‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 15 sur 96 · LA COLONIE DE PLYMOUTII · texte numérisé non relu

LA COLONIE DE PLYMOUTII

Il y a plus de deux siècles et demi, la persécution religieuse éclata en Angleterre. On n'était pas encore arrivé à cette liberté de conscience qui permet à chacun de suivre la forme de culte qui lui convient. Tout homme qui n'assistait pas aux offices do l'Eglise établie en Angleterre était sévèrement puni, et s'il allait

po.ter ses prières devant d'autres autels, l'exil ou même la mort pouvait devenir son partage. Un grand nombre de ces persécutés se réfugièrent en Hollande où il y avait plus de tolérance, et là ils vécurent en paix, méritant le respect de chacun, comme le prouve une attestation des magistrats du pays :

« Ces Anglais vivent parmi nous depuis douze ans, et aucune accusation, aucune plainte ne s'est encore produite contre eux. »

Mais, quand leurs enfants commencèrent à grandir, les exilés considérèrent comme un devoir de leur apprendre la langue maternelle et de leur donner une éducation anglaise. D'autre part, la guerre entre la Hollande et l'Espagne^ qui venait de recommencer après une paix de dix années, causait à ces pauvres gens de vives appréhensions. Ils auraient voulu pouvoir travailler pour leur propre compte et s'assurer ainsi un foyer stable; mais ce qu'ils souhaitaient pardessus tout au milieu de leurs tribulations personnelles, c'était de contribuer à la propagation et au progrès de l'Évangile dans les contrées lointaines du globe. Ils se décidèrent donc à quitter la Hollande pour le continent encore inexploré de l'Amérique, où n'existait alors aucune autre colonie anglaise que celle de la Virginie. Même avant qu'ils eussent pris cette résolution, on les connaissait sous le nom de Pèlerins, «■ parce qu'ils erraient à l'aventure sur le chemin du ciel, leur plus chère patrie », avaient-ils coutume de dire pieusement.

Sur mille Pèlerins anglais qui habitaient la Hollande, une centaine, choisis parmi les plus jeunes et les plus forts, s'en allèrent volontairement coloniser l'Amérique. Ils se procurèrent deux petits navires, le Spccdwell, de soixante tonneaux, et la Mayflower,

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de ceni quatre-vingts; ce dernier devait partir de

Southampton (Angleterre).

En juillet 1620, le Speedwell partit à son tour de Dclft-Haven ; avant de prendre la mer, les Pèlerins assistèrent au service divin, et leur vieux ministre John Robinson leur adressa la recommandation suivante : « Je vous enjoins devant Dieu et ses anges de me suivre comme vous m'avez vu suivre Notre-Seigneur. » Puis ils prirent un repas dans la demeure du pasteur; l'un d'eux écrivit par la suite : « Nous nous sommes réconfortés en chantant des psaumes, après avoir versé bien des larmes, et la joyeuse mélodie était dans nos cœurs aussi bien que sur nos lèvres. Plus d'un parmi les membres de la congrégation est très expert en musique, et vraiment jamais mon oreille n'a rien ouï de plus délicieux.

« Après cela, dit-il encore, on nous accompagna à Delft-Haven jusqu'au vaisseau, mais nul d'entre nous ne pouvait parler tant nous étions oppressés par la douleur de la séparation; arrivés abord, nous qui partions, nous tirâmes, en signe d'adieu, une vol^e de coups de fusil et trois pièces d'artillerie, puis, élevant nos mains et nos cœurs vers le Seigneur, pour nous recommander à lui les uns les autres, nous partîmes.... »

Les Pèlerins mirent à la voile pour le Nouveau-Monde sans aucun secours du gouvernement et sans aucune charte royale. Après avoir touché à trois ports anglais, ils durent encore subir une longue traversée de soixantetrois jours. Le Speedwell, hors d'état de tenir la mer, rebroussa chemin, tandis que la Mayflower continuait seule d'avancer. Au lieu d'atteindre, comme c'était leur intention, à l'embouchure de l'Hudson, les Pèlerins furent poussés par des tempêtes vers le rivage du Mas-

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sachuscits. Pendant un muis, ils coururent des bordées dans tous les sens, cherchant un endroit favorable pour opérer leur débarquement. Le pays était aride, mais il les charma cependant, après un si long séjour en pleine mer. Ils virent des pins, des genévriers, des sassafras et d'autres arbustes odoriférants qui croissaient sur la côte. « Jamais, dit leur historien, nous n'avions rencontré pareil nombre d'oiseaux.» Us aperçurent aussi des baleines et firent feu sur l'une d'elles; mais « la baleine plongea en soufflant et disparut. » La première fois qu'ils touchèrent au rivage, seize hommes, le capitaine Miles Standish en tête, chaque homme portant un mousquet, un sabre et un corselet, mirent pied à terre. Bientôt cinq ou six individus, accompagnés d'un chien, leur apparurent; c'étaient des sauvages. Ceux-ci s'enfuirent aussitôt après avori sifflé leur chien. Puis, dans une vallée, les Pèlerins rencontrèrent un daim et découvrirent des sources d'eau fraîche, « ce dont nous nous réjouîmes, dit le narrateur ; nous étant assis à terre, nous goûtâmes pour la première fois à l'eau de la Nouvelle-Angleterre, qui nous parut la meilleure boisson que nous eussions dégustée de notre vie. » Un tombeau, avec des nattes et des coupes et deux squelettes d'homme et d'enfant ensevelis ensemble, frappa ensuite leur attention. Peut-être furent-ils bien aises de voir que les parents et les enfants s'aimaient assez, même chez les Indiens, pour ne se point quitter, fût-ce par delà cette vie. Us trouvèrent encore une grande corbeille de maïs enfouie dans la terre. Us s'en emparèrent tout d'abord; mais, plus tard, ayant rencontré les gens auxquels le maïs appartenait, ils leur en payèrent honnêtement la valeur. Us tuèrent trois oies grasses et six canards qu'ils mangèrent « avec

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un appétit de soldat, » comme le rapporte leur chronique.

Enfin ils atteignirent une anse àlaquelle un explorateur plus ancien, le capitaine John Smith, avait donné le nom de « Plymouth ». L'endroit leur parut favorable pour s'y établir. Ils débarquèrent le 21 décembre 1620. On rapporte qu'une jeune fille, Mary Ghilton, fut la première qui posa le pied sur le rocher dé Plymouth. Avant d'opérer le débarquement, les colons avaient tenu conseil dans la cabine de la Mayflow&r, et il avait été convenu que chacun d'eux aurait part égale dans le gouvernement de la colonie. Le premier gouverneur élu fut John Garvcr; ils formèrent aussi une compagnie militaire dont le commandement fut confié au capitaine Miles Standish. Chaque soldat était pourvu d'une cotte de mailles, d'un sabre et d'un mousquet à mèche ; nous verrons plus loin avec quel courage ils surent défendre la colonie. Les Pèlerins débarquèrent ensuite tout ce qu'ils possédaient. On montre aujourd'hui dans.laPilgrim-Hall, à Plymouth, quelques-uns de ces objets qui sont conservés comme des reliques; par exemple des fauteuils, des rouets, une grande marmite de fer ayant appartenu à Miles Standish, le canevas à marquer de la petite Lora Standish, et le berceau de Peregrine White, une enfant qui, née à bord de la Mayflower, fut appelée ainsi en souvenir des pérégrinations des Pèlerins.

Étant descendus au commencement de l'hiver sur une terre froide et battue par le vent, ceux-ci pensèrent avant tout à se construire un abri. Il y avait cent deux personnes à loger. Us bâtirent provisoirement une maison commune divisée entre dix-neuf familles ; puis, peu à peu, une habitation s'éleva pour chaque famille. Ces constructions étaient de bois et de mortier,

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