LES MOUND-BUILDEKS, OU CONSTRUCTEURS DE DIGUES
Après la mort du dernier mammouth, il s'écoula très probablement bien des siècles avant que les Moiind-Builders vinssent occuper à leur tour le sol où avaient vécu ces animaux. Les Mound-Builders, autrement dits constructeurs de digues, appartenaient à une race d'hommes qui n'avaient certainement jamais vu le mammouth, car autrement ils l'auraient peint ou sculpté comme ils l'ont fait pour certains oiseaux et d'autres animaux leurs contemporains. On peut regretter cependant qu'ils n'aient pas joint à ces dessins primitifs leur propre image distinctement reproduite, puisqu'il en résulte pour nous une ignorance totale de leur figure. De plus, comme ils n'ont rien écrit nous ne pouvons nous faire la moindre idée de leur langue. Les seuls documents qui nous restent
LES MOUND-BUILDERS.
sont les étonnants ouvrages si industrieusement el si habilement accomplis qu'ils ont laissés après eux et surtout ces énormes digues de terre qui leur ont valu le nom de Mound-Build&rs.
L'une des plus remarquables de ces digues se voit encore dans le comté d'Adams (Ohio). Elle offre l'image d'un immense serpent d'une longueur de mille pieds d'une épaisseur de cinq, se déroulant le long d'un escarpement qui domine un cours d'eau. On poul suivie exactement les contours sinueux du serpent terminé par une queue triplement repliée sur elle-même. Dans sa gueule ouverte, le reptile semble tenir quelque chose qui a la forme d'un œuf, et cet ouvrage en terre, de forme ovoïde, est long de cent soixante pieds. Ceci indique assez sur quelle vaste échelle les digues étaient construites. Tantôt elles figuraient des animaux, tantôt des hommes. Dans certains endroits, il y a des fortifications qui entourent souvent un ou deux acres de terrain, parfois même jusqu'à quatre cents acres. Quelques remblais ont de quatorze à seize milles d'étendue.
Dans d'autres lieux, on trouve une grande quantité de petites buttes alignées de distance en distance et couvrant ainsi une longueur de plusieurs milles. On suppose qu'elles ont dû servir à envoyer des signaux d'un point à l'autre. Ailleurs les' buttes sont isolées. Quelques-unes ont soixante, d'autres quatre-vingt-dix pieds d'élévation; des marches taillées dans la terre sur l'un des flancs conduisent au sommet, lequel offre une surface plane variant d'un à cinq acres d'étendue. Toutes ces digues sont éparpillées dans la vallée du Mississipi et le long d'un grand nombre des affluents de ce fleuve. Il y en a plusieurs milliers, tant grandes que petites, dans le
seul Élat d'Ohio. Elles ne sont pas exclusivement construites en terre ; la brique et la pierre y figurent çà et là, Lien que la terre soit toujours la matière dominante. Dans quelques-unes on trouve des chambres et des débris de morceaux de bois; il n'est pas rare non plus de rencontrer à leur sommet du bois carbonisé, comme si des feux y avaient été allumés. Ce dernier fait est très important, puisqu'il nous aide à comprendre le but dans lequel les plus hautes levées ont été construites. Dans l'Amérique centrale, en effet, il existe des ouvrages analogues, sauf cependant que ceux-ci portent au sommet quelques vestiges de temples et de palais en pierre. Il est donc permis de supposer que les hautes digues de la vallée du Mississipi furent établies en vue d'un culte religieux. Quoique leurs sommets soient désormais complètement dénudés, les débris de bois calciné pourraient bien marquer la trace du feu des sacrifices, ou bien encore celle du temple construit en bois'et consumé depuis longtemps par l'incendie.
H est certain que les Mound-Builders atteignirent sous plus d'un rapport à une civilisation relativement avancée. Tous les ouvrages de terre attestent une certaine science géométrique. Leur forme varie beaucoup : elle affecte le carré, le cercle, l'octogone, 1 ellipse, et quelquefois toutes ces figures se combinent dans une série de travaux; mais le cercle est toujours un vrai cercle et le carré un carré parfait ; de plus, il y a nombre de carrés qui mesurent exactement 1080 pieds sur chaque côté, ce qui prouve que les Mound- Builders eurent des notions d'arpentage bien définies On a trouvé à l'intérieur de ces monuments primitifs une quantité d'ustensiles et d'ornements en cuivre, en argent et en pierres précieuses. Ce sont des ha-
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ches, des outils propres à la ciselure, des couteaux des bracelets, des colliers. On y a également trouvé des morceaux de fi], des lambeaux d'étoffe, ainsi que des poteries gracieusement enjolivées. Les Mound- Builders s'entendaient à modeler avec l'argile une variété d'objets tels que des oiseaux, des quadrupèdes, des figures humaines. Ils étaient même agriculteurs, bien qu'ils n'eussent pour les aider aucun animal domestique. Ils ne possédaient ni chevaux, ni bœufs, ni chariots, de sorte que l'énorme quantité de terre employée à construire leurs digues a dû être transportée dans des paniers ou dans des peaux de bêtes. Ceci montre que la population était très nombreuse ; autrement ils n'auraient jamais entrepris une telle besogne. Ils exploitaient près du lac Supérieur des mines de cuivre qu'aujourd'hui encore on peut voir désertes et abandonnées. Dans l'une d'elles se trouve un bloc de minerai du poids d'environ six tonnes, soulevé en partie par la base et supporté par des poutres presque entièrement pourries à présent. Il devait sans doute être hissé jusqu'à l'entrée de la mine, à trente pieds au-dessus de cet endroit; les instruments de pierre et de cuivre des mineurs ont été trouvés épars sur le sol alentour, comme si le travail venait d'être suspendu à l'instant même.
A quelle époque vécut celte race de Mound-Builders? Aucune tradition bien distincte ne l'indique, mais il existe une preuve de leur haute antiquité. A l'oriiiee de cette même mine, dont nous venons de parler, des arbres quatre fois séculaires, ou peu s'en faut, sortent de la terre qui a été rejetée en creusant les puits. Il va sans dire que la mine est plus ancienne que les arbres.
Sur une digue à Marietta (Ohio) se dressent des arbres âgés de huit cents ans. Évidemment les digues doivent être aus«i anciennes pour le moins, peutêtre beaucoup plus anciennes encore, mais personne ne saurait dire de combien. Selon toute probabilité, cette race mystérieuse construisit ses gigantesques ouvrages il y a plus de mille ans. On se demandera assez naturellement si les Mound-Builders ne furent pas les ancêtres des Indiens d'Amérique. Mais non, il no paraît y avoir rien de commun entre eux, les deux races diffèrent essentiellement quant aux mœurs. La plus grande partie des tribus indiennes, en effet, ne montrent m la science ni l'industrie qu'a dû exiger l'exécution de tels ouvrages. Les seules tribus indigènes qui possèdent en propre une certaine civilisation sont les Indiens Pueblo (Indiens de village) dans le Nouveau-Mexique. Ces tribus habitent des bâtiments de pierre très vastes qui peuvent parfois contenir jusqu'à cinq mille personnes. Les édifices en question, assis d'ordinaire sur le sommet des collines, ont des murailles si hautes qu'on n'y peut atteindre qu'au moyen d'une échelle. Les Indiens Pueblo s'habillent proprement, vivent en famille, s'adonnent à des arts variés et diffèrent tout à fait des tribus nomades qui errent dans les régions plus septentrionales. Toutefois, le genre d'architecture des fndiens Pueblo eux-mêmes n'a nul rapport avec ce que nous connaissons de celui des Mound- Builders, car les Mound-Builders ne paraissent pas avoir jamais érigé de bâtiments de pierre, pas plus que les Indiens Pueblo ne construisent des digues géantes. Peut-être ce singulier peuple restera-t-il toujours à l'état de problème. Est-il venu d'Asie? Descend-il d'Asiatiques accidentellement échoués sur les
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eûtes d'Amérique? Qui peut le dire? On ne cite pas moins de quinze -vaisseaux japonais emportés dans les cent dernières années par la tempête à travers l'océan Pacifique et qui sont venus faire naufrage sur le littoral de l'Amérique du Nord. De semblables accidents ont pu se produire aussi Lien il y a mille ans qu'il y a cent ans. Il est certain que quelques-uns des constructeurs de digues avaient parcouru la mer dans leurs voyages, car on remarque sur plusieurs de leurs tuyaux ornementés la ligure du phoque et celle du inanati ou vache marine, animaux qu'ils n'ont pu connaître qu'en voyageant très loin du côté de l'est ou de l'ouest, à moins qu'ils n'aient descendu le Mississipi jusqu'à son embouchure. Mais nous ne savons ni d'où ils venaient ni où ils allèrent. On n'a trouvé qu'un très petit nombre d'ossements humains dans les digues et encore ceux qu'on a découverts étaient-ils presque en poussière. Nous savons seulement que les Mouiul- Builders sont venus, qu'ils ont construit des ouvrages extraordinaires, cl qu'ils ont ensuite fait placo à une autre race dont l'origine est pour nous presque aussi obscure.