‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 36 sur 96 · H RI · texte numérisé non relu

H RI

GUERRES CONTRE LES INDIENS

et son fils furent faits prisonniers. « Mon cœur so brise, s'écria le roi Philip à cette nouvelle, et mainto nant je suis prêt à mourir ! »

L'enfant avait neuf ans et il était le dernier de la race de Massasoit : les puritains, qui devaient tant à l'aïeul, vendirent le petit-fils comme esclave aux Bermudes. Peu de temps après, le roi Philip, traqué de toutes parts, fut tué dans un combat. Ainsi finit cette guerre qui avait duré près de deux ans et qui coûta la vie à six cents hommes. Douze ou treize villes avaient été totalement détruites. On évalue à une famille sur onze les victimes des incendies, et à un onzième aussi les pertes éprouvées par les soldats coloniaux.

Tandis que les guerres contre les Indiens, avaient lieu dans la Nouvelle-Angleterre, d'autres colonies étaient en proie à de semblables calamités. Les Hollandais de New-Amsterdam se livraient à des cruautés horribles envers les Indiens qui, à leur tour, usaient de représailles. Dans la Virginie, les Indiens attaquaient les villages écartés; or, le gouvernement anglais interdisait aux colons d'avoir des armes pour leur défense personnelle. Cette défense engendra la rébellion. Un citoyen courageux, Nathaniel Bacon, se procura un approvisionnement d'armes et organisa de son chef une force militaire capable de résister aux agresseurs. Le gouverneur Berkeley essaya de le renverser. Bacon se vengea en prenant la ville de Jameslown qu'il livra aux flammes en commençant par sa propre maison. La ville fut si complètement détruite qu'à peine en trouve-t-on vestige aujourd'hui.

Bacon mourut bientôt après, mais à partir de celte époque la paix subsista pendant plusieurs années entre les Indiens et les colons de la Yirgini'e. La

colonie qui eut le moins à souffrir des incursions indiennes fut la Pennsylvanie, grâce principalement à la conduite sage et droite du fondateur William Penn. L'année mémo de son arrivée, en 1682, Penn conclut un traité avec les Dclawares et autres tribus. Debout sous un grand orme, à Schakamaxon, sur la limite septentrionale de Philadelphie, il déclara solennellement aux Indiens de quelle façon il entendait les traiter. « Je ne vous appellerai, leur dit-il, ni mes enfants ni mes frères, car il arrive parfois que les parents châtient trop sévèrement leurs enfants, et que les frères se disputent entre eux. Je ne comparerai pas non plus l'amitié qui doit exister entre nous à une chaîne, car la pluie peut rouiller une chaîne ou la chute d'un arbre peut la rompre; mais je vous dirai que chacun de nous représente la moitié d'un même corps humain, que nous sommes une même chair et un même sang. »

Les Indiens répondirent : «Nous vivrons en bonne amitié avec William Penn et ses enfants aussi longtemps que dureront le soleil et la lune. »

Ils ne manquèrent jamais à ce traité. La Pennsylvanie fut, dit-on, la seule colonie où le témoignage d'un Indien était reçu en justice, contre celui d'un blanc, et les Indiens se montrèrent dignes de cette juste condescendance.

Dans le New-Jersey, la Société des Amis ou quakers tint à l'égard des Indiens une conduite aussi généreuse et aussi équitable : aussi n'eut-elle jamais à se plaindre d'eux : « Vous êtes nos frères, leur dit le sachem, et nous serons toujours des frères pour vous. Nous marcherons, vous et nous, côte à côte, dans un large sentier. Si un Anglais vient par hasard à s'y endormir, l'Indien qui passera auprès de lui

dira : « C'est un Anglais, il dort, laissons-le en paix. »

Chi a maintes fois répété que jamais une goutte de sang quaker ne fut versée par un Indien. Quoique cela ne soit pas rigoureusement vrai, il est néanmoins certain que la Pennsylvanie et le New-Jersey eurent beaucoup moins à souffrir de la part des sauvages que le reste des colonies. Sans doute la politique humanitaire de William Penn y fut pour beaucoup, mais il faut dire aussi que les Indiens sur le territoire desquels s'établirent les colons quakers formaient une tribu humble et pacifique (celle des Delawarcs), qui avait été subjuguée par les Iroquois.

Il n'est pas prouvé que la paix eût été aussi aisément maintenue avec les féroces tribus qui habitaient alors la Nouvelle-Angleterre et New-York. Néanmoins le traité conclu entre Penn et les Indiens est resté célèbre ; l'orme gigantesque sous lequel ce traité fut passé était tellement vénéré que près d'un siècle après, au temps de la guerre de l'Indépendance, un général de l'armée anglaise le fit garder par une sentinelle, afin de le protéger contre ses propres soldats qui coupaient tous les arbres d'alentour pour alimenter leurs feux de bivouac. Cet arbre demeura longtemps debout, et le vent ne l'a renversé qu'il y a peu d'années.

Les successeurs de William Penn ne suivirent pas toujours sa généreuse politique à l'égard des Indiens. On peut citer comme exemple ce mode connu d'acquérir la propriété territoriale appelé « l'acquisition ambulatoire ». Les colons avaient obtenu des Indiens un acte qui leur accordait tout le terrain qu'un homme pouvait parcourir en un jour et demi, dans une direction déterminée. Il est clair que. l'on entendait par là

une marche au pas ordinaire et pouvant être exécutée par le premier venu. Au lieu de cela, les colons aplanissaient le chemin désigné, puis, choisissant les marcheurs les plus lestes qu'il y eût parmi eux, ils les dressaient à la course. On arrivait par ce moyen déloyal à englober des étendues de terrain considérables dont les Indiens se trouvaient expulsés. Les Delawares réclamèrent. Alors les Anglais eurent recours, pour s'en débarrasser, aux Iroquois, bien plus puissants et qui déjà autrefois les avaient subjugués. La violence eut de nouveau raison du droit.

De pareils actes n'auraient assurément point reçu l'approbation de William Pcnn. Cependant, je le répète, les habitants de la Pennsylvanie furent toujours beaucoup plus ménagés par les Indiens que ceux de presque toutes les autres colonies, jusqu'à cette terrible période de la guerre franco-indienne qu'il mo reste à raconter.

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