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CHAPITRE XIX

La bataille de Bunker- Hill fut d'une grande importance pour les colonies. D'abord, elle trancha la question pour ce qm était de la guerre, dont bien des gens s obstinaient encore à ne pas admettre la possibil te. En second lieu, elle prouva que les soldats américains, malgré leur inexpérience étaient capables de résister à des troupes régulières. On raconte que lorsque Washington en reçut la nouvelle il deman d seulement quelle avait été l'attitude de' la milice sous le feu de l'ennemi. Quand on lui eut dit que ces novices avaient attendu leurs adversaires de

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« Les libertés du pays sont sauves i »

Cette bataille ne fut pas revendiquée comme une victoire par les Américains, mais elle exalta néanmoins I enthousiasme au plus haut degré. On vit les rangs de 1 armée continentale se remplir comme par magie ; les troupes étaient animées du meilleur esprit. D un autre côté, l'étonnement redoubla en Angleterre lorsqu'on apprit le courage déployé dans la lutte par les Américains, et quel avait été le nombre des tués et des blessés pour l'armée anglaise.

D'après les recensements officiels, la perte des Anglais s'élevait à mille cinquante-quatre hommes tan't tués que blessés, et dans ce nombre il y avait beaucoup d'officiers ; on en comptait un sur quatre Les

pertes des Américains étaient de moitié moins considérables, ne comprenant que quatre cent cinquante hommes. On déclara en Angleterre que rien dans l'histoire n'était comparable au courage qu'avaient déployé les troupes britanniques s'avançant résolument sous ce feu meurtrier. « Jamais, ajoutent les récits du temps, on n'a vu en Allemagne, où les armées anglaises ont combattu en dernier lieu, un détachement décimé dans cette proportion. » Certain régiment, par exemple, se trouvait réduit à vingt-cinq hommes !

Même avant la bataille de Bunker-Hill, le Congrès continental avait voté qua l'on adopterait l'armée qui assiégeait Boston comme armée nationale et décrété des levées de troupes additionnelles dans les autres États. Sur la recommandation des délégués de la Nouvelle-Angleterre, George Washington fut élu général en chef à l'unanimité, et on lui adjoignit quatre majors généraux : Artemas Ward , Charles Lee, Philippe Schuyler et Israël Putnam. On jugea qu'en vue de décider toutes les colonies à s'armer pour la guerre, il valait mieux que le général en chef ne fût pas de la Nouvelle-Angleterre, et d'ailleurs aucun homme en Amérique n'égalait Washington sous le rapport de la réputation militaire. Il partit donc de la Virginie et arriva le 2 juillet 1775. Le lendemain, sous le grand orme de Cambridge, qui a gardé jusqu'ici le nom d'orme de Washington, il prit le commandement de l'armée continentale. Chacun était curieux de contempler de près ce célèbre officier. Les soldats virent un homme de quarante-trois ans, haut de six pieds, vigoureux, aux larges épaules, aux grandes mains, aux grands pieds, un peu lourd dans ses mouvements, mais dont les manières étaient pleines de dignité et

la physionomie noble, imposante. Il portait un habit bleu à revers chamois, des culottes chamois, des épaulettes, et à son chapeau une cocarde noire. '

Lorsque Washington, à son tour, jeta les yeux sur les soldats qu'il était appelé à commander, il vit, selon ses propres expressions, une multitude mêlée' sans grand ordre ni discipline, ni direction. Ils étaient armés de fusils de chasse ou de mousquets de différents calibres. Très peu de régiments portaient l'uniforme. C'étaient des rassemblements d'hommes vêtus d'habits râpés ou en manches de chemise; un grand nombre portait des hauts-de-chausses en cuir. Ceux qui venaient de loin avaient arboré un costume à peu près semblable, afin de pouvoir se reconnaître pendant la route ; la plupart des tirailleurs qui arrivaient de Virginie, par exemple, se faisaient remarquer par des justaucorps de chasse en toile brune do Hollande avec un double collet à l'imitation des Indiens ; sur la poitrine étaient brodés en grosses lettres les mots : Liberté ou la mort.

En général, l'aspect que présentait l'armée de la Révolution n'était pas celui de soldats disciplinés; lorsque le général Washington inspecta les camps et les forts de Cambridge à Charlestown, il trouva tout autre chose que la régularité militaire et le bon ordre. Certains corps, ceux qui étaient venus de Rhode-Island surtout, avaient des lignes de tentes assez droites • beaucoup d'autres vivaient dans des huttes, soit en planches, soit en pierres, soit en gazon, placées dans tous les coins où l'on pouvait s'abriter et ayant parfois des treillis d'osier en guise de portes et de fenêtres. La nourriture était grossière, souvent insuffisante, et le pis c'est que la poudre manquait. Au début, il n'y avait que sept cartouches par homme.

Washington fit part au Congrès do cette pénurie : « Notre situation on ce qui concerne la poudre, écrivait-il, est beaucoup plus alarmante que je ne l'imaginais. »

Un autre officier, parlant du général Putnam, écrivait : « La baie est libre, tout dégèle ici, sauf le vieux Put. 11 n'en finit pas de chanter son éternel refrain : — De la poudre! do la poudre! Dieux puissants, donnez-nous de la poudre ! »

Peu à peu, l'armée fut pourvue des équipements nécessaires que l'on tira des gabares préposées aux transports que capturèrent les Américains. Ceux-ci avaient arboré le drapeau anglais sur le Castle William afin d'attirer les navires, et lancé aussi des corsaires ; mais la rareté de la poudre ne s'en faisait pas moins sentir, et ce fut la raison capitale qui détermina le général Washington à ne faire pendant plusieurs mois aucune tentative pour prendre Boston. Il s'en tint à continuer le siège. Cependant les troupes anglaises enfermées dans cette ville commençaient à souffrir d'une épidémie de variole, elles manquaient de vivres et de combustible et étaient réduites à démolir les vieilles maisons pour alimenter les feux avec leurs débris. Il fallut faire sortir de la ville des centaines de bouches inutiles, dans l'impossibilité où l'on se trouvait de les nourrir. Quelques églises furent transformées en casernes, l'église d'Old-South en manège, et Faneuil-Halt en théâtre. Les Anglais avaient coutume d'envoyer des' billets de spectacle à Washington et à ses généraux. Une fois que les officiers anglais jouaient une pièce intitulée : le Blocus de Boston, dans laquelle paraissait un personnage destiné à rendre ridicule le général Washington, au moment où l'acteur chargé de ce rôle venait d'entrer

en scène affublé d'une énorme perruque, brandissant une longue rapière rouillée et suivi d'un paysan armé d un fusil crasseux, un sergent s'élança sur le théâtre

ZSSmi S" YaDkeeS aUa(IUem n ° S -1- de D'abord on crut que cet épisode faisait partie de la pièce mais lorsque le général Howe se fut levé en disant : « Officiers, à vos postes! » les spectateurs se dispersèrent en toute hâte au milieu des cris de femmes qui s évanouissaient. L'attaque ainsi commencée n'aboutit pas à grand'chose, mais Washington finit cependant par établir sur Dorchester^Height une bat tenc qui agit avec tant d'efficacité contre les assaillants que le général Howe dut s'embarquer avec son armée en abandonnant la ville de Boston (17 mars 1776) Près de douze cents Américains loyalistes partirent avec la flotte anglaise pour Halifax et la plupart d'entre eux ne revinrent jamais.

L'évacuation de Boston par l'armée anglaise ne deva.t pas mettre fin à la guerre. Après que le gouvernement britannique eut reçu la nouvelle de la bataille de Bunker-Hill, il résolut de dompter, coûte que coûte, les colonies américaines et interdit à cet effet tout commerce et tout rapport avec les colons en permettant a chacun de s'emparer de leurs navires sur 1 Océan.

L'armée anglaise fut renforcée de seize mille Hessois (Allemands), de sorte que les Américains avaient a lutter désormais contre cinquante mille hommes Pour résister à de pareilles forces, ils ne pouvaient' disposer jusque-là que de douze mille soldats N'importe; s'étant avancés de la sorte, ils n'avaient plus qu a persévérer, quitte à périr.

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