CAROLINE DU NORD ET CAROLINE DU SUD
Ce nom de Caroline fut donné à la région qui le porte aujourd'hui encore, par une petite colonie de protestants français qui, fuyant la persécution religieuse, vinrent s'y établir dès 1562 sous la conduite d'un nommé Jean Ribault. Ils débarquèrent à Port-Royal, où ils élevèrent un fort en béton dont quelques pans de murs subsistent encore, et un monument de pierre portant les Heurs de lys de France. Ce pays s'appela Caroline, en l'honneur de Charles IX, alors roi de France. Mais la colonie périclita comme presque toutes celles qui furent établies au seizième siècle sur le conlinent américain. Les Français qui survécurent à cette entreprise avortée, retournèrent dans leur patrie, et près de cent ans s'écoulèrent avant que de nouveaux colons partissent de la Virginie, de la Nouvelle-Angleterre et des Rarbades. Puis un grand projet de colonisation pour la Caroline fut formé en Angleterre.
Je parle ici à la fois de la Caroline du Nord et de la Caroline du Sud qui ne furent séparées définitivement que longtemps après.
L'an 1663, Charles II, roi d'Angleterre, concéda toute la région appelée Caroline, à huit propriétaires, des seigneurs de sa cour pour la plupart. Riches et influents, ils résolurent de donner à leur gouverne-
ment une forme beaucoup plus aristocratique qu'à aucun de ceux qui existaient alors en Amérique. Sur l'ordre du roi, le plan de ce gouvernement fut rédigé par le philosophe John Locke. On disposa les choses de façon à ne laisser le pouvoir qu'aux mains d'un très petit nombre. Il devait y avoir, comme dans tous les Etats européens, une noblesse régulièrement constiluée; chacun des nobles porterait le titre de comte ou celui de baron; toutes les terres devaient leur appartenir en propre, tandis que la condition du menu peuple serait à peine meilleure que celle des
esclaves.
On voit par là combien ces faiseurs de projets connaissaient peu les aspirations générales vers le self government (gouvernement par soi-même). Le roi Charles et John Locke se figuraient que le plus sûr moyen de faire prospérer une colonie, était de dépouiller le peuple de toute autorité, tandis qu'au contraire l'expérience avait prouvé déjà que le succès de ces établissements résidait surtout dans le morcellement de la propriété et dans une indépendance aussi étendue que possible, pour chaque colon en particulier. Il advint du reste que les grands propriétaires, comtes et barons, qui réclamaient la possession exclusive de la Caroline, restèrent chez eux et que le plan dont le gouvernement attendait de si beaux résultats, ne fut pas mis sérieusement à exé-
culion. . • , fn ,
Cependant les émigranis continuaient a attluer de toutes parts dans la Caroline. Il y avait des Anglais, des Irlandais, des Ecossais, des Hollandais et des Français, ceux-ci huguenots, fuyant la persécution religieuse comme ceux de leurs compatriotes qui avaient, un siècle auparavant, donné leur nom à la
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LES COLONIES DU SUD
'Caroline et planté sur ce sol vierge les fleurs de lis de France. Ces huguenots, disant pour toujours adieu à leur patrie, vinrent chercher la liberté do conscienceà l'ombre du drapeau anglais. Il est regrettable que la liberté individuelle n'ait pas été pratiquée de même dans la colonie. Des esclaves nègres y furent transportés des Barbades en 1665. D'ailleurs, la Caroline fut longtemps prospère. Les plants de riz y furent, dit-on, apportes par hasard avec la cargaison d'un vaisseau venu de Madagascar et qui relâcha dans le port de Charleston. Cette culture se répandit bientôt avec une rapidité prodigieuse, mais il s'écoula encore un laps de temps assez considérable avant l'introduction du coton, qui est devenu depuis l'un des plus importants produits de la Caroline du Sud. Les habitants de cette dernière région contractèrent l'habitude de vivre comme dans la Virginie sur de vastes plantations isolées, tandis que dans la Caroline du Nord, les colons s'écartaient encore davantage les uns des autres, dans les forêts où l'on ne voyait pas de route proprement dite, mais seulement des sentiers à peine indiqués par des entailles faites çà et là sur les arbres. Pour subvenir à leurs besoins, ils coupaient du bois, recueillaient le goudron et la térébenthine, chassaient l'ours et trappaient le castor. Ils étaient aidés dans ces diverses opérations par des esclaves qu'ils avaient amenés avec eux de la Virginie. La Caroline du Nord et la Caroline du Sud différaient donc déjà de mœurs et d'intérêts bien avant d'être séparées en deux colonies distinctes.
Pendant la guerre qui eut lieu entre l'Angleterre et l'Espagne, la Caroline eut maille à partir avec les établissements espagnols de la Floride. Les colons envoyèrent une expédition armée contre Saint-Augustin ;
en guise de représailles, les Espagnols excitèrent les Indiens contre les colons. Les deux Carolines eurent fort à souffrir de la part des Indiens, surtout de la tribu des Tuscaroras, jusqu'au temps où ces sauvages furent vaincus et obligés de se réfugier dans l'État de New -York; là ils s'unirent aux Cinq Nations en 1722.
Pendant les guerres franco-indiennes, les Français partis de la Havane attaquèrent les établissements de la Caroline, qui furent terriblement endommagés par ces divers ennemis. Les colons étaient en outre très mécontents de l'administration des propriétaires anglais, et ils se révoltèrent à la fin, emprisonnant le secrétaire de la province et bannissant le gouverneur. Plus tard, ils adressèrent au roi d'Angleterre une pétition, le priant de vouloir bien indemniser les propriétaires et faire de tout le pays deux provinces royales. Ceci fut accompli en 1729. La Caroline du Nord et la Caroline du Sud demeurèrent à tout jamais séparées. Chacune de ces provinces eut un gouvernement royal et une assemblée élue par le peuple. Avec le temps, ces gouverneurs royaux devinrent aussi impopulaires que l'avaient été leurs prédécesseurs. Il en résulta que le désir de se gouverner tout seul ne fit que grandir parmi le peuple carolinien, jusqu'au jour où éclata la Révolution américaine.