CHAPITRE X
Nous ne devons pas oublier que, malgré leurs jalousies et leurs divisions, les colonies de la Nouvelle- Angleterre ne différaient pas sensiblement entre elles. Elles étaient composées presque en totalité d'Anglais et de prolestants, et la majeure partie de leurs pionniers étaient venus s'établir en Amérique pour des motifs religieux autant que pour les avantages matériels qu'ils espéraient y rencontrer. Leurs chefs se distinguaient tous par la plus grande austérité, et ils avaient le dessein formel de ne recevoir parmi eux que des gens d'une moralité égale à la leur. L'année même où commença la colonie du Massachusetts, le gouverneur Endicott dispersa les colons de Merry- Mount qui menaient, selon lui, une vie oisive et dissipée. Ce même John Endicott retira du drapeau anglais la croix rouge qu'il regardait comme un emblème de superstition. Les autres colonies de la Nouvelle-Angleterre n'étaient pas, il est vrai, aussi rigoureuses dans leur discipline que le Massachusetts ; mais les mœurs de cette époque nous sembleraient néanmoins fort étranges, et elles eurent leur influence même sur les plus libérales d'entre les colonies, telles que celle de Rhode-Island.
Reportons-nous par la pensée à l'époque en question, et supposons que nous approchions quelque dimanche matin d'un village de la Nouvelle-Angleterre. Il est
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environ neuf heures ; nous entendons de loin le roulement d'un tambour, le son d'une trompe ou d'une conque marine, peut-être une cloche, appelant le peuple à la prière. Bientôt, en avançant toujours, nous distinguons le drapeau qui flotte sur une petite église bâtie de bois, la « Meeting House, » comme on l'appelle. Entres dans le village, nous voyons autour de ce modeste édifice une forte palissade de pieux plantés en terre; une sentinelle armée y monte la garde; quelques-uns des hommes qui arrivent successivement lui confient leurs mousquets. Un ou deux canons sont braqués devant la « Meeting House ». Non loin delà, nous remarquons deux instruments de répression destinés aux criminels : les entraves et le pilori. Examinons l'église elle-même : elle n'a que très peu de fenêtres à petits carreaux épais montés en plomb. Les autres fenêtres, au lieu de vitres, sont garnies de papier huilé. Entre ces fenêtres sont accrochées les têtes des loups tués l'année précédente.
Si nous pénétrons dans l'église, nous voyons les fidèles séparés selon leur âge, leur sexe ou leur rang. Les vieillards, les jeunes gens, les femmes ont chacun une place distincte; les enfants s'asseyent sur les marches delà chaire et de la tribune qui sont gardées par des conslables (agents de police). Chacun de ces conslables porte une baguette terminée à un bout par une patte de lièvre et à l'autre bout par une queue du même animal. De cette baguette ils se servent pour tenir le peuple éveillé. Si une femme vient à s'endormir, le cons table la touche au front avec la queue du lièvre ; mais, dans le cas où le coupable est un petit garçon, il est rappelé à l'ordre avec l'autre bout, et un peu plus rudement. Nul doute que cette baguette ne fût fréquemment employée, car les
offices duraient parfois trois et même quatre heures de suite, ]e sacristain retournant ]e sablier devant Je pasteur chaque fois qu'une heure était écoulée. En fait de musique, il n'y avait que les chants de la congrégation, qui suivait une traduction versifiée de psaumes dite « le livre de Psaumes de la Baie ». Le nombre des airs connus n'allait pas au delà de dix, et la plupart des congrégations s'en tenaient à cinq. Telle était la forme du service divin chez les puritains. Il n'était permis à personne de se dispenser d'y assister, car des hommes appelés dizainiers avaient pour mission de parcourir la ville et de noter les absents. Toute absence non justifiée était punie d'une amende, et si cette absence se prolongeait durant un mois entier, le coupable pouvait être attaché au pilori ou enfermé dans une cage de bois.
Si nous regardons maintenant autour de nous les maisons du village puritain, nous voyons que les plus anciennes sont en terre ou en bois, hautes d'un seul étage avec des toits pointus, couverts de chaume. A l'intérieur, les foyers sont de pierre brute et les cheminées faites soit de planches tout simplement, soit de petits bâtons entrelacés et enduits d'argile. Çà et là, cependant, on rencontre des habitations plus neuves, mieux construites, où la brique s'entremêle au bois, avec un étage sur le devant et un étage sur le derrière, parfois même des maisons de pierre, comme celle du révérend M. Whitfield à Guilford (Conncclicut), bâtie en 1639; cette maison est encore debout ; elle passe pour la plus ancienne des États-Unis, au nord de Ja Floride. Les fenêtres de ces habitations sont très petites et à charnières, les cheminées assez vastes, en revanche, pour contenir des bûches de quatre pieds de long et pour que
les enfants assis au coin de l'âtre puissent, en levant les yeux, voir le ciel. Toutes font face exactement au sud, pour qu'à midi le soleil, en y entrant, avertisse la famille de l'heure du dîner.
Les habitants de ces demeures sont vêtus, les hommes d'un justaucorps, de culottes courtes et d'une collerette à laquelle ils ajoutent un manteau court et un chapeau de forme élevée, sous lequel les vieillards mettent un bonnet de velours, tandis que les jeunes gens, dans les occasions solennelles, portent des baudriers d'apparat, des boutons d'or et d'argent et de grandes bottes roulées. Les femmes se contentent de vêtements grossiers, tissés au logis, pour vaquer aux travaux du ménage; mais, le dimanche venu, elles arborent les étoffes de soie, le mouchoir de cou en dentelles , les manches tailladées et le bonnet brodé. La loi exige toutefois que leur parure soit en rapport avec leurs ressources; elles doivent prouver qu'elles sont assez riches pour porter ces atours.
C'était aussi l'usage en Angleterre ; les puritains avaient apporté avec eux ces lois très rigoureuses. On lit dans les Actes judiciaires, qu'une certaine Alice Flynt fut incriminée au sujet d'un chaperon de soie, mais que l'accusation n'eut pas de suite, la Cour s'étant assurée qu'elle possédait deux cents livres d'argent. Vers la même époque, Jonas Fairbanks fut accusé d'avoir indûment porté « de grandes bottes » ; mais on ne put établir suffisamment la preuve de la culpabilité, et il fut acquitté.
Si nous demeurions toute une semaine dans ce village puritain, nous assisterions peut-être à la revue mensuelle des troupes, c'est-à-dire de tous les hommes au-dessus de seize ans ; peut-être les officiers porte-
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raionl-ils des épécs semblables à celle du capitaine Miles Standish, que l'on conserve encore au Musée des antiquités de Plymouth; elle a, gravée sur la lame, une inscription orientale dont le sens est inconnu. Nous verrions défiler les soldats, ceux-ci avec leurs piques de dix pieds de long, ceux-là portant des mousquets appelés fusils à mèche, remplaçant le système à percussion aujourd'hui en usage. Chaque soldat était muni d'une fourchette en fer, qu'il enfonçait dans le sol pour mettre en repos son arme très lourde, et portait un baudrier qui, passé autour du corps, supportait, outre l'épée, une douzaine de cartouchières en élain. Le pauvre soldat avait grand besoin d'être vigoureux pour entreprendre de longues marches dans cet équipement, auquel s'ajoutaient sans doute un casque et une cuirasse de fer; à moins que ce ne fût un plastron rembourré, qui, plus léger à porter, repoussait aussi bien les flèches indiennes. Tels étaient les soldats.
Dans les Assemblées de ville (Town-Meetings), on retrouvait les mêmes hommes en costume civil, discutant, avec patience et gravité, les affaires municipales ou les intérêts de l'Église ; la plupart des votants étaient à peu près partout membres de l'Église premièrement. Le vote s'effectuait au moyen de blé ou de fèves. Chaque grain de blé comptait pour l'acceptation, et chaque fève pour le rejet.
Les lois des puritains furent en bien des cas plus sévères qu'il ne convient, selon nos idées modernes. Il arrivait que les coupables fussent publiquement fouettés ou attachés au pilori. Il y avait le supplice des entraves qui tenaient un misérable par les pieds ou le cou, de telle sorte qu'il ne pouvait bouger. Quelquefois le criminel était condamné
à se tenir debout sur un escabeau au milieu de l'église, pendant l'office divin, portant le nom de son méfait marqué sur ses habits ou sur un écriteau que l'on fixait à sa poitrine. La punition de la femme querelleuse clans son ménage consistait en ceci : on lui prenait la langue dans un bâton fendu, à moins qu'on ne la tînt quitte pour un plongeon dans le ruisseau voisin. De pareils châtiments ne sont plus appliqués chez les peuples civilisés; mais ils étaient ordinaires à cette époque, et il faut reconnaître que le but d'une si rigoureuse législation était de créer un peuple sobre et vertueux, craignant par-dessus tout de mal faire.
« N'oublions jamais, dit l'un des plus anciens prédicateurs puritains, que la première plantation faite dans notre Nouvelle-Angleterre, fut celle de la religion et non celle du trafic. S'il existe parmi vous un homme qui compte la religion pour douze et le monde pour treize, sachez bien qu'un tel individu n'a ni l'esprit d'un véritable citoyen de la Nouvelle-Angleterre ni l'âme d'un chrétien sincère. »
Malheureusement, ces braves gens se croyaient le droit de contrôler les opinions religieuses du voisin aussi bien que sa moralité. Aussi tout citoyen dont les opinions différaient de celles de la majorité, avaitil beaucoup à souffrir. On peut alléguer, comme excuse à cette conduite, que, le gouvernement anglais ayant toujours blâmé les puritains sous prétexte qu'ils étaient fanatiques et déraisonnables, les puritains faisaient naturellement tous leurs efforts pour ne pas endosser la responsabilité d'un fanatisme plus exagéré encore ; mais le moyen qu'ils employèrent pour remédier au mal fut pire que le mal lui-même.
A cette époque, les quakers, ou Société des Amis,
quoiqu'ils fussent, sous bien des rapports, plus sages et plus méritants que ceux qui les persécutaient, ne laissaient pas que d'être un grand embarras. Les quakers s'opposaient en toute sincérité à des choses jugées nécessaires : ils refusaient, soit de payer les taxes, soit de reconnaître l'autorité du gouvernement, soit de prendre les armes en cas de guerre. Là-dessus, les puritains leur enjoignirent de s'en aller fonder dans quelque désert un établissement selon leurs goûts, au lieu d'apporter le trouble chez eux par des résistances obstinées. Mais les quakers s'y refusèrent encore. Ils pensaient avoir autant de droits que les autres à séjourner dans la Nouvelle-Angleterre. En outre, il y avait dans leur société certains exaltés qui commettaient des actes absurdes et généralement désapprouvés par les amis en masse. Quelques-uns de ces fous excitaient les gens à courir tout nus par les rues, afin, disaient-ils, de protester plus énergiquement contre les vanités de la toilette; d'autres paraissaient dans les réunions du dimanche vêtus d'un sac et la tête couverte de cendres. Les meilleurs d'entre les quakers payaient bien cher toutes ces extravagances de leurs frères. Tantôt ces pauvres gens étaient marqués au 1er rouge d'un // ou d'un R qui désignait l'hérétique ou le vogue (coquin) ; on les fouettait publiquement par les rues; quatre d'entre eux furent pendus sur la commune de Boston. Tout cela était odieux sans doute; mais il ne faut pas perdre de vue qu'une sévérité analogue existait presque partout dans ce temps-là et que les hommes n'avaient pas appris à tolérer chez autrui la liberté de conscience. Gomment s'en étonner?... Us n'ont pas encore appris entièrement ce grand devoir à l'heure qu'il est.
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Une autre cause d'anxiété pour Jes puritains fut la question des sortilèges. Dans toute l'Europe, il y a deux siècles, on croyait que certaines gens étaient en possession de secrets magiques dont ils se servaient contre le prochain. Il arrivait qu'une pauvre vieille, végétant à l'écart dans son coin, fût accusée de jeter, soit aux personnes, soit aux animaux, des sorts qui causaient la maladie ou la mort. Conduite devant les magistrats, elle subissait des interrogatoires multipliés, quelquefois même la torture qui devait la décider à un aveu qu'elle faisait à la fin, affolée, vaincue par la terreur ; elle se déclarait sorcière, elle dénonçait même de prétendus complices, et de cette façon la persécution se répandait de proche en proche.
L'Ecosse, vers cette époque, vit, dans l'espace de dix années, périr quatre mille malheureux accusés de sorcellerie. Il n'est donc pas surprenant qu'une vingtaine de sorciers aient été exécutés dans le Massachusetts. Quelquefois les accusés disaient et faisaient en effet des choses fort ridicules. Par exemple, on vit une jeune fille se lever de son banc à l'église et crier à tue-tête : « Curé! votre texte est trop long! » ou bien encore : « J'aperçois un grand oiseau jaune perché sur le chapeau du curé, là, regardez donc dans la chaire. »
En jugeant ces actes de folie, les magistrats perdaient eux-mêmes un peu la tête. C'était une surexcitation générale, et l'excessive sévérité dont on usait envers leurs pareils, ne faisait qu'accroître le nombre des prétendus sorciers ; on peut dire que la persécution multiplia les crimes de sorcellerie. Par la suite, quelques-uns des puritains eurent grande honte de leur propre conduite, Un brave juge, Samuel Sewall,
confessa vers la fin de sa vie qu'il avait eu tort de céder à l'acharnement populaire contre les sorciers, et il se fit une loi d'expier une fois l'an, par le jeûne et la prière, le péché qu'il avait commis.
D'autres soucis atteignirent les puritains au sujet de leurs chartes. On appelait ainsi des parchemins délivrés par le gouvernement anglais et autorisant les colons à faire leurs propres lois et à élire leurs propres magistrats. Les colons savaient que, sans ces chartes, ils étaient exposés à de grosses injustices, que des magistrats ou des gouverneurs pouvaient être envoyés d'office, à l'improviste, pour les diriger malgré eux et compromettre leur prospérité si laborieusement acquise. En outre, c'était un temps de guerre civile en Angleterre entre Charles I or et le Parlement, et les colons ne voulaient point prendre part à la lutte. S'ils s'étaient déclarés en faveur d'un parti, l'autre parti n'eût pas manqué de les opprimer en arrivant au pouvoir; ils restèrent donc sagement à l'écart, ne s'attachant qu'à leurs chartes. Plusieurs fois le gouvernement britannique tenta de les leur enlever. En 1686, notamment, sir Edmond Andros fut envoyé dans ce but avec les pouvoirs de gouverneur royal sur toute la Nouvelle-Angleterre. Il vint au milieu de la plus grande pompe, en uniforme écarlate tout galonné d'or; le Massachusetts et Rhode- Island se soumirent à son autorité; le Gonnecticut parut en faire autant, mais un brave homme, William Wadsworlh, mit la charte en sûreté dans le tronc creux d'un arbre. Sir Edmond Andros en fut très courroucé ; il se fit apporter les Annales de la colonie de Gonnecticut et écrivit au-dessous « finis » ; mais, dès 1688, une révolution éclata en Angleterre, et les colons américains se révoltèrent contre le nou-
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veau gouverneur. Les gens de Boston jetèrent sir Edmond Andros en prison; on tira de sa cachette la charte du Connecticut, et Je mot finis fut effacé des Annales.
Depuis l'année 1643, une ligue s'était formée entre plusieurs colonies de la Nouvelle-Angleterre contre les Indiens et dans d'autres vues encore. Cette ligue comprenait les deux colonies du Massachusetts et les deux colonies du Connecticut, mais Rhode-Island en avait été exclue.
Le Maine et le New-Hampshire n'étaient pas encore indépendants, et le Vermont n'était pas colonisé. Cette ligue dura plus de quarante ans, bien que son importance eût beaucoup diminué à la fin. Quand sir Edmond Andros vint à Boston en qualité de gouverneur royal, elle fut dissoute, et, même après que le peuple se fut révolté et l'eut banni trois années après, elle ne fut jamais rétablie.
Le Massachusetts et le New-Hampshire devinrent deux colonies distinctes, et eurent à plier, bien contre leur gré, sous des gouverneurs royaux venus d'Angleterre, tandis que le Connecticut avait conservé sa charte intacte à travers tous ces changements, grâce à William Wadsworth et au tronc du vieux chêne. Rhode-Island recommença bientôt à se gouverner elle-même, sous son ancienne charte, et ne fut point molestée. Toutes ces contestations relatives aux chartes coloniales laissèrent néanmoins derrière elles un levain de mécontentement, et aidèrent à préparer cette séparation d'avec la mère patrie qui devait s'accomplir par la suite.
Quelque proche que fût ce grand événement, les colons se regardaient encore comme de loyaux et fidèles Anglais. Ils grandirent en nombre et en force.
D'abord tous vivaient de culture, de chasse ou de pêche; mais peu à peu ils introduisirent chez eux des manufactures. La laine et le coton, le verre et la poudre à canon furent les principaux objets de leur industrie ; ils tirèrent des forêts le bois de charpente et le goudron; ils importèrent du poisson sale. Le premier navire qu'ils construisirent fut appelé la Bénédiction de la Baie, et bientôt ces bénédictions-là se multiplièrent. L'argent monnayé était rare chez eux, parce qu'il fallait souvent en envoyer contre des provisions à la mère patrie d'où il ne revenait plus ; aussi devaient-ils faire le commerce sous forme d'échange. Ensuite, ils se servirent pour leuis transactions de wampum, de peaux de castor, de maïs et de balles de fusil. Enfin, en 1632, la législature du Massachusetts émit une monnaie coloniale et fît frapper des pièces de douze, six et trois pences en argent. Ces pièces portaient d'un côté l'inscription Massachusetts, toujours ortographiée Masathusets, avec un arbre au milieu, sur le revers, et les initiales N. E. ou les mots New-England avec la date.
Ces monnaies sont habituellement connues sous le nom de pièces au sapin. Tant que les colons furent pauvres, leur vie resta nécessairement simple et frugale. Les gens de toute condition se nourrissaient soir et matin soit d'une bouillie de lait et de farine, soit de viande de porc accommodée aux fèves ou aux pois. Le thé et le café n'étaient pas encore importés, mais on buvait à profusion, en revanche, la bière et le cidre de ménage. Le pain était ordinairement fait de seigle ou de maïs plutôt que de froment. Les distractions manquaient un peu : la danse, les spectacles étaient défendus, et les instruments de musique iort rares; il n'était permis à personne d'avoir en
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sa possession ni cartes, ni dés. Dans leur désir de propager la vertu, les puritains en exagéraient sans doute l'austérité; mais on ne peut nier qu'ils n'aient réussi de cette façon à tenir haut et ferme le drapeau de la morale. A cette simplicité dans la manière de vivre, se joignait un sentiment très vif de l'égalité. Sauf un petit nombre de gens de la situation sociale la plus élevée, tels que ceux du clefgé et de la magistrature, personne n'était appelé monsieur ou madame; l'appellation la plus ordinaire était celle de bon/tomme et de bonne femme; cependant on témoignait beaucoup de déférence aux hommes que leur éducation ou leur autorité plaçait au-dessus des autres, particulièrement aux ministres de la religion.
L'instruction était poussée très loin, les premiers émigrants étant sortis des universités anglaises. Ils ne tardèrent pas à fonder des écoles et bientôt des collèges ou universités; celui d'Harvard est presque aussi ancien que les colonies elles-mêmes, ayant été fondé en 1636; celui de Yalo le fut en 1700. La première imprimerie de la Nouvelle-Angleterre fut établie à Cambridge en 1639, et le premier journal colonial publié en 1704, sous le nom de t/ie Boston Newsletter. Les libraires prospérèrent de bonne heure à Boston, et un grand nombre de livres, traitant pour la plupart de sermons ou de controverses religieuses furent publiés.
A mesure qu'augmentait la richesse, les distinctions sociales commencèrent à s'accentuer; les gouverneurs royaux, surtout, déployaient un grand faste. A Boston, à Cambridge, à Portsmouth (New-Hampshire) et dans quelques parties de Bhode-Island, se développèrent des habitudes élégantes et le goût de l'hospitalité la plus magnifique. On peut voir encore, dans ces
villes, de vieilles maisons qui attestent la splendeur de la période coloniale. L'esclavage existait dans toutes les anciennes colonies, mais sous une l'orme très douce; les esclaves étaient rarement employés aux champs, ils servaient plutôt dans les maisons particulières. On s'était d'abord énergiquement opposé à l'introduction de ce fléau; lorsque, en 1646, une cargaison de nègres africains arriva delà côte de Guinée à Boston, la législature décida qu'ils seraient tous ramenés dans leur pays natal, avec une lettre qui exprimait le blâme et l'indignation; on poussa même le scrupule jusqu'à l'aire rembarquer l'un de ces malheureux qui était déjà vendu dans le Maine.
La colonie du Gonnccticut en 1650 et, bientôt après, New-Havcn flétrirent la traite des nègres comme un crime capital.
A Rhode-Island, le premier acte de l'assemblée générale de 1652, au sujet de l'esclavage, fut d'ordonner que nul être humain, noir ou blanc, ne pourrait être retenu en esclavage pour plus de dix ans, ni après l'âge de vingt-quatre ans révolus. Mais les scrupules s'évanouirent peu à peu, et l'esclavage fut établi. Bon nombre d'hommes considérables protestèrent jusqu'au bout, entre autres le grand juge Samuel Sewall, qui publia à ce sujet, en 1700, une brochure intitulée Joseph vendu par ses frères. La réponse ne se fit pas attendre. Sewall dit dans ses lettres qu'il eut à subir à cette occasion « de dures paroles et des froncements de sourcils, » mais qu'il fut soutenu par quelques-uns des membres les plus influents du clergé, parmi lesquels il cite le révérend John Higginson de Salem. Ce ne fut toutefois qu'après la Révolution que l'esclavage disparut des colonies de la Nouvelle-Angleterre.
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NEW-YORK ET NEW-JERSEY