‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 35 sur 96 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

tiUERRES CONTRE LES INDIENS

Lorsque les Pèlerins eurent débarqué sur le rocher de Plymouth, ils aperçurent quelques Indiens qui prirent la fuite à leur approche. Mais au printemps suivant un de ces indigènes s'avança hardiment vers eux en leur disant :

« Anglais, soyez les bienvenus. »

Cela les surprit extrêmement, car ils ne pouvaient concevoir comment ce sauvage parlait la langue anglaise. On découvrit qu'il se nommait Samoset, qu'il habitait plus loin à l'est le long de la côte et qu'il avait fréquenté des pêcheurs anglais. Un certain nombre d'Indiens connaissaient les Européens de cette façon, mais comme ils avaient été plus d'une fois mal-

traites, ils ne se montraient pas aussi confiants que Samoset.

Celui-ci demeura une nuit parmi ies colons, et lorsqu'il se sépara d'eux, ils lui firent cadeau d'un couteau, d'un bracelet et d'une bague. De son côté il promit de revenir bientôt et d'amener d'autres Indiens qui leur vendraient des peaux de castor. En effet, il mil les Anglais en rapport peu de temps après avec Massasoit qui était l'un des chefs les plus puissants de celte région. Massasoit conclut avec les Anglais au nom de sa tribu, un traité qui dura plus de cinquante ans. Il était le sachem des Wampanoags, tribu qui avait été très importante, bien qu'elle fût depuis peu réduite par la maladie ; son alliance rendit de grands services aux Pèlerins.

Ces derniers envoyèrent une députation à la case de Massasoit pour lui rendre visite. Les messagers apportaient un habit de cavalier en étoffe de coton pour le roi, des colliers et des couteaux pour ses chefs ; Massasoit s'affubla de son vêtement rouge et les reçut amicalement.

Une autre fois les colons, croyant qu'un Indien de leurs alliés nommé Squanto avait été tué parlesNarragansetts, envoyèrent à travers la forêt une petite troupe de dix hommes qui cernèrent la hutte du chef de la tribu soupçonnée et obligèrent celui-ci, bien qu'il eût sous ses ordres cinq mille guerriers, à relâcher Squanto sain et sauf. Les Indiens ignoraient encore l'usage des armes à feu et leurs flèches ne pouvaient lutter avec avantage contre les fusils des Européens. Plus tard, le chef des Narragansc Us fit porter au gouverneur Bradford un paquet de flèches enveloppées dans la peau d'un serpent à sonnettes. Le gouverneur bourra la même peau de poudre et de balles, puis la renvoya aux Indiens

qui n'osèrent la garder et cessèrent leurs menaces. Du reste, les Pèlerins traitaient les Indiens équitablement en toutes choses. Quand ils se décidèrent à les attaquer, ce fut pour défendre une autre colonie qui malheureusement n'avait pas montré le même esprit de justice. Dans cette guerre où commandait le capitaine Miles Standish, plusieurs Indiens furent tués; cet événement causa une grande douleur au vénérable M. Rohinson, le pasteur que la congrégation des Pèlerins avait laissé derrière elleàLeyde. «J'aurais désiré, dit-il, que vous en (Missiez converti quelques-uns avant d'en tuer un seul. »

Dans la colonie de Plymouth et du Massachusetts, il avait été établi comme règle invariable de ne rien prendre aux Indiens sans payer. L'année qui suivit celLe de la fondation du Massachusetts (1631), le tribunal rendit le décret suivant : « Il est ordonné à Josias Plastowe, qui a dérobé quatre paniers de blé aux Indiens, d'avoir à leur en restituer huit autres en échange; il sera de plus condamné à une amende de cinq livres et ne portera plus à l'avenir que le nom de Josias tout court, sans la désignation de monsieur comme auparavant. » On voit par là combien les colons s'efforçaient de faire prévaloir l'équité, bien qu'il soit très vraisemblable qu'ils aient dû avoir souvent l'occasion d'infliger de semblables châtiments. D'immenses étendues de territoire furent plus d'une fois acquises moyennant une couverture ou un couteau, et bien qu'un tel marché puisse nous paraître aujourd'hui assez déloyal, nous devons considérer que la couverture ou le couteau avaient souvent plus de prix aux yeux d'un Indien, qu'une douzaine de milles de forêts, d'autant qu'ils avaient devant eux l'espace illimité du continent. Go fut seulement lorsque s'accrut

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le nombre des colons que le terrain commença à acquérir quelque peu de cette valeur qu'il possède aujourd'hui.

Les premiers colons du Connecticut eurent affaire à des tribus plus féroces que celles avec lesquelles les Pèlerins étaient entrés en relation. Dès l'ori°-ine ils engagèrent contre les Pequots une guerre à laquelle vinrent se mêler tous les colons de la Nouvelle-Angleterre.

La lutte eut sans doute pris des proportions très graves sans l'intervention de Roger Williams, qui usa de son influence sur la tribu des Narragansetts pour lui conseiller la neutralité. Les Indiens s'étaient réunis en conseil, et Roger Williams, dans le but de sauver ces mêmes hommes qui l'avaient banni du Massachusetts, fit en canot un long trajet par un orage effroyable. Qu'on juge dé la rage des Pequots contre Williams, quand, après quatre jours de délai, les Narragansetts refusèrent leur concours! Ils ne cessèrent pas de harceler les colons du Connecticut, et à la fin (1637) une expédition fut organisée contre eux.

Quatre-vingt-dix hommes blancs et plusieurs centaines d'Jndiens alliés s'avancèrent sous le commandement du capitaine John Mason. Leur objectif était le principal fort des Pequots, situé à l'endroit où s'élève maintenant la ville de Stonington. Ce fort couvrait un espace de plus d'un acre, environné de troncs d'arbres de douze pieds de haut solidement enfoncés dans le soi et serrés les uns contre les autres. En dedans de cette formidable palissade se trouvaient soixante-dix wigwams couverts de nattes et de chaume et formant deux ruelles. Il y avait deux entrées : le capitaine Mason se posta devant l'une et plaça devant

l'autre son lieutenant le capitaine Underhill. Ils s'étaient partagé les troupes blanches, tandis que les Indiens alliés se tenaient rangés en bataille à l'extérieur. Tandis qu'ils prenaient leurs positions, un chien aboya et l'on entendit crier : Owamix! Owanur! (Anglais! Anglais!) Aussitôt l'attaque commença. Les toits des huttes indiennes furent incendiés et la plus grande partie des Indiens périt. Les blancs ne perdirent que deux hommes, mais ils eurent un grand nombre de. blessés. Ce fut le premier grand coup porté aux indigènes par les blancs, et pendant les quarante années qui suivirent, la paix ne fut que rarement troublée entre les deux races qui se partageaient le sol de la Nouvelle-Angleterre.

Il est consolant de penser qu'au plus fort de la lulte, il se trouvait parmi les puritains des hommes de bien qui essayaient de s'attacher les Indiens et d'assurer la paix par des moyens plus doux. Un pasteur éminent entre tous ceux du Massachusetts, le révèrent John Eliot, ou, comme on l'appelait, « l'Apôtre Eliot », poussa le dévouement au point d'apprendre la langue des sauvages afin de faire pour eux une traduction de la Bible. Cette traduction fut imprimée à Cambridge et une partie de la composition typographique exécutée par un ouvrier indien. Eliot peupla une ville, Natick (Massachusetts), d'Indiens qui avaient embrassé le christianisme.

D'autres hommes de bien comme Mayhews, Cotton, Brainerd, etc., l'imitèrent, et on vit s'élever jusqu'à trente églises d'hulii'iis priants (on leur donnait ce nom), sous la direction de prédicateurs indigènes. Des églises semblables avaient été établies au Canada par les missionnaires français, appartenant à la religion catholique. Un jour, lors de la plus violente

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hostilité entre les colons anglais cl français un missionnaire jésuite nommé Dreuillettes vint en qualité d'ambassadeur dans la colonie du Massachusetts pour tâcher de former une ligue avec les colons anglais contre les Mohawks. A celte époque, il était interdit à tout jésuite, sous peine de mort, dé pénétrer dans la colonie de Massachusetts. Néanmoins, ce brave missionnaire fut cordialement reçu par Eliot qui l'invita même à. passer l'hiver avec lui. Il y eut dans ce temps-là tant de querelles entre Français et Anglais, catholiques et protestants, que l'on signale volontiers quelques rares exemples de bonne harmonie et de tolérance mutuelle.

La plus terrible des guerres indiennes éclata en 1675; elle est connue sous le nom de « guerre du roi Philip ». Le roi Philip était fils de Massasoit, ce fidèle ami des blancs, et régnait sur les Wampauoags. Sa principale résidence était à Mount-Hope, presque en face du lieu qu'on appelle aujourd'hui Fall-River (Massachusetts). Cette presqu'île avait été expressément réservée à sa tribu, quand le reste des terres fut vendu aux Européens. Philip était aussi brave qu'intelligent. Voyant que les établissements des blancs ne faisaient que s'accroître, tandis que les Indiens étaient de jour en jour réduits à un plus étroit espace, il résolut de réunir dans un suprême effort toutes les tribus indigènes et d'expulser les Anglais du territoire. Il alla donc de tribu en tribu sur le chemin du Maine au Connecticut, et presque toutes entrèrent dans la ligue, même celle des fidèles Xarragansetts dont le chef, Miantonomi, avait été tué par la trahison de quelques blancs. Philip avait si bien pris ses mesures que dans l'espace de trois semaines la guerre s'alluma sur une étendue de deux cents milles.

Elle fut particulièrement désastreuse pour le Massachusetts occidental dont les villes furent brûlées les unes après les autres. La tradition rapporte que dans le village de Hadley, attaqué par les Indiens, les colons se montrant indécis sur le choix d'un chef, on vit apparaître soudain dans les rues, un inconnu d'aspect vénérable. Il prit le commandement, donna des ordres et après avoir puissamment contribué à la défaite dos Indiens, disparut aussi subitement qu'il était venu. On supposa par la suite quece mystérieux personnage n'était autre que William Goffe, ancien général de l'armée de Gromwell, qui avait été obligé de fuir d'Angleterre comme régicide, pour avoir siégé parmi les juges qui condamnaient à mort Charles I" r . Goffe et son compagnon Whalley vécurent longtemps cachés dans les forêts et les cavernes du Gonnecticut. Son apparition presque fantastique est relatée dans un ouvrage du célèbre romancier américain Hawthorne, intitulé The Gray Champion (le Champion gris). L'auteur a seulement changé le temps et le lieu de cet événement.

Pour rompre la puissance de la ligue indienne, on envoya contre les Narragansetts, dans Rhode-Island, une armée de mille hommes commandée par le capitaine Winslow. Les colons marchèrent au cœur de l'hiver contre la bourgade principale des Narragansetls ; elle était située au milieu d'un marais et entourée de palissades. Après un combat de deux heures, les assiégeants s'emparèrent du fort et presque toute la tribu fut exterminée. Cependant Philip continuait à tenir la campagne; on dit qu'il tua l'un de ses guerriers qui proposait de conclure la paix. En 1676, un fort détachement de puritains, commandés par le capitaine Ghurch, marcha contre lui. Sa femme

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