‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 27 sur 96 · LA DELA W ARE · texte numérisé non relu

LA DELA W ARE

Il arriva, en 1610, qu'un Anglais, lord Delaware, étant alors gouverneur de la Virginie, remonta la côte pour un voyage d'exploration et entra dans un cours d'eau magnifique, qui reçut le nom de Delaware en souvenir de lui. Vingt ans après, les Hollandais tentèrent de fonder un établissement en ce même endroit, mais les colons tombèrent sous les coups des Indiens ; plus tard, les Suédois y créèrent une colonie permanente, la seule qu'ils aient jamais fondée. Voici comment la chose advint :

Gustave-Adolphe, le plus fameux d'entre les rois de Suède, si fameux qu'on le surnomma le Lion du Nord, forma le projet de coloniser un coin de l'Amérique. Une Compagnie, organisée dans ce but, engagea des émigrants de tous les points de l'Europe à partir sous la protection du gouvernement suédois. Cette Compagnie avait résolu que l'esclavage serait interdit en vertu du raisonnement qui suit : « Les esclaves coûtent beaucoup, ne travaillent qu'avec répugnance et périssent bientôt sous les mauvais traitements. La nation sué doise est laborieuse, intelligente; très certainement nous gagnerons davantage en nous servant d'hommes libres, mariés et pères de famille. »

Gustave Adolphe appelait la colonie projetée « la perle de son royaume », et la destinait à être le refuge « de tous les chrétiens opprimés ». Par malheur, ce prince fut tué dans une bataille en 1632, et sa fille Christine, qui n'était âgée que de six ans, lui succéda sur le trône de Suède. Mais le premier ministre du

royaume, le chancelier Oxcnstiern, était l'un des hommes d'État les plus sages de l'Europe. Il résolut de poursuivre l'exécution du plan préparé pour l'établissement de la colonie américaine, et envoya, en 1633, un nombre considérable de Suédois et de Finlandais, qui bâtirent un fort et l'appelèrent Christiana en l'honneur de leur jeune reine. La colonie reçut elle-même le nom de Nouvelle-Suède. D'autres colons arrivèrent, et leurs établissements finirent par s'étendre sur le territoire de la Pennsylvanie actuelle ; de sorte que l'habitation du gouverneur n'était qu'à quelques milles de l'endroit où s'élève aujourd'hui Philadelphie. Ceci mécontenta les Hollandais des Nouveaux-Pays-Bas. Ils avaient pris possession de la contrée, pensaient-ils, et en leur qualité de premiers occupants, regardaient les Suédois comme des intrus. Ceux-ci, très entreprenants, leur faisaient concurrence pour l'achat du tabac aux planteurs de la Virginie et pour la vente des fourrures. Toutefois les Hollandais ne les attaquèrent pas d'abord, car le gouvernement suédois était alors puissant en Europe et capable de soutenir ses colonies. Ils bâtirent seulement un fort à côté de Christiana. Les Suédois s'en emparèrent. Alors la Compagnie hollandaise, poussée à bout, demanda au gouverneur Pierre Stuyvcsant de venger ses griefs, de chasser les Suédois des bords de la rivière ou de les amener à composition. En conséquence, le gouverneur hollandais remonta la Delaware (1655), reprit le fort en question, puis à son tour s'empara des forteresses ennemies. Le gouvernement suédois était fort affaibli en Europe et ne fit rien pour protéger sa colonie unique; il en résulta qu'après dix-sept années d'une existence distincte, la Nouvelle-Suède fut englobée dans les Nouveaux-Pays-Bas.

Oraoè- par E. àiorieu*

En 1664, survinrent les Anglais qui expulsèrent les Hollandais de tous leurs établissements. LaDelaware appartint donc successivement à trois nations différentes. Elle fut réunie à la Pennsylvanie, puis forma une province séparée; mais, dans tous les temps, elle demeura aussi paisible que peu considérable, protégée qu'elle était contre les incursions des Indiens par les autres colonies environnantes.

CUAPITHE XIH

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