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ADMINISTRATION DE JEFFERSON

arriva même une fois ou deux que l'équipage tout entier fut enlevé et le vaisseau abandonné à lui-même. Une autre fois le navire de guerre anglais, le Léopard, en vue du fort Monroe (Virginie), voulut chercher des déserteurs à bord de la frégate américaine le Cliesapeake; le capitaine américain ayant refusé de se soumettre à cette exigence, on lui envoya des bordées et il fut forcé de se rendre. Sur quatre hommes emmenés ainsi, un fut pendu.

Ces choses causaient un extrême préjudice au commerce américain et soulevaient la plus vive irritation contre l'Angleterre. Le Congrès voulut punir celle-ci en cessant tout commerce avec elle; il mit l'embargo, en 1807, sur les navires anglais, c'est-à-dire qu'il leur défendit de quitter les ports d'Amérique. Cette mesure fit plus de tort aux États-Unis qu'à l'Angleterre, elle aggrava le mal que d'autres motifs avaient l'ait naître et rendit pendant quelque temps le président Jei'l'crson très impopulaire parmi les armateurs américains.

Il y avait aussi de graves difficultés au sujet des Etats barbaresques des côtes de la Méditerranée. Ces Etats vivaient de pirateries, réduisant en esclavage les équipages des navires dont ils s'emparaient. Il arrivait fréquemment à cette époque que l'on annonçât dans les églises d'Amérique la captivité de quelque membre de la Congrégation à Tripoli ou à Alger. Alors on levait une somme d'argent pour le rachat, cette somme ne s'élevant pas à moins de 4000 dollars pour un capitaine ou un passager! Ces sommes étaient payées tantôt par des souscriptions particulières, tantôt par le gouvernement. Des milliers d'Américains étaient ainsi retenus dans les fers et des millions de dollars dépensés pour leur rançon. Un traité fut conclu avec

ces États barbaresques, par lequel il fut convenu que les États-Unis payeraient une certaine somme d'argent pour la protection de leur commerce national. Puis des débats s'élevèrent au sujet des termes du traité, et le président Jeiïerson résolut de ne pas supporter plus longtemps une pareille humiliation. La marine américaine ne possédait que six vaisseaux de guerre, il en envoya quatre dans la Méditerranée. L'un d'eux, la frégate Philadelphia, commandée par le capitaine Bambridge, échoua dans le port de Tripoli, fut prise, et toas ceux qui la montaient devinrent esclaves. Alors un jeune lieutenant nommé Deeatur proposa au commandant de la flotte de monter une felouque tripolitaine qui venait d'être capturée, de mettre à son bord un équipage américain et d'entrer dans le port pendant la nuit alin de recouvrer ou de brûler la Philadelphia. Cette entreprise hardie fut couronnée de succès. La felouque aborda sans bruit la frégate prisonnière, et Deeatur, avec ses hommes, l'eut reprise dans l'espace de dix minutes. Mais comme il était impossible de la manœuvrer, la Philadelphia fut livrée aux flammes, et le petit navire de Deeatur sortit du port sans avoir perdu un seul homme. C'était le 15 février 1804. Deeatur se distingua par la suite dans d'effroyables combats contre les Tripolitains; plusieurs années après, à la tète d'une escadre, il intimida les Etats barbaresques, de telle sorte qu'ils renoncèrent à leur tribut sur les Américains, ainsi qu'au prétendu droit de les retenir captifs.

L'administration de Jefl'erson différa grandement, sous quelques rapports, de celle de Washington et dAdams. Ses goûts personnels étaient très simples et sa politique ne le lut pas moins.

Au lieu d'aller au Capitule dans une calèche à six chevaux, comme l'avait fait Washington, il s'y rendit à cheval, le jour de son inauguration présidentielle ; une fois arrivé, il descendit, attacha sa monture à un poteau et lut son message. Dans la suite il se contenta d'envoyer le message présidentiel au Congrès par un secrétaire, ce qui s'est toujours pratiqué depuis. Il abolit les réceptions hebdomadaires, mais le l" r janvier et le 4 juillet, il ouvrait au peuple tout entier les portes de sa maison. Il défendit qu'on célébrât l'anniversaire de sa naissance, ainsi qu'il avait été fait pour ses prédécesseurs et, afin d'être mieux obéi, eut soin de laisser chacun dans l'ignorance do ce jour. Il réduisit autant que possible les dépenses du gouvernement et amortit trente-trois millions do la dette. Jefferson était grand partisan du suffrage universel, au moins pour les individus du sexe masculin. Il pensait que tous les hommes ont le droit naturel d'élire leurs législateurs, et son parti l'appuyail en cela, tandis que le parti fédéral tenait en grande défiance le système de gouvernement étayé sur le vote populaire et prétendait que le suffrage devait être soigneusement limité. Rappelons-nous que la forme républicaine semblait encore à beaucoup d'Américains, même patriotes, une expérience fort douteuse. Jefferson, au contraire, avait foi dans ce mode de gouvernement, et il travailla vigoureusement à le faire triompher. Mais l'esprit de parti parlait bien liant dans ce temps-là, et les avis sont encore partagés au sujet de la valeur de bien des actes de Thomas Jefferson.

Un événement important qui arriva pendant sa présidence, fut le vote d'une loi défendant la traite des nègres africains. Cet abominable commerce exista il

'depuis 1619, époque à laquelle les premiers esclaves furent amenés dans la Virginie, et il avait été convenu, lorsque la Constitution fut promulguée, qu'on laisserait dormir la question de la traite des nègres jusqu'au 1 er janvier 1808. Plus d'un an avant l'époque fixée, Jefferson appela l'attention du Congrès sur cet objet, et félicita les membres qui seraient bientôt appelés à « prohiber, » disait-il, un trafic dont la moralité, l'honneur et les plus chers intérêts du pays exigeaient depuis longtemps la disparition. »: Là-dessus, un débat très vif s'éleva dans le Congrès; aucun des membres n'était disposé en faveur de la continuation de la traite, mais il y avait une grande divergence d'opinions sur la manière dont on devait s'y prendre pour l'abolir. La remarque suivante fut faite en outre. Si l'on avait le droit de posséder des esclaves, ce ne pouvait être un crime de les importer du dehors. Enfin, sur la proposition de Josiah Quincy, du Massachusetts, et de plusieurs autres membres, une loi fut votée qui défendait l'importation des nègres dans les États-Unis, à partir de l'année 1807. En dépit de cette loi, néanmoins, les esclaves furent secrètement importés pendant nombre d'années, jusqu'à ce que des traités eussent été conclus avec d'autres pays maritimes, par lesquels la traite était assimilée à la piraterie, et, comme telle, devait être pourchassée par les marines réunies de toutes les nations. Mais le commerce des esclaves entre les différents États de l'Union américaine, n'étant point prohibé par la loi, dura jusqu'à ce que l'esclavage lui-même fût aboli en Amérique après la guerre de Sécession.

L'invention la plus importante qui marqua la présidence de Jefferson, fut celle du bateau à vapeur.

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