‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 46 sur 96 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

SUITE ET FIN DE LA GUERRE

Jusqu'à la déclaration de l'Indépendance, presque tous les combats s'étaient livrés autour de Boston bien que les troupes anglaises eussent fait une attaque infructueuse contre Charlestown (Caroline du Sud), et que les Américains eussent essayé avec tout aussi peu de succès d'envahir le Canada et de prendre Québec; mais Washington prévoyait la tentative que les généraux royalistes ne pouvaient manquer de faire en vue d'occuper New-York. Il envoya donc de Cambridge le général Lee pour protéger cette ville et bientôt le suivit en personne après l'évacuation de Boston Sir William Howe rejoignit Washington avec les soldats anglais qui avaient été retirés de Boston tandis que son frère, l'amiral lord Howe, amenait des renforts, et que le général Clinton arrivait du sud avec un supplément de troupes. Les Américains allaient avoir à lutter contre un effectif de vingt-quatre mille Anglais et Hessois, alors qu'ils étaient pour leur part de moitié moins nombreux. Lord Howe avait reçu du roi George plein pouvoir pour faire des propositions de paix, mais ces propositions, il ne savait pas au juste à qui les adresser. Il écrivit d abord une lettre au gouverneur royal; or, il n'y avait plus de gouverneurs royaux. Cette missive tomba aux mains de Washington, qui n'y vit rien de satisfaisant ; alors lord Howe adressa une lettre à George Washington esquive, et son frère l'amiral en écrivit une autre à

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George Washington, etc.; mais Washington déclara qu'il ne recevrait que les communications faites au «Commandant général de l'armée des États-Unis,» ce qui fut cause que lord Howe, ne voulant pas lui accorder cette dignité, posa la plume et ressaisit l'épée.

D'abord les troupes américaines essuyèrent des revers, elles perdirent plusieurs batailles ; Washington, avec le gros de son armée, dut abandonner New- York aux Anglais et opérer pas à pas sa retraite à travers le New-Jersey, harcelé de près par lord Cornwallis. Le général anglais atteignit une des rives de la Delaware juste au moment où Washington venait de la traverser avec son armée. Cette retraite redoubla naturellement l'ardeur de l'armée anglaise et découragea les Américains. Washington avait à peine avec lui trois mille hommes dans la Pennsylvanie ; encore la plupart d'entre eux manquaient-ils de vêtements convenables, même de chaussures.

Il était donc urgent de frapper un coup décisif. Washington apprit qu'un corps de mille Hessois se trouvait à Trenton. Ces Hessois étaient des soldats enrôlés en Allemagne dans l'électorat de Hessc-Cassel, et Washington connaissait leurs habitudes. Il était sûr que le jour de Noël (1776) ils célébreraient cette solennité avec éclat et ne se tiendraient pas sur leurs gardes. Il attendit donc jusqu'à la chute du jour, passa la Delaware, marcha toute la nuit par un temps affreux, afin de les surprendre au point du jour. Un Américain loyaliste avait averti le général allemand ; mais celui-ci n'en avait pas tenu compte. Il fut tué dans le combat, et tous ses soldats demeurèrent prisonniers.

Bientôt après Washington remporta une autre victoire à Princeton, également par surprise. Ces succès ranimèrent le courage des Américains; bien qu'ils

eussent en ce moment contre eux près de cinquante mille soldats, ils ne demandaient qu'à persévérer. On leva de nouvelles troupes, mais Washington dut bientôt abandonner Philadelphie; il passa un hiver rude et terrible à Valley-Forge avec son armée.

Si nous pouvions nous transporter en imagination au camp de Valley-Forge, nous comprendrions mieux l'étendue des sacrifices qui furent accomplis pour la cause de la liberté. La désertion et la maladie avaient réduit de moitié l'armée américaine. De quarantecinq mille hommes elle était descendue à vingt mille. Les soldats couchaient sans couverture, et la plupart passaient la nuit assis auprès des feux de bivouac. A un certain moment, plus do mille d'entre eux manquaient de souliers, et on pouvait suivre sur la neige la trace de leurs pieds ensanglantés.

Les malades eux-mêmes couchaient sur ia terre nue, faute de paille. Ils n'avaient presque plus de chevaux, les hommes étaient obligés de fabriquer euxmêmes des chariots pour traîner jusqu'à leurs huttes le bois et les provisions. Les officiers se montraient à la parade enveloppés de vieilles couvertures. Les troupes étaient très irrégulièrement soldées, et la monnaie qu'on leur donnait avait perdu presque toute sa valeur. Les vivres devenaient rares déplus en plus, et on entendait répéter ce mot de mauvais augure : « Pas de pain, pas de soldats. »

Il y avait dans le camp des officiers étrangers venus généreusement pour soutenir la cause de la liberté, Lafayette ', de Kalb, Kosciuszko, Pulaski,

1. Le marquis do Lafayelte avait épousé M"° de Noaillcs; une brillante perspective d'avenir s'ouvrait pour lui à la cour de Louis XVI. I! laissa tout pour suivre l'élan généreux de son cœur,

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Steuben. C'étaient des hommes accoutumés au luxe des cours et les demeures qu'ils habitaient ici n'étaient, selon l'expression de Lafayette, guère plus gaies que des donjons. Pendant cette terrible phase, Washington se comporta admirablement. Obligé de cacher de son mieux l'état misérable de son armée, il lui fallait encore subir les accusations des membres du Congrès et même des généraux, qui lui reprochaient de ne pas transformer d'une minute à l'autre ce petit nombre de soldats affamés en un corps de troupes irrésistible. Pendant ce temps, l'armée anglaise -vivait dans l'abondance à Philadelphie et les officiers jouissaient de toutes les douceurs de la vie.

Le général Burgoyne, avec une partie de l'armée anglaise, envahit les États de la Nouvelle-Angleterre par le Canada, au commencement de 1777, et lança une proclamation qui invitait les Indiens à se joindre à lui. Il longea le lac Ghamplain, prit le fort de Tieonderogaet envoya ensuite un fort détachement détruire le matériel militaire à Bennington. Il fut attaqué près

qui l'entraînait vers la cause de la liberté. Ce furent les revers mêmes de l'Amérique qui le décidèrent à partir. Il résolut d'aller combattre avec Washington. Sourd à toutes les représentations, il équipa une frégate à ses frais. Le Congrès le nomma généralmajor; il n'en figura pas moins comme simple volontaire à la bataille de Brandywine (1777) où il fut grièvement blessé. Sa blessure n'était pas cicatrisée qu'il cherchait de nouveaux dangers. Grâce à ses hauts faits, il finit par atteindre le grade de général en chef dans le Nord, mais il ne voulut accepter' qu'à la condition de rester sous les ordres de Washington. Après que la France eut reconnu l'indépendance de l'Amérique, Lafayette reçut des mains de Franklin, son ami, une épée d'honneur. Plusieurs fois il retourna dans le pays qu'il avait contribué à délivrer; il y fut toujours accueilli avec transport et, par une adoption aussi rare qu'honorable, le litre de citoyen américain lui fut décerne ainsi qu'à son fils.

(Note du traducteur.)

de cette dernière ville par le général Stark, ayant avec lui un détachement de la milice du Vermont et du New-Hampshire. Stark avait pris part au combat de Bunkcr-Hill et il avait pu se convaincre de visu que les troupes américaines étaient également propres à la résistance et à l'attaque. On dit qu'avant le combat il rassembla ses hommes et leur adressa cette harangue : « Voici les habits rouges; avant qu'il ne soit nuit nous les aurons battus, ou Molly Stark sera veuve. » M me Stark ne fut pas veuve, et les Américains eurent les honneurs de la journée. Le lendemain, un autre corps de Hessois étant survenu, Stark le défit également, et ce succès électrisa les vainqueurs ; mais un événement plus considérable encore devait compléter ces heureux débuts. Burgoyne campait à Saratoga avec toute son armée. Le générai Gates, suivi d'un détachement de troupes américaines, l'y rejoignit. Il se livra deux combats à Stillwater; les résultats en furent indécis; néanmoins, l'armée anglaise battit on retraite; pendant qu'elle opérait ce mouvement, clic fut enveloppée par les troupes du général Gates. Le 17 octobre 1777, Burgoyne avec toute son armée, forte de plus de cinq mille hommes, se rendait aux Américains de Saratoga.

Cet événement fut d'une importance capitale. Il ranima la malheureuse armée de Washington, qui souffrait toutes les privations imaginables à Valley- Forge, et surprit les amis que l'Amérique comptait en Europe, car ils n'avaient pu espérer un si grand succès. La joie éclata surtout en France, où l'on se passionnait pour la cause américaine au point que bien des jeunes gens s'étaient joints comme volontaires à l'armée indépendante.

Le gouvernement français avait jusque-là refusé

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cependant de conclure une alliance avec les colonies ; mais, après la capitulation du général Burgoyne à Saratoga, Franklin et les autres plénipotentiaires réussirent à obtenir, outre la signature du traité, la promesse formelle d'un secours effectif de la France (6 février 1778). Le gouvernement britannique s'alarma, le Parlement passa des Mite et envoya des commissaires pour tenter d'apaiser l'Amérique. Cette condescendance tardive ne put ramener des hommes accoutumés déjà à la pensée d'une indépendance pleine et entière; les commissaires essayèrent cependant d'influencer le Congrès et cherchèrent à corrompre les patriotes influents, afin qu'ils secondassent leurs efforts. Une somme de dix mille livres sterling fut offerte, par exemple, au général Joseph Rééd.

<* Je ne vaux pas lapeine d'être acheté, répondit cel honnête citoyen, mais si peu que je vaille, le roi de la Grande-Bretagne n'est pas assez riche pour me payer. »

Le secours du gouvernement français ne produisit pas les résultats qu'on en attendait : les flottes envoyées ne réussirent dans aucune de leurs entreprises. La guerre de la Révolution se prolongea plus de trois ans avec des alternatives de succès et de revers. Parfois les Américains remportaient de brillants avantages, comme ils firent à Stony-Point sur l'Hudson (1779), où le général Anthony Wayne, «Antoine l'Enragé », comme on l'appelait souvent, s'empara d'une forteresse située au sommet d'une butte escarpée, en la faisant charger par ses hommes sur deux colonnes, à la pointe de la baïonnette, sans tirer un coup de fusil. D'autres fois les Américains furent battus, lorsque sir Henry Clinton, par exemple, assiégea Charles town (Caroline du Sud). Il y eut d'affreux massacres, celui de 1778 entre autres : une

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