‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 22 sur 96 · NEW-YORK ET NEW-JERSEY SOUS L'ANCIENNE DOMINATION HOLLANDAISE · texte numérisé non relu

NEW-YORK ET NEW-JERSEY SOUS L'ANCIENNE DOMINATION HOLLANDAISE

Il y eut jadis un navigateur anglais nommé Henry Hudson, qui accomplit quelques voyages singulièrement audacieux. Les nations de l'Europe cherchaient à découvrir un chemin plus court pour aller aux Indes, soit en se dirigeant vers le nord, soit à travers le nouveau continent américain. Henry Hudson avait déjà fait deux voyages dans ce but, comme employé de compagnies anglaises. A deux reprises il avait navigué parmi les bancs de glaces, et, malgré le froid terrible, il était parvenu jusqu'au Spitzberg; chaque fois cependant, il avait dû rétrograder, dans l'impossibilité où il se trouvait do pénétrer au delà. Mais résolu et aventureux autant que jamais, toujours prêt à entreprendre quelque chose do nouveau, dût-il braver le soleil des tropiques ou les glaces du pôle, il continua de nourrir une idée fixe : trouver ce passage aux Indes que tant d'autres avant lui avaient cherché en vain. Le 4 avril 1609, la Compagnie hollandaise des Indes orientales l'envoya une fois de plus à la découverte. A cette époque, les Hollandais étaient la grande nation commerciale du monde, et Amsterdam le centre du négoce européen. Il n'y avait pas en Hollande une seule forêt propre à fournir des bois de construction, et cependant cette contrée possédait plus de navires que toutes les nations de l'Europe ensemble. Le vaisseau de Henry Hudson s'appelait

ÎUSTOIP.n DES ETATS-UNIS.

la Demi-Lune; l'équipage était de vingt hommes, tant Anglais que Hollandais, et son propre fils en faisait partie. Il se dirigea derechef vers le nord, essayant d'atteindre le Spilzherg et la Nouvelle-Zemble ; mais les banquises lui barrèrent partout le chemin, et la rigueur du froid faillit exciter son équipage à la révolte. Alors il résolut de pousser plus à l'ouest. Il passa en vue du Groenland, puis, tournant au sud, il longea Terre-Neuve, doubla le cap Cod, et descendit vers la Virginie; ensuite, il remonta du côté du nord, toujours sans perdre de vue la côte, et se trouva enfin à l'embouchure de ce qui lui parut être un détroit ou un fleuve. Le 3 septembre 1609, il jeta l'ancre au lieu où est maintenant Sandy-Hook. Là, les Indiens vinrent trafiquer avec lui, et, quelques jours après, il remit à la voile, suivant le courant de plus en plus loin, et se figurant qu'il avait découvert en somme le fameux passage pour aller aux Indes.

Ce dut être chose intéressante en effet que de remonter avec Hudson ce fleuve majestueux 'où aucun homme blanc n'avait navigué jusqu'alors. Son journal de voyage nous apprend que les deux rives réjouissaient la vue par « leur verdure, leurs fleurs et leurs arbres superbes. C'était, dit-il, le sol le plus favorisé qu'on pût fouler aux pieds et qui abondait en toutes sortes de bois propres à la construction des navires. » Les Indiens vinrent à sa rencontre sur des canots creusés dans un seul tronc d'arbre; mais il ne leur permit pas de monter à son bord, parce que l'un d'eux, avait tué l'un de ses matelots d'un coup de flèche. Par la suite cependant, les Hollandais montrèrent plus de confiance, laissant les Indiens apporter à leur gré du raisin, des citrouilles et des fourrures. On leur donnait en échange des colliers, des couteaux et des haches. Enfin

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les Indiens invitèrent ce hardi capitaine à -visiter le rivage ; ils l'accueillirent à merveille. Un des chefs le harangua et lui montra le pays d'alentour.

Henry Hudson navigua ensuite jusqu'à l'endroit où est actuellement située la ville d'Hudson, et là trouvant l'eau trop peu profonde pour porter son navire, il détacha une chaloupe qui poussa plus loin vers l'emplacement où fui bâtie plus tard Albany. A la fin, il revint sur ses pas, perplexe, désappointé, sortit de la grande rivière ou Groot-River y comme il la nommait, et retourna en Hollande.

Il ne revit jamais ce beau fleuve. La Compagnie hollandaise des Indes orientales en dédaigna l'exploitation quand elle apprit qu'il ne conduisait pas aux Indes. Dans un voyage qu'il entreprit ensuite, Hudson gagna les mers polaires, espérant toujours trouver le fameux passage.

Il entra dans la baie qui porte maintenant son nom ; mais, arrivés là, les hommes de son équipage se révoltèrent, lui lièrent les pieds et les mains, le mirent à bord d'une chaloupe avec son fils et plusieurs autres, et abandonnèrent ainsi ces malheureux au milieu des glaces flottantes. On n'entendit plus jamais parler de lui. De nos jours, quelques-uns des descendants des vieilles familles hollandaises établies sur le fleuve Hudson, racontent des légendes au sujet de l'intrépide navigateur qui, le premier, explora ces rives. Quand le tonnerre gronde au loin, ils disent en prêtant à son nom la prononciation hollandaise : « C'est Hendrick Hudson et ses compagnons qui jouent aux quilles dans la montagne. »

Quelques années après, des comptoirs de commerce commencèrent à s'établir sur les bords de l'Hudson. Nous savons déjà que le roi d'Angleterre Jacques I er

avait donné anciennement des lettres patentes à deux Compagnies chargées de coloniser l'Amérique du Nord. L'une d'elles devait prendre la partie septentrionale de la côte de l'Atlantique, l'autre la côte méridionale, avec cette clause expresse que les deux établissements seraient séparés par un intervalle de cent milles, afin d'éviter toute contestation. Il n'était pas venu à la pensée du roi que, sur ce vaste espace inoccupé, une autre nation pourrait s'établir, fonder à son tour des colonies et susciter, malgré ses précautions, des causes de discorde. Ce fut cependant ce qui arriva. A la suite des découvertes de Henry Hudson, la Hollande réclama tout le territoire riverain du grand lleuve et nomma ce territoire « Nouveaux-Pays- Bas ». L'année suivante survint un hardi marin, Adrien Block, le premier Européen qui eût jamais, nous l'avons vu, traversé Hurlgate. Ayant chargé son navire, le Tigre, de peaux d'ours, à l'embouchure de l'Hudson, il allait mettre à la voile quand le vaisseau prit feu. Il lui fallut débarquer à l'île de Manhattan, où est aujourd'hui situé New-York. Ses marins y passèrent tout l'hiver de 1614. Ils bâtirent en bois des huttes et un fort, puis, avant le retour du printemps, ils construisirent un nouveau vaisseau de seize tonneaux appelé le Sans Repus, nom bien choisi pour désigner les infatigables navigateurs de ce temps-là. Ce fut le second navire construit par dus Européens sur le continent américain. De cet établissement, connu à l'origine sous la désignation de « Nouvelle-Amsterdam », devait sortir une grande cité moderne : New-York. Dix ans après, la Hollande acheta aux Indiens l'île entière de Manhattan au prix de vingt-quatre livres sterling. Staten- Island, l'île des États, fut nommée ainsi par Henry

Hudson en l'honneur du gouvernement hollandais. Cependant les colons n'arrivèrent qu'avec lenteur à la Nouvelle-Amsterdam. Les Hollandais y établiront quelques comptoirs de commerce, où ils pouvaient acheter aux Indiens des peaux d'ours, de castor et de loutre. D'abord il ne vint que de pauvres émigrants; mais, à la longue, des gens plus riches et plus marquants furent envoyés, avec certains privilèges spéciaux, par la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Chacun d'eux avait le droit de fonder une colonie de cinquante personnes, et de s'approprier une étendue de territoire d'une longueur de seize milles au bord de tout cours d'eau dont les rives ne seraient pas encore occupées; on pouvait à volonté s'étendre dans l'intérieur; il fallait avoir payé la terreaux Indiens, et chaque colonie devait être établie dans un laps de quatre ans. Le colon exerçait toute autorité sur « son propre manoir », sans aucun contrôle de la part du gouvernement colonial, à la condition toutefois de ne point établir des fabriques de laine et de coton, la Compagnie des Indes s'en réservant exclusivement le monopole. La Compagnie s'engageait à fournir aux manoirs des esclaves nègres qu'elle importait de la Guinée. Les grands propriétaires reçurent le nom de patrons. Un tel système différait beaucoup, on le voit, du simple système de colonisation qui avait eu cours dans la Nouvelle-Angleterre, où tous étaient égaux devant la loi, et où chacun avait sa voix dans les affaires du gouvernement.

Les colons hollandais et anglais ne vécurent pas en bonne intelligence, et leur animosité réciproque s'accrut encore quand les deux nations commencèrent à explorer la vallée du Connccticut, dont elles convoitaient l'une et l'autre la possession. Les Anglais

prétendirent que les Hollandais n'avaient aucun droit sur le continent en général, à plus forte raison sur la valléeduConnecticut; les Hollandais répliquèrent qu'ils avaient les premiers remonté la rivière, et que leur frontière à l'est était ce cap que l'on nomme aujour d'hui le cap Cod. Bientôt les Anglais accusèrent les Hollandais d'exciter contre eux les Indiens ; les Hollandais ripostèrent en incriminant la bonne foi des Anglais dans les questions de marchés. Bref, les difficultés grandissaient de plus en plus entre la colonie dos Nouveaux-Pays-Bas et ses voisins; outre cela, les Indiens se montraient fort gênants, et l'on était en perpétuelle discussion avec les colons suédois de la Dclawaro. Les Hollandais ne menaient donc pas une existence aussi paisible qu'ils l'eussent désiré.

Si, après avoir visité un village puritain du Massachusetts, dous avions pu filer, à cette époque, sur un navire de commerce jusqu'à la Nouvelle-Amsterdam, nos regards auraient été frappés par des usages et des aspects très différents. Les maisons mêmes et les rues n'avaient aucun rapport de ressemblance (nous ne parlons pas bien entendu des cabanes en bois et en argile que les premiers colons bâtirent partout à peu près sur le même modèle, mais des habitations permanentes qui succédèrent à celles-ci) ; les maisons de la Nouvelle-Amsterdam étaient en bois avec des pignons de petites briques noires et jaunes apportées de Hollande. Chaque maison avait beaucoup de portes et de fenêtres, et la date de sa construction était souvent tracée sur la façade en lettres de fer. Le toit était habituellement surmonté d'une ou de plusieurs girouettes. Une propreté extrême régnait au dedans comme au dehors, la propreté que l'on remarque aujourd'hui encore dans les villages de Hollande, où les

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ménagères lavent le seuil de leurs portes, alors même que la pluie qui tombe à flots du ciel semblerait devoir leur éviter cette peine. Les meubles étaient à la fois simples et solides : c'étaient de lourdes chaises à pieds de griffon, des tables en bois d'acajou bien poli, des buffets garnis de vieille vaisselle et do vieille argenterie. Les horloges et les montres étaient rares; on mesurait l'heure au moyen d'un sablier ou d'un cadran solaire.

Le plancher était saupoudre de sable blanc où le balai dessinait les plus jolies arabesques. Les vastes cheminées, bien ouvertes, s'ornaient de faïences de différentes couleurs, représentant d'ordinaire des sujets tirés de l'Écriture Sainte, tels que l'Arche de Noé, l'Enfant prodigue, le Passage do la mer Rouge. Le soir, on allumait des torches résineuses uu des chandelles de suif fabriquées au logis. Chaque habitation renfermait un ou plusieurs rouets ; un énorme bahut de chêne enfermait le linge de ménage, filé sur ces rouets par les femmes de la famille. Un grand nombre d'habitants possédaient aussi des maisons de campagne appelées boweries, précédées de stoeps, de porches où les hommes s'asseyaient pour fumer leur pipe, car les colons hollandais n'avaient pas autant d'ardeur au travail que ceux de la Nouvelle-Angleterre. Us se remuaient plus lentement, prenaient plus de loisirs et s'amusaient davantage à leur manière paisible. Us n'étaient ni gais, ni brillants, ni amateurs de danse comme les Français du Canada. Ce qu'ils aimaient surtout, c'était la bonne chère et la bouteille, les longs récits assaisonnés de gros rires, et le jeu de boules sur les vertes pelouses. On doit aux Hollandais l'introduction de certaines fêtes dont l'usage s'est conservé depuis en Amérique, la Sauta-

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Claus ou Saint-Nicolas, vers le temps de Noël, les œufs rouges à Pâques, et les visites du Nouvel an. D'ordinaire, ils se levaient de grand matin, dînaient vers onze heures ou midi, et se mettaient au lit souvent dès le coucher du soleil. Cependant un ancien voyageur suédois nous les montre assis sur le perron de leurs maisons, au clair de la lune, et saluant tous les passants qui, à leur tour, étaient obligés de répondre, sous peine de blesser les gens de la ville dans leur politesse, une politesse imperturbable et générale. Le même voyageur ajoute que les Hollandais d'Albany déjeunaient avec du thé, sans lait, adouci par un morceau de sucre qu'ils gardaient dans leur bouche; le dîner se composait de lait, de beurre et de pain; si l'on y ajoutait un morceau de sucre, c'était le comble de la sensualité. Les ménagères de la Nouvelle-Amsterdam étaient renommées toutefois comme très habiles, surtout dans la fabrication des pâtisseries les plus variées : gâteaux à l'huile, tourtes au fromage, etc.

Les citoyens des Nouveaux-Pays-Bas, sans être aussi assidus à l'église que ceux de Piymouth et de Salem, subvenaient largement aux frais du culte, et témoignaient un grand respect à leurs ministres, qu'ils appelaient « dominies ».

Parfois les dominies, quand l'argent était rare, étaient payés en peaux de castor ou en wampvm (coquilles). Le dominie d'Albany, par exemple, recevait annuellement cent cinquante peaux de castors.

Pour ce qui était du costume, les femmes portaient des serre-tête de mousseline blanche, sous lesquels leurs cheveux étaient relevés à racines droites et collés avec de la pommade, plusieurs jupes courtes superposées, aux couleurs éclatantes, des bas bleus, rouges

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ou verts, tricotés de leurs propres mains et des souliers à hauts talons.

Les hommes avaient des habits de (iretaine à larges hasques et à gros boutons de cuivre ou d'argent, plusieurs paires de culottes courtes l'une sur l'autre, de longs bas et de grandes boucles au genou et sur les souliers. Ils gardaient les cheveux longs, et les roulaient en forme de queue dans une peau d'anguille.

Les occupations habituelles des gens de la Nouvelle-Amsterdam avaient pour objet le commerce d'exportation avec les Indes occidentales et avec l'Europe, commerce qui consistait en bois de construction, en douves de tonneaux, en goudron, en tabac, en fourrures. Ils construisaient eux-mêmes leurs navires de commerce auxquels ils donnaient des noms pompeux, tels que la Reine Esther, le Roi Salomon, l'Ange Gabriel.

Un des gouverneurs hollandais, Guillaume Kieft, appelé Guillaume le Bourru, à cause de son caractère irascible, fit beaucoup de tort à la colonie par sa cruauté envers les Indiens, qui usèrent largement de représailles. Ce Kieft était fort mal disposé à l'égard des colonies envoyées du Massachusetts dans le Gonnecticut ; il eût voulu voir cette région tout entière entre les mains des seuls colons de la Nouvelle- Amsterdam. Kieft lança donc une proclamation contre les habitants de la Nouvelle-Angleterre. Ceux-ci répondirent en attaquant la forteresse hollandaise de Hartford, dont ils chassèrent la garnison. Ils s'empaparèrent également de la partie orientale de Long- Island, renversèrent l'écusson qui portait les armes de Hollande et dressèrent à la place une tête d'àne. Cet échec, joint à la dureté de son administration, mit le comble à l'impopularité de Guillaume le Bourru, et

les colons saluèrent avec joie l'arrivée de Pierre Stuyvesant, nommé gouverneur en 1647.

Le gouverneur Stuyvesant élait un brave et honnête homme, mais d'un entêtement tel qu'on lui décerna le sobriquet de Hardkopping Piel, ce qui veut dire Pierre le Têtu; on l'appelait aussi le vieux à la jambe d'argent, parce qu'il avait remplacé une de ses jambes perdue à la guerre, par une jambe de bois enjoliver d'agréments en argent. Sous son gouvernement, la colonie fut d'abord efficacement défendue contre les Indiens, 1rs Suédois et les Anglais. Malheureusement Stuyvesant était d'humeur despotique, et ne laissait au peuple que la plus petite part possible dans les affaires du gouvernement. Les Hollandais sentaient fort bien qu'ils n'avaient pas une liberté égale à celle dont jouissaient les autres colonies ; aussi ne montraient-ils pas, lorsqu'il s'agissait de combattre pour leurs patrons et pour la Compagnie des Indes orientales, cet empressement que les colons anglais apportaient à la défense de leurs propres foyers. Et puis ces derniers croissaient toujours en nombre et eu richesses, ce qui était pour les Hollandais un objet d'envie, au milieu même de toutes ces interminables querelles.

Enfin, en 1664, une Hotte anglaise, ayant à bord des recrues de la Nouvelle-Angleterre, parut devant New-Amsterdam, et la ville se rendit d'un consentement général, malgré l'énergique opposition de Pierre Je Têtu, qui avait mis en pièces la sommation écrite du commandant anglais; le peuple le força à en rajuster les morceaux et à accepter les termes de la capitulation. A partir de ce moment, sauf un très court intervalle, les Anglais gardèrent possession des Nouveaux- Pays-Bas.

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Le nom de la colonie fut changé contre celui de New- York, en l'honneur du duc d'York, à qui son frère, le roi Charles II, fit don de cette province. La partie des Nouveaux-Pays-Bas, située au sud de l'Hudson, resta néanmoins une colonie distincte, sous le nom de New-Jersey.

Le duc d'York permit à sa province de tenir une assemblée et de se donner des lois à elle-même; puis, en 1683, les colons de New- York obtinrent une charte à peu près semblable à celle des autres colonies ; mais, lorsque le duc d'York monta sur le trône, sous le nom de Jacques II, il essaya de reprendre cette charte; ce fut en vain. New-York, devenue province anglaise, perdit quelques-unes de ses habitudes primitives ; certaines d'entre elles, néanmoins, persistèrent pendant un bon nombre d'années, et l'usage de la langue hollandaise prévalut longtemps. Il y avait encore des écoles hollandaises où l'anglais était enseigné comme par surcroît. Le premier collège proprement dit fut King's Collège, aujourd'hui Columbia, fondé en 1754.

Dès que les Anglais eurent pris possession de New- York, les émigrants y affluèrent, en moins grand nombre cependant qu'à Philadelphie. Ces nouveaux venus appartenaient à différentes nations. 11 faut dire que la Hollande elle-même avait longtemps réuni dans son sein des étrangers venus de toutes parts, les uns pour profiter de sa prospérité commerciale, les autres pour chercher un asile contre la persécution religieuse. De là cette bigarrure insolite de la population, dès l'origine de New-Amsterdam. On assure que dix-huit langues y avaient déjà cours à l'époque où elle tomba au pouvoir des Anglais.

Ainsi New-York, à son aurore, semblait prédestinée

à devenir une cité cosmopolite, le foyer commun d'un peuple emprunté à tous les points du globe.

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