‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 41 sur 96 · CONCOHD, LEXINGTON ET BUNKER-HILL · texte numérisé non relu

CONCOHD, LEXINGTON ET BUNKER-HILL

derrière un arbre. A chaque pas, les Anglais tombaient comme grêle tués ou blessés. A la lin, ils prirent la fuite. Ce fat alors une grande confusion; leurs munitions étaient presque épuisées, et ils eussent été forcés de capituler, sans lord Percy qui vint à leur rencontre avec des renforts et forma ses troupes en bataillon carré à Lexington. Les fuyards, accablés de fatigue, se réfugièrent dans ce carré. « Ils se jetaient à terre pour se reposer, dit un historien anglais, la langue pendante comme l'ont les chiens au retour de la chasse ! »

Lord Percy avait alors avec lui dix-huit cents hommes et il put achever sa route moins précipitamment; mais il n'en fut pas moins harcelé jusqu'à Boston par la multitude toujours croissante des combattants, et réduit à essuyer une continuelle fusillade.

Les troupes furent heureuses, au coucher du soleil, de s'abriter derrière les canons des vaisseaux de guerre. Tant en tués qu'en blessés, les Anglais éprouvèrent une perte trois fois plus considérable que celle des Américains.

L'événement eut un grand retentissement, aussi bien dans les colonies qu'en Angleterre, où l'on s'étonna que les officiers d'une année régulière eussent pu fuir devant des milices provinciales. Les cultivateurs américains que l'on avait crus trop poltrons pour se mesurer avec eux avaient eu raison cependant des soldats ! On se répéta ces étranges nouvelles, en ajoutant que lord Percy employait toute son activité à fuir.

Ce reproche des Anglais était injuste, car lord Percy pouvait passer sous tous les rapports pour un brave officier; mais il mérite d'être enregistré cependant, parce qu'il montre quel était le sentiment public en Angleterre. A dater de ce jour commença réellement la Révolution. Samuel Adams, entendant les coups

de fusil à Lcxington, s'écria : « Oh ! la glorieuse matinée que celle-ci! » car il pressentait que la lutte devait finir pour les colonies par le triomphe de leur liberté. Le président Jefferson a dit plus tard : « Avant le 19 avril 1775, je n'avais jamais entendu demander, même à voix basse, la séparation d'avec la Grande-Bretagne. » Le Comité de sûreté du Massachusetts fit parvenir des adresses aux différentes villes et aux autres colonies de la Nouvelle-Angleterre, leur demandant d'envoyer des troupes dans le voisinage de Boston. En peu de temps quinze mille hommes furent sur pied sous différents chefs indépendants. Le général Ward commandait les hommes du Massachusetts; le général Stark, ceux du New-Hampshire ; le général Green, ceux de Bhode-Island ; les généraux Spencer et Putnam, ceux du Gonnecticut.

Cette armée manquait tout à fait de discipline n'avait qu'un petit nombre de canons et était bien dépourvue de munitions. Les soldats allaient et venaient à leur gré; ils composaient néanmoins une force suffisante pour tenir enfermée dans Boston une armée anglaise de cinq mille hommes. Comme le général Gage avait expulsé de la ville la plupart des familles du parti patriote, il n'existait d'ailleurs que peu de relations entre ceux du dedans et ceux du dehors.

Deux rangées de collines dominent Boston de deux côtés : les hauteurs de Dorchester au sud, Bunker-Hill et' Breed's-Hill au nord-ouest. Il importait aux deux partis de se rendre maîtres de ces points stratégiques; aussi dès que les Américains apprirent que le général Gage projetait d'étendre ses lignes en y englobant Bunker- Hill, ils détachèrent mille hommes pendant la nuit sous la conduite du colonel Prescott pour établir des terrassements propres à protéger cette position. Les hommes

envoyés ainsi étaient presque tous des cultivateurs, n'avaient point d'uniformes et portaient des fusils de chasse. Ils se rangèrent en bataille à Cambridge et, après la prière prononcée par le directeur d'Harvard- Coilege, se mirent en marche à neuf heures du soir, le 16 juin 1775. Ils s'avancèrent avec tant de précaution que nul ne les entendit; les horloges de Boston sonnèrent minuit avant qu'on eût retourné une motte de terre. On se décida enfin à fortifier Breed's-Hill comme plus rapproché de Boston que Bunker-Hill. En travaillant, les Américains pouvaient entendre les sentinelles des bâtiments de guerre crier : « Tout va bien. » Au petit jour, les terrassements nouvellement élevés furent aperçus des vaisseaux de guerre qui commencèrent à tirer, ainsi qu'une batterie de Boston. Mais les Américains n'en poursuivirent pas moins l'achèvement de leurs fortifications. Le général Gage aperçut avec une longue-vue le colonel Prescott dirigeant ses travailleurs :

« Croyez-vous qu'ils combattront? demanda-t-il à ceux qui l'entouraient.

— Jusqu'à la dernière goutte de leur sang! » répondit un Américain loyaliste ' qui se trouvait là.

Le général anglais résolut de ne pas perdre une minute et d'attaquer les ouvrages le jour même.

Le 17 juin, la chaleur était excessive. Trois mille soldats anglais furent dirigés par bateaux sur Gharlestown. Prescott rangea de son mieux ses hommes derrière les terrassements à demi formés, et pour ne pas être pris en flanc, il plaça un détachement à une barrière du côté de Bunkcr-Hill. Cette barrière fut

1. On nommait loyalistes ceux qui restaient dévoués à la cause du roi.

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