‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 25 sur 96 · SOCIETE DES AMIS EN PRNNSYLVANIE · texte numérisé non relu

SOCIETE DES AMIS EN PRNNSYLVANIE

reçut avec enthousiasme, comme pouvait le faire présager le nom du navire qui l'amenait : Bienvenue. Go n'était que justice. Songez qu'il avait permis à tout émigrant pauvre de s'établir sur cette terre dont le roi lui avait octroyé la possession exclusive, et qu'il promettait à tous la liberté de pensée et de parole. Il appelait la Pennsylvanie « une colonie ouverte au genre humain, » et il écrivait aux colons : « Vous serez gouvernés par des lois que vous voterez vousmêmes. Je ne veux usurper les droits de personne ni molester qui que ce soit. »

Aussitôt que le roi-Quaker, — c'est ainsi qu'on le désignait parfois, — fut entré dans son domaine, les émigrants anglais, hollandais et suédois accoururent vers lui. On lut publiquement les lettres patentes accordées par le roi à William Pcnn, et lui-même harangua le peuple qui l'écoutait avec ravissement. L'année suivante il acheta à quelques Suédois, qui le tenaient eux-mêmes des Indiens, le terrain sur lequel devait s'élever la capitale, dont il jeta les fondements en l'appelant Philadelphie, nom qui signifie amour fraternel.

Il la bàlit sur le plan de l'antique Babylone et voulut qu'elle fût « une jolie et verdoyante ville de province ». A l'origine elle ne se composait que de trois ou quatre maisonnettes; plus d'un citoyen logeait dans le tronc creux des arbres; mais, en trois années, elle gagna plus que New-York en cinquante, bien que New-York l'ait depuis surpassée, grâce à sa situation infiniment meilleure pour le commerce.

William Penn ne demeura dans la colonie que deux années, après lesquelles il retourna en Angleterre. Pendant le long espace de temps que dura son absence, les colons se gouvernèrent eux-mêmes, élurent leurs

magistrats et votèrent leurs lois. On n'établit aucune taxe pour le soulagement des pauvres, car il n'en était pas besoin. Quiconque payait un impôt avait droit de suffrage, quelles que fussent d'ailleurs sa religion et sa nationalité. Les témoins devant les tribunaux étaient dispensés du serment. Les spectacles étaient interdits ; d'autres lois encore rappelaient assez celles des puritains. Mais il n'y eut aucune persécution religieuse, et on ne compte qu'une seule accusation de sorcellerie ; encore le prétendu coupable fut-il seulement déclaré « suspect d'être sorcier ». Néanmoins, quelques-uns des cruels châtiments qui étaient en usage à cette époque s'introduisirent peu à peu dans la Pennsylvanie; le pilori, les entraves et le poteau où l'on attachait les condamnés à la peine du fouet se dressèrent sur la place du Marché. L'esclavage ne fut point prohibé, et la loi vouait au supplice du feu tout esclave assassin de son maître. On doit dire, du reste, qu'il n'existe aucune trace d'une pareille exécution dans les annales du pays.

Après quinze ans d'absence, William Penn revit la colonie et y séjourna deux années; il trouva que de grands changements étaient survenus depuis son départ. D'ailleurs sa popularité ne faisait qu'augmenter ; nul n'oubliait la muniiieence avec- laquelle il avait distribué son bien aux colons. Lui-même sentait qu'il avait fait de grands sacriiiees. « Pennsylvanie, écrivait-il un jour, que ne m'as-tu pas coûté! Pour toi j'ai dépensé plus de trente mille livres sterling de ma propre fortune, j'ai accompli deux périlleuses traversées, et j'ai presque perdu l'âme de mon fils. » Cette dernière phrase était une allusion à la mauvaise conduite d'un de ses fils, pendant l'absence qu'il avait faite.

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