Le yard est une mesure de trois pieds anglais
velle-Angleterre, qui donnait de tels indices d'une fertilité exceptionnelle. » Quelle différence avec le débarquement des Pèlerins au cap God dans la froide saison d'automne !
Cette nouvelle colonie fut appelée la colonie de la baie de Massachusetts. Jolm Endicott était arrivé au même endroit, l'année précédente, avec quelques hommes qui l'avaient nommé gouverneur. Il n'a laissé aucun récit de son voyage. Ceux qui vinrent ensuite, sur les cinq vaisseaux dont j'ai parlé tout à l'heure, étaient le révérend Francis Higginson avec deux cents autres colons. Ils arrivèrent en 1629. L'année d'après, le gouverneur John Winthrop débarquait, suivi de huit cents colons. La colonie de la baie du Massachusetts était grande, forte et riche, en comparaison de celle de Plymouth. Elle comprenait un certain nombre d'hommes riches et instruits qui avaient de puissantes protections en Angleterre ; une charte royale leur garantissait le droit de se gouverner eux-mêmes, tant qu'ils ne feraient rien de contraire aux lois anglaises. Ils fondèrent la ville de Salem (paix, en hébreu). Par la suite ils fondèrent Boston, d'abord appelée Tri-mountain, à cause de ses trois collines; puis ils bâtirent successivement Roxburg, Dorchester, Charlestown, Watertown et d'autres cités encore.
Ces colons n'étaient point des pèlerins venus de Hollande, des séparatistes, comme on appelait parfois ceux de Plymouth ; c'étaient des puritains, réformateurs religieux qui avaient quitté l'Angleterre dans l'espoir de trouver une plus grande liberté en Amérique. Ils avaient été eux-mêmes persécutés dans leur propre pays à cause de la religion, mais moins durement toutefois que les Pèlerins, auxquels ils repro-
LES COLONIES DU MASSACHUSETTS
chaient de ne pas nourrir d'assez bons sentiments envers la mère patrie. On rapporte que Francis Higginson, tandis que son navire s'éloignait des côtes d'Angleterre, s'écria : « Nous no dirons pas comme les séparatistes quand ils quittèrent l'Angleterre : Adieu Babylone ! Adieu Rome ! Nous dirons : Adieu chère Angleterre! Adieu à tous nos amis chrétiens qui y résident ! »
Mais, une fois fixés en Amérique, il n'y eut pas de différence sensible entre les Pèlerins de Plymouth et les puritains de Salem; ces deux colonies se rendirent bientôt indépendantes de l'Église d'Angleterre.
Du reste, malgré leur nombre plus considérable et leur plus grande richesse, les colons du Massachusetts eurent presque autant à souffrir que les colons de Plymouth. Ils possédèrent sans doute dès le commencement du bétail, des chevaux, des ustensiles de labourage; mais un des colons nous apprend que le pain était si rare qu'il regretta plus d'une fois les miettes de la table de son père. « Quand je parvenais, dit-il, à faire bouillir ensemble de la farine, de l'eau et du sel, il me semblait ne pouvoir rien désirer de meilleur.... Les Indiens nous apportaient de leur blé, l'échangeant contre du drap et des couteaux; une fois je reçus une mesure de blé pour un petit chien. Du poisson gelé ou des moules étaient pour nous un véritable régal.... »
Un autre narrateur nous raconte comment les femmes des établissements situés au bord de la mer avaient^ coutume de descendre chaque jour sur la grève, à marée basse, pour y chercher des coquillages.
« C'eût été un phénomène, dit un troisième, de voir une pièce de bœuf, de mouton ou de veau rôti.... ..
Le jour où le gouverneur Winthrop venait de don-
ner la dernière poignée de farine qu'il possédait à un pauvre, il aperçut, entrant dans le port, un vaisseau anglais chargé- de provisions.
Bon nombre des braves puritains moururent de misère et de fatigue pendant les deux premières années; mais, à partir de ce temps-là, ils prirent le dessus; le climat les fortifia, aies en croire. L'un d'eux prétend qu'une gorgée d'air de la Nouvelle-Angleterre est meilleure pour la santé qu'une pinte d'ale de la vieille. Même aux plus mauvais jours, très peu retournèrent en Europe, et, malgré leur pauvreté, aucun vol ne fut jamais commis durant l'espace de quatre années Le gouverneur Winthrop écrivait à sa femme : « Nous avons ici Dieu et Jésus-Christ avec nous, n'est-ce donc pas assef? Je remercie Dieu de permettre que je me plaise ici de façon à ne point regretter d'être venu. Je n'aurais pas suivi une autre voie, même si j'avais pu prévoir toutes les tribulations qui m'attendaient. Jamais je n'ai été plus satisfait et plus calme d'esprit. »
Pendant bien des années, les deux colonies de Plymouth et de la baie de Massachusetts furent indépendantes l'une de l'autre. Mais la colonie des Pèlerins, quoiqu'elle fût l'aînée, prospérant avec bien plus de lenteur que celle des puritains, s'unit enfin à cette dernière l'an 1692, sous Je nom commun de Massachusetts, emprunté à l'une des tribus indiennes de l'endroit. Il signifie, paraît-il, Montagnes-Bleues.