LA VIRGINIE ET LE MARYLAND
impôts, même le traitement des ministres de la religion et toutes les dépenses particulières. Quand la colonie s'était fondée, quatre-vingt-dix jeunes femmes de bonnes mœurs avaient été exportées par la Compagnie anglaise, et quiconque en épousait une devait donner cent livres de tabac. Le mari d'une femme convaincue de calomnie était condamné à payer cinq cents livres de tabac. On léguait par testament telle ou telle quantité de tabac. Cette époque fut pour la Virginie une période de bien-être. L'hospitalité s'y exerçait généreusement; la vie extérieure était active et toute virile, mais l'instruction fort négligée.
Un gouverneur de la Virginie écrivait en 1671 : « Je loue Dieu de ce qu'il n'y ait ni école libre, ni imprimerie, » et exprimait l'espérance que rien de tout cela n'existerait avant un siècle au moins. Un autre gouverneur défendait de se servir d'une presse à imprimer, pour quelque motif que ce fût. Un autre encore taxait les maîtres d'école à vingt shillings par tète. Pourtant le collège William and Mary, dans la Virginie, est, après celui d'Harvard, le plus ancien établissement de ce genre qui existe en Amérique, sa fondation remontant à 1692. Il reçut 20,000 acres de terre de la munificence du roi et do la reine d'Angleterre, Guillaume et Marie, dont il a gardé les noms, et des revenus furent assignes pour son entretien.
Dans le principe, les colons de la Virginie n'eurent pas le droit de se régir eux-mêmes; l'administration était entre les mains d'un conseil nommé par le roi. Plusieurs des anciennes lois étaient très dures, notamment celles qui concernaient les questions religieuses. En 1610, tout homme qui s'abstenait du service divin, iùt-cc un seul dimanche, devait être privé de la ration
d'une semaine entière. S'il y avait récidive, le coupable perdait le droit aux rations et recevait le fouet ; la troisième fois, il était puni de mort. Plus tard on décréta que, dès la première absence de l'église, Je coupable serait enchaîné par le cou et les pieds pendant toute une nuit, et resterait esclave de la colonie la semaine suivante. Pour la récidive, le temps de l'esclavage était d'un mois, pour la troisième fois d'un an et un jour. Non moins sévères étaient les lois contre le blasphème; toute femme habituellement acariâtre pouvait être plongée à trois reprises dans l'eau froide. Hommes et femmes étaient à l'occasion fouettés publiquement, ou condamnés aux entraves, ou bien encore forcés de se tenir debout à l'église pendant l'office, tantôt couverts d'un drap, des baguettes blanches à la main, tantôt à la porte avec un écriteau sur la poitrine. Il y avait encore des lois défendant aux catholiques romains et aux quakers l'entrée de la colonie, et les contrevenants étaient rigoureusement punis.
Toutes ces abominations étaient alors communes, et un bien petit nombre d'États les répudiaient. L'influence du clergé n'était pas si grande dans la Virginie que dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre, et le caractère des anciens ministres n'y atteignait pas la même hauteur morale. On cite de nombreux exemples de ministres ivrognes et dissolus, appartenant à l'Église d'Angleterre, qui, venus dans la Virginie, scandalisèrent la population par leurs mauvais exemples, leur goût pour le jeu, l'ivrognerie et d'autres vices encore. La société était hospitalière, libre dans ses façons et de mœurs peu sévères. La plupart des riches colons vivaient sur leurs vastes plantations, dont quelques-unes avaient une étendue de mille
BBS