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LES DEUX CAROLIllES. ' 347
Enfin, et comme si ce n'était point assez de tant d'épreuves pour les lois nouvelles, chacun des quatre États avait droit d'interposer son veto dans le cas où il considérait la loi proposée comme inconstitutionnelle : c'était le règne de Fimmobilité.
A côté de cette organisation de pouvoirs, que nous jugerons dans un instant, il y avait quelques dispositions particulières par lesquelles Locke donnait un corps à de vagues idées d'amélioration, qui, plus tard, ont été reproduites en d'autres pays, avec la môme inefficacité; et, si j'ose le dire, il satisfaisait en même temps certaines rancunes naturelles aux philosophes à l'endroit des jurisconsultes, et que ceux-ci, à leur tour, leur gardent bien, surtout en lait de politique.
Ainsi l'Europe souffrait de la multiplicité des commentaires légaux, de l'encombrement de la jurisprudence, dont Justinien se plaignait aussi de son temps : le législateur de la Caroline défendait d'écrire sur les constitutions, les lois ou lés coutumes ^ Vous vous rappelez le cri de Napoléon à la vue du premier commentaire sur le Code : Mon Code est perdu! C'était la même illusion que celle de Locke, le môme rêve d'une loi immuable ; comme si l'homme n'était pas un être vivant, et par cela même variable, comme si les rapports qui unissent les hommes entre eux ne se modifiaient pas sans cesse, et de façon insensible ; comme si la loi, comme si la jurisprudence, expression de ces
1 . Art. 80. Dans le Gouvernement de Pologne, Rousseau exprime les mêmes idées. ^
348 HISTOIRE DE LA FONDATION DES ^TATShUNIS.
rapports, ne devaient pas forcément et peu à peu suivre toutes ces altérations.
Ainsi encore (et cette disposition prêtait moins à la critique) l'Europe, et surtout l'Angleterre, souffraient de ces lois innombrables, de ces coutumes vieillies, que souvent la royauté exhumait de leur obscurité, pour gêner la liberté des personnes ou des transactions : Locke déclarait que, pour éviter la multiplicité de$ lois qui par degrés finit toujours par changer les fortdations du gouvernement originaire^ tout statut perdrait sa force un siècle après la promulgation*.
Une autre disposition, un peu ingénue pour un philosophe qui fondait sa société sur la propriété^ déclarait que c'était chose basse et vile que de plaider pour de Pargent ou pour un salaire; Locke ne voulait pas d'avocat, mais des patrons et des clients *. Un siècle plus tard, Rousseau, disciple de Locke, exprimait le même vœu dans son Gouvernement de Pologne •• Cet état si respectable eji lui-même, disait-il, se dégrade et s'' avilit sitôt qu'il devient un métier. C'est toujours la même illusion : ce sont les procès, et non les avocats qu'il faut supprimer. Tant qu'il y aura des plaideurs, le plus sûr, pour la justice et la république, sera de laisser vivre les avocats, mal nécessaire, si l'on veut, comme les médecins, mais qu'on ne peut extirper, sans causer aux citoyens et à FÉtat un mal beaucoup plus
t. Art. 79.