LA GÉORGIE
La colonie de la Géorgie fut fondée par un homme éminent, le général James Oglcthorpe. Très jeune encore il fut nommé officier dans l'armée anglaise où son courage, ses belles manières et sa bonne mine prévinrent tout le monde en sa faveur. Il servit quelque
temps, en qualité de volontaire, dans l'armée du prince Eugène de Savoie qui combattait alors contre les Turcs. Après s'être distingué au siège de Belgrade Oglelhorpe revint dans sa patrie où il fut élu membre du Parlement. Dans cette baute situation, il s'intéressa particulièrement aux pauvres débiteurs qui étaient alors cruellement traités en Angleterre. Ceci le conduisit à tracer le projet d'une colonie qui serait ouverte à tous les persécutés. Dans ce but, il demanda des terres au roi Georges II qui lui concéda l'espace situé entre la Caroline et la Floride. C'était un vaste territoire, puisqu'on supposait qu'il devait s'étendre jusqu'à l'océan Pacifique, mais comme il était réclamé à la fois par les Anglais et par les Espagnols, quelques doutes existaient sur la légitimité du titre de possession; ces doutes engendrèrent par la suite de graves discussions. Cependant Ogletborpe organisa la colonie destinée à peupler les nouveaux domaines en 1733, et partit lui-même en qualité de gouverneur. La colonie fut nommée Géorgie en l'honneur de George II qui avait désigné la terre confiée ainsi à Ogletborpe et à ses associés « comme le bien des pauvres. »
Le sceau de la colonie représentait un groupe de vers à soie avec une devise latine signifiant : « Non pas pour eux, mais pour les autres. »
Ogletborpe, arrivé sur cette terre lointaine, planta sa tente sous quatre grands pins, à l'endroit où s'élève maintenant la ville de Savannah. Pendant une année, ce fut là son unique demeure. La terre lui appartenait en vertu d'un titre royal, mais il trouva juste néanmoins de la payer aux Indiens de cette région, ce qui lui valut l'amitié des indigènes. Les chefs' de tribus lui offrirent une peau de buffle au dedans de
laquelle étaient peintes la tête et les plumes d'un aigle, en disant : « Les plumes de l'aigle sont douces et signifient amour. La peau bien chaude est le symbole de protection. Aimez donc et protégez nos petites familles. »
Oglethorpe agréa cette humble requête et ne se départit jamais des meilleurs sentiments à l'égard des Indiens. Il fut non seulement l'ami des Indiens, mais encore celui des nègres. Bien que l'esclavage existât chez ses voisins de la Caroline du Sud, il ne souffrit jamais qu'on l'introduisît en Géorgie, déclarant que si les esclaves entraient dans la colonie, il n'aurait plus rien de commun avec elle. Oglethorpe interdit également l'importation du rhum, et cette proscription dura jusqu'à son départ de l'Amérique.
Un grand nombre de colons de la Géorgie appartenaient à la secte chrétienne, dite des Moraves, persécutée en Autriche. De célèbres prédicateurs anglais vinrent visiter ce peuple : John et Charles Wesley, fondateurs de l'Église méthodiste; George Whitefield, qui créa un orphelinat à Savannah. Mais sur certains points Whitefield était moins conséquent avec luimême qu'Oglethorpe, car il se montra partisan de l'esclavage, et son influence contribua puissamment à l'introduire en Géorgie après le départ du vertueux fondateur.
D'autre part, les Wesley appelaient l'esclavage « le résumé de toutes les abominations. »
Plus tard, lors de la guerre entre l'Espagne et l'Angleterre, la Géorgie, comme la Caroline, eut à combattre contre les Espagnols de la Floride. Oglethorpe fut le commandant général de toutes les forces coloniales représentées par un millier de soldats européens
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LES COLONIES DU SUD
et quelques Indiens. Il fit une attaque sur Saint-Augustin en 1740, échoua dans cette tentative et eut ensuite à défendre sa propre colonie contre les Espagnols. Ces derniers vinrent au nombre de trois mille hommes et débarquèrent à l'île Saint-Simon, où ils essuyèrent en dernier lieu une défaite totale. Bientôt après, Oglethorpe retourna en Angleterre. Les autres administrateurs qui avaient été nommés par le roi étaient, sous beaucoup de rapports, impopulaires; quelques-uns de leurs règlements semblaient des plus vexatoires, par exemple celui qui limitait l'étendue des fermes, et celui qui interdisait à la femme d'hériter d'une terre. A la fin, tant de plaintes se produisirent que les colons renoncèrent à leur charte; la Géorgie devint donc une province royale. Le roi nommait la plupart des fonctionnaires, bien qu'il y eût assemblée du peuple. Le général Oglethorpe ne revint jamais en Amérique, mais il ne cessa pas pour cela d'en être l'ami fidèle. Il vécut jusqu'à un âge très avancé, et conservait, à près de quatre-vingtdix ans, l'éloquence, la politesse, la bonne grâce qui l'avaient toujours caractérisé. C'est l'un des caractères les plus nobles qui aient été mêlés à l'histoire d'Amérique.
Outre la colonie morave, il y eut en Géorgie une colonie de Highlanders écossais dont Oglethorpe avait conquis tout d'abord l'affection en se présentant à eux revêtu de leur costume national. Ces Highlanders, de même que les Moraves, donnaient des soins attentifs à l'éducation de leurs enfants, chose fort négligée dans le reste de la colonie. Les habitants, aidés de leurs esclaves, défrichaient les forêts et s'adonnaient à la culture du sol. De grands sacrifices furent faits par le gouverneur anglais pour encourager les manu-
factures de soie qui demeurèrent florissantes pendant quelque temps. On expédia d'Angleterre des gens habiles dans l'art d'élever les vers à soie et de dévider leur précieux produit; cette industrie persista en Géorgie jusqu'à l'époque de la Révolution américaine. Le général Oglethorpe apporta en Angleterre les premiers échantillons de la soie coloniale, et la reine s'en fit faire une robe. Cependant la Géorgie n'eut jamais une population bien nombreuse ; elle était la plus jeune et la plus faible des colonies lorsqu'éclata la guerre qui les sépara toutes de la mère patrie et les réunit en une grande nation.