériger des manoirs avec titres de noblesse ; c'étaient eux qui profitaient des impôts établis de l'aveu des colons, et cela sans préjudice de la quilrent qu'ils touchaient par droit de domaine plus que par droit de seigneurie.
Enfin, une clause spéciale, empruntée de la charte libérale de Rhode-Island, autorisait les propriétaires à user d'indulgence en matière religieuse, et à accorder des dispenses aux non-conformistes. On avait en vue non-seulement d'attirer ainsi dans la colonie des dissi~ dents de toute nation, mais encore de favoriser un certain nombre de planteurs de la Nouvelle- Angleterre, qui, formant un premiernoyau d'émigration, s'étaient établis sur la rivière du cap Fear.
La concession obtenue, les propriétaires prirent aussitôt des mesures pour appeler les étnigrants. Ils accorcordèrent, à la poignée d'hommes qui s'établissait dans ces vastes solitudes, une charte telle que l'exigeaient les besoins du moment. L'administration fut remise à un
gouverneur et à un conseil de sk membres^ choirâ parmi treize candidats présentés par les planteurs; l'Assemblée générale, composée du gouverneur, du conseil et des représentants de la colonie, eut le pouvoir législatif, ses ordonnances fiirent déclarées valables, tant que les propriétaires ne les auraient pas désapprouvées. On promit la liberté de eonscience la plus entière , et Ton offrit, sur le pied d'un demi-penny de redevance par acre, une concession de cent acres à tout émigrant qui, dans Teèpace de cinq ans, s'établirait dans la Caroline.
Quelques émigrés de la Virginie , chassés de la province à la suite de la rébellion du colonel Bacon, avaient formé autour du Sund d'Albemarle un petit établissement dont la surveillance fut confiée à sir William Berkeley, gouverneur de la Virginie; ce fut le germe de la colonie du nord ; Berkeley leur donna un gouverneur, un conseil, et les laissa nommer une asseiaUée; en d'autres termes, et sans même parler de la redevance prétendue par les propriétaires, il abandonna complètement aux planteurs le soin de leurs propres affaires. Cet abandon (l'expérience de l'Amérique le prouve) est loin d'être la plus mauvaise condition pour une colonie naissante et dans un pays nouveau.
Vers la même époque, quelques planteurs des Bar- ' bades^ désireux de fonder un établissement où il6 fussent madtres absolus, vinrent avec leurs noirs s'établir ^s du cap Fear, et commencèrent la colonisation du pays, . xjm fut jius tard la Caroline du Mid« Le gouvernement de ce nouveau territoire, qui futttonuné le comté de
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ClaFendon, fut constitué comme cdn da comté d'AU r bemarle , mais il en resta politiuiieiDait âép^ : ïmoLgnement des deux établissements était d eonsLdÉnbk, il 7 avait entre eux de telles solitudes, qge ces ^iecx points isolés demandaient une administratioD dkimcte. Il y eut donc dès Torigine deux cdonies, Tune aaocnl, Tautre au sud, ayant chacune son assemblée, bmi çovyernement et ses lois.
Pendant que dans le désert commençaient péniblement ces défrichements, ces plantations de quelques ceintaines d'émigrants perdus dans les forêts et ks mirais de la Caroline, les propriétaires, séduits par la description du pays merveilleux qu'on leur avait donné , désireux de l'étendre encore et d'en faire un véritable empire, obtinrent, en 1665, du prodigue Gtiarif«Il, une concession nouvelle qui leur accordait ce que ne possédaient ni le roi , ni TADgleterre. Au mépri-^ deë réclamations de la Virginie et des droits de TErpagne, Charles II, avec une libéralité qui lui coûtait peu, donnait aux huit lords-propriétaires tout le pays comprij» entre le 28' et le 36* degré de latitude nord, et de rAt* lantique au Pacifique; en d'autres termes, il leur donnait ce qui compose aujourd'hui le territoire des deux Carolines, de la Géorgie, du Tennessee, de l'Aibama, du Mississipi, de la Louisiane, de TArkansas, une partie considérable du Missouri et de la Floride, presque tout le Texas, et une portion du Mexique. A se partager ce territoire, chacun des associés se fût fait un royaume considérable , royaume sans habitants il est vrai, et où n'existait qu'un germe de colonisation ; maiii l'état flo-
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gouverneur et à un conseil de six membres, choî parmi treize candidats présentés par les planteurs; ¥Û semblée générale, composée du gouverneur, du coM et des représentants de la colonie, eut le pouvoir légj latîf, ses ordounances furent déclarées valables, qTie les propriétaires ne les auraient pas désapprouvé! On promit la liberté de conscience la plus entière,! Ton offrit, sur le pied d'un demi-penny de redevu par acre, une concession de cent acres à tout éinigi qui, dans l'espace de cinq ans, s'établirait dimaï Caroline.
Quelques émigrés de la Virginie , chassés de la pi vince à la suite de la rébellion du colonel Bacon, avaî formé autour du Sund d'Albemarle un petit établis ment dont la surveillance fut confiée à sir Williau B keley, gouverneur de la Virginie; ce fui le germe (1 la colonie du nord ; Berkeley leur donna un gouverneur, un conseil, et les laissa nommer une asseoiWée; en d'autres termes, et sans même parler de la redevaoce prétendue par les propriétaires, il abandonna complètement aux planteurs le soin de leurs propres affaires. Cet abandon {l'expénencc de l'Amérique te prouve) est loin d'être la plus mauvaise condition pour une colonie naissante et dans un pays nouveau.
Vers la même époque, quelques planteurs des Barbajes, désireux de fonder un établissement oùUsfusseuI maîtres absolus, -vinrent avec leurs noirs s'établir prÈ= du cap Fear, et commencèrent la colonisation du pays, ■ qxii fut plus tard la Caroline du sud. Le gouvememeot àe ce aouveau territoire, qui Cut nommé le comté de
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Clarendon, fut constitué comme ceUu du comté d'Albemarle , mais il en resta poIiti(|uement séparé ; Véloignement des deux établissements était si considérable, il y avait entre eux de telles solitudes, qye ces deux points isolés demandaient une administration distincte. 11 y eut donc dès Torigine deux colonies, Tune au nord, Tautre au sud, ayant chacune son assemblée, son gou- Yernement et ses lois.
Pendant que dans le désert commençaient péniblement ces défrichements , ces plantations de quelques ceataines d'émigrants perdus dans les forêts et les marais de la Caroline, les propriétaires, séduits par la description du pays merveilleux qu'on leur avait donné, désireux de l'étendre encore et d'en faire un véritable empire, obtinrent, en 166S, du prodigue Charles II, une concession nouvelle qui leur accordait ce que ne possédaient ni le roi, ni l'Angleterre. Au mépris des réclamations de la Virginie et des droits de l'Espagne, Charles II, avec une libéralité qui lui coûtait peu, donnait aux huit lords-propriétaires tout le pays compris entre le 28® et le 36* degré de latitude nord, et de l'Atlantique au Pacifique; en d'autres termes, il leur donnait ce qui compose aujourd'hui le territoire des deux Carolînes, de la Géorgie, du Tennessee, de l'Albama, du Mississipi , de la Louisiane , de T Arkansas , une partie considérable du Missouri et de la Floride, presque tout le Texas, et une portion du Mexique. A se partager ce territoire, chacun des associés se fût fait un royaume considérable , royaume sans habitants il est vrai, et où n'existait qu'un germe de colonisation ; mai» l'étal IL^
Tissant des provinces voisines et la fertilité d'un pays si bien situé permettaient à toute ambition les espérances les plus hardies ^
Cette charte obtenue, les vues de la compagnie s'agrandirent ; on voulut donner à cet empire un gouvernement qui répondît à la fortune qu'on entrevoyait dans un prochain avenir. Clarendon n'était plus en Angleterre; ce fut Ashley Cooper, comte de Shaftesbury, le plus actif et le plus intelligent des associés, qu'on chargea de rédiger pour l'État naissant une constitution parfaite, et qui durât au travers des siècles*. C'est là peut-être un des plus anciens exemples de cette erreur contagieuse que nous a transmise le dix-huitième siècle, et qui consiste à rêver des lois éternelles pour des rapporta qui changent tous les jours.
Shaftesbury était à cette époque (en 1668) dans la pleine maturité de son génie ; célèbre par son éloquence, . son esprit, sa finesse, tout-puissant près du roi dont il avait servi le retour, et joignant à une grande capacité et à une grande fortune une ambition plus vaste encore. C'était un de ces hommes comme il en parait dans les temps de révolution, qui, au travers de tous les bouleversements de choses et d'idées, savent se maintenir à la tête du gouvernement ou de l'opinion ; de ces hommes comme M. de Talleyrand, qui laissent leur parti au moment où ce parti se perd par ses fautes , et le lendemain de la chute de leurs amis rentrent au pouvoir avec l'opposition. Il ne manque pas d'historiens pour exalter.