THSTOÏRE DES ETATS-UNIS
chusetts pendant presque toute la période coloniale, et même nombre d'années après.
Les premiers établissements ne furent d'abord que des stations de pèche ; il est assez difficile de préciser l'époque à laquelle furent fondées les plus anciennes villes coloniales; ce fut dans tous les cas avant 1630. Les colons recherchaient le Maine plutôt pour la chasse et la pêche que pour la culture, de sorte que leurs villages s'y développèrent lentement ; ils eurent beaucoup à souffrir des guerres contre les Indiens. Les lois étaient moins sévères dans cette partie de la Nouvelle- Angleterre que dans le Massachusetts et le Connecticut. La liberté religieuse y était grande, on n'y connaissait pas les persécutions en matière de foi ; aussi tous les opprimés se réfugiaient-ils volontiers dans le Maine. Mais, d'autre part, le voisinage du Canada offrait un désavantage, les Français et les Indiens étant alors la terreur des colons anglais. Le Maine se défendit contre eux avec peine. Il ne fut pas compté comme État séparé, parmi les colonies dont, la réunion constitua originairement la République.
Le New-Hampshire fut aussi, visité de très bonne heure, en 1603, par un explorateur nommé Martin Pring ; Portsmouth et Douvres y furent fondés en 1623. Portsraoulh fut d'abord appelé Strawberry-Bank, le Banc des Fraises. Les établissements qui s'y fondèrent n'avaient d'autre but que la pêche. On raconte à ce sujet que dix ans plus tard, un prédicateur ambulant, étant venu parmi les colons, les invita à vivre pieusement afin d'atteindre le but final : « Vous vous méprenez, monsieur, lui répondirent-ils; vous croyez sans doute parler aux gens de la baie de Massachu-
setls; notre but final à nous, c'est d'attraper du pois-
son !
La colonie ne prospéra pas vite; trente ans après sa fondation, Portsmouth ne renfermait que cinquante ou soixante familles. Le New-Hampshirc fut plusieurs fois réuni politiquement au Massachusetts, et dans un temps à New- York. Mais, à partir de 1741, il devint province séparée, sous l'autorité d'un gouverneur royal qui résidait à Portsmouth avec un certain apparat. On peut voir encore aujourd'hui, dans cette partie du New-Hampshire, les belles habitations qui datent de la période coloniale.
Le gouverneur du New-Hampshire, Benning Wentworth, prétendit que les terres de cette colonie devaient comprendre ce qui est maintenant le Vermont, et comme Son Excellence s'arrogeait le droit de disposer des territoires communaux à l'ouest du fleuve Gonnecticut, en se réservant cinq cents acres sur chacun de ces territoires, on peut conclure que le poste de gouverneur colonial du Ncw-Hampsliire était assez lucratif.
Les villes les plus septentrionales se peuplèrent peu à peu d'émigrants écossais et irlandais ; à l'époque où éclata la révolution américaine, le New-Hampshire était une colonie indépendante et forte. Son nom lui vint d'un comté d'Angleterre, le Hampshirc, d'où sortaient quelques-uns des premiers colons qui l'occupèrent.
Le Vermont fut exploré pour la première fois, en 1609, par un officier français qui a laissé son nom au lac Champlain. Les colons européens ne s'y fixèrent néanmoins que plus de cent ans après. A l'époque de la Révolution américaine , le Vermont n'était pas
regaidé tomme une colonie disiiucte ; on l'intitulait New-Hampshire Qrants (concessions du Nouvoau- Hampshire), en raison des territoires communaux qu'avait concédés le gouverneur Wcntworth. Lr gouverneur de New-York prétendit Lien faire prévaloir, lui aussi, son autorité sur ces mêmes concessions; mais Ethan Allen et les autres « enfants des Montagnes-Vertes », comme on les appelait, refusèrent d'obéir à New-York et travaillèrent à se rendre indépendants. 11 s'écoula de longues années avant qu'ils pussent réussir; le récit de leurs luttes figurera plus loin avec les détails qu'il comporte. Le nom de Vermont signifie simplement Montagne-Verte.
La colonie de Rhode-Island fut créée d'une manière tout à fait différente des autres établissements de la Nouvelle-Angleterre; ses fondateurs fuyaient la persécution religieuse exercée contre eux dans une autre colonie. Nous savons que les fondateurs du Massachusetts étaient venus en Amérique pour s'assurer le libre exercice de leurs opinions religieuses; mais ils avaient agi ainsi parce qu'ils se croyaient en possession de la vérité, non pas en raison d'un principe de tolérance. Les idées de liberté en matière de religion n'étaient pas communes à cette époque, et les mêmes hommes qui montraient tant de fidélité à leurs propres croyances étaient souvent les plus acharnés contre celles d'autrui. Il vint cependant en Amérique un jeune ministre qui revendiquait la liberté religieuse, non seulement pour lui-même, mais pour tous, quelles que fussent leurs convictions Roger Williams, c'était son nom, avait coutume de dire que les magistrats d'un pays devaient imiter le capitaine d'un navire qui laisse les passagers penser
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et agir comme ils l'un tendent à son Lord, tant qu'ils ne troublent par l'ordre. Il pensait que la loi était faite contre les criminels, mais qu'elle n'avait rien à voir à la religion. Il désapprouvait qu'on forçât les gens de se rendre au temple malgré eux. Il ne lui semblait pas juste que les magistrats fussent choisis uniquement parmi les membres d'une Église particulière, ni que l'on obligeât le peuple à payer les frais d'un culte en dépit de sa volonté. Il ne se montra pas toujours très modéré ni très judicieux dans l'expression de ce jugement, mais la plupart le trouvaient sage au fond. Malheureusement, Roger Williams émit aussi parfois sur l'autorité civile des idées toutes personnelles dont les puritains s'alarmèrent avec raison, et à la fin, il parla si audacieusement contre les lois établies, que les magistrats du Massachusetts résolurent de le renvoyer en Angleterre. Informé de leurs intentions, il s'enfuit, au cœur de l'hiver, de Salem où il demeurait, et erra durant quatorze semaines dans les solitudes, souffrant cruellement de la rigueur de la saison et ne sachant plus ce que c'était qu'un lit et du pain.
Ceci se passait en janvier 1636. D'abord Roger Williams s'établit à Seekonk, dans la colonie de Plymouth ; mais, ayant reçu du gouverneur Winthrop l'ordre de poursuivre sa marche vers la baie de Narragansett, il s'embarqua avec cinq compagnons dans un canot indien. Le premier endroit où ils débarquèrent reçut des fugitifs le nom de Providence, en témoignage de gratitude envers Dieu qui les protégeait. Il n'y avait alors aucun colon de race blanche dans cette région, et Ganonicus, chef de la tribu des Narragansctts, accorda une vaste étendue de pays à Roger Williams; mais cet homme étrange
ne voulul rien garder pour lui. 11 distribua ce qu'il possédait à quiconque en avait plus besoin que luimême, jusqu'à ce qu'il eût tout donné : « Je voulais, a-t-il expliqué, que cette terre pût servir d'abri aux gens tourmentés dans leur conscience... » Un grand nombre de personnes ainsi tourmentées vinrent le rejoindre en effet et s'établirent sur divers points de la colonie qu'il avait fondée. Parmi elles se trouvaient AnncHutchinson, — célèbre prêcheuse de cette époque que les magistrats du Massachusetts avaient exilée, — et Samuel Gorton, un autre prédicateur indépendant. On cite encore William Coddington, qui acheta aux Indiens une île, Rhode-Island, alors appelée Aquidneck. Enfin, il se présenta une affluence si considérable de gens qui pensaient différemment, qu'on en vint à dire : « Quiconque a perdu sa religion est sûr de la retrouver dans quelqu'un des villages de Rhode- Island. » La colonie nouvelle obtint à la longue une charte sous le nom de Plantations de Rhode-Island et de Providence, la première partie de ce nom ayant été donnée par suite d'une ressemblance supposée avec cette île et l'île de Rhodes. Les lois du pays eurent pour base une tolérance religieuse absolue. Roger Williams déclara « que cette liberté s'étendrait aux consciences les plus païennes, les plus juives, les plus turques, les plus anti-chrétiennes ; de même qu'aux papistes et aux protestants, et que les citoyens de toutes nations seraient protégés dans l'exercice de leur culte. »
L'Assemblée générale de 1647 promulgua une loi dans le même but. Ce fut une somme de liberté telle, qu'il n'en existait alors de semblable dans aucun État chrétien, pas même dans la colonie de Maryland, qu'on regardait pourtant comme la plus libérale de
l'Amérique. Les habitants de Rhode-Island appréhendaient si fort une forme quelconque de tyrannie, qu'ils restèrent quarante ans privés de gouverneur, Roger Williams ayant refusé ce poste. Plus tard, le caractère et les mœurs de la population se rapprochèrent peu à peu de ceux des autres colonies de la Nouvelle- Angleterre. Mais ces dernières, conservant toujours un levain de jalousie contre Rhode-Island, la repoussèrent de leur alliance. Toutefois, Rhode-Island prit une part active aux guerres qui éclatèrent entre les Français et les colonies, qu'elle aida puissamment aussi à lever des troupes lorsque commença la Révolution américaine.
La côte de Gonnccticut fut explorée d'abord par un des plus anciens navigateurs hollandais, Adrien Block, le premier Européen qui ait franchi la passe deHurlgate. C'était en 1614, et l'île appelée Block-Island a gardé le nom de ce hardi marin. D'autres navigateurs hollandais remontèrent parla suite le cours du Gonnccticut et s'en approprièrent les deux rives avec tout le rivage de Long-Island jusqu'au cap Cod. Mais la possession du fleuve fut également revendiquée par une compagnie anglaise, et une bande d'explorateurs, venant de Piymouth, choisit sur la rive l'emplacement d'une maison de commerce à la demande d'un chef indien nommé Seguin. De leur côté, les Hollandais achetèrent à un autre chef indigène, Sassacus, le territoire où s'élève aujourd'hui la ville de Hartford; ils y fondèrent un autre établissement commercial et un fort qu'ils appelèrent « la Maison du Bon Espoir ». Ils défendirent aux Anglais de remonter le fleuve et menacèrent de faire feu sur les gens de Piymouth, aussitôt qu'ils se montreraient. Les gens de Piymouth, ce-