ACQUISITION DE LA LOUISIANE
États. La majeure partie fut appelée Territoire du Nord-Ouest (Nord-West territory).
Même après cette décision, il y eut de fréquentes "lierres avec les Indiens, de sorte que la vallée de l'Ohio ne se colonisa que lentement. Quand elle fut organisée en État, elle garda encore le nom de son fleuve, la belle rivière, comme l'avait désignée le premier explorateur français.
L'État do l'Ohio passait pour l'extrême ouest jusqu'au temps de Jefferson; quiconque avait visité le lac Michigan ou l'embouchure du Missouri était considéré comme un grand voyageur; mais un événement survint bientôt qui ouvrit les yeux du peuple quant à la véritable étendue du continent américain et sur l'avenir de l'Union américaine : ce fut l'achat d'une vaste région encore inexplorée, qui s'étendait à l'ouest depuis le Mississipi jusqu'aux montagnes Rocheuses, et qu'on appelait la Louisiane.
L'histoire de la découverte du Mississipi ressemble à un roman. Ce fleuve fut atteint pour la première fois en 1541, ainsi que je l'ai dit plus haut, par des Espagnols qui avaient traversé les forêts sous la conduite d'un chef nommé de Solo. Ce chef mourut et fut enseveli dans les profondeurs du fleuve, dont, pendant un siècle, l'existence même fut presque oubliée. On le voit rarement sur les cartes espagnoles ; en parlant de lui, on l'appelait le fleuve inconnu.
Cent ans plus tard, des explorateurs français partis du Canada atteignirent les affluents du Mississipi. La Salle, le plus audacieux de tous, après de nombreuses tentatives, — il faisait souvent ses expéditions au cœur de l'hiver, chaussé de souliers de neige, vivant de viande de buffle et de chair d'alligator, tantôt à demi submergé par les glaces flottantes, tantôt à moitié
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mort de faim ou traqué par les Indiens, — La Salle dis-je, parvint enfin à descendre l'Illinois jusqu'au Mississipi et de là se laissa flotter jusqu'au golfe du Mexique. Arrivé à l'embouchure du fleuve, il prit possession de toute la région au nom du roi de France Louis XIV, la nomma Louisiane en l'honneur de ce monarque, et dressa une colonne sur laquelle était gravé le nom du roi, avec le lis de France. Environ cent ans plus tard (1762), les Français abandonnèrent la Louisiane à l'Espagne, et celle-ci, quarante ans après, la céda à Napoléon Bonaparte, qui la vendit à Jefferson pour le compte des Etats-Unis (1803), avant même d'en avoir pris possession. Le prix d'achat fut de quinze millions de dollars. Ce qu'on appelle maintenant l'Etat de la Louisiane n'était alors qu'une faible partie de l'immense région qui portait le même nom, car ce territoire s'étendait depuis le Mississipi jusqu'aux montagnes Rocheuses, et depuis les possessions anglaises au nord jusqu'au Mexique au sud.
La nouvelle acquisition comprenait près de 900 000 milles carrés, tandis que toute l'étendue des treize premières colonies ensemble n'excédait pas de beaucoup 800,000 milles carrés. Ainsi l'acquisition de ce qu'on avait appelé la Louisiane, doublait et au delà la superficie du territoire national. Quand on considère combien peu est explorée, même de nos jours, la plus grande partie de ce territoire immense, à l'ou'est du Mississipi, on peut aisément s'imaginer quel monde inconnu ce devait être il y a soixante-dix ans, alors que la lisière seule avait été visitée par les blancs. Mais le président Jefferson ayant assuré sa possession à la nation américaine, était bien trop habile et trop énergique pour la laisser à l'abandon ; il chercha donc à s'enquérir de l'état réel du pays, des grands cours
d'eau qui l'arrosaient, de sa flore, de sa faune et de ses minéraux; il voulut savoir surtout quelles tribus indiennes le hantaient, si elles étaient guerrières ou paisibles, et si elles consentiraient à vendre la propriété de leur sol. Son secrétaire particulier, le capitaine Meriwether Lewis, accompagne du capitaine William Clark, fut chargé de diriger une expédition aux montagnes Rocheuses. Ils étaient trente hommes en tout et emportaient avec eux des provisions, des effets de campement, des armes àTeu et des présents destinés aux tribus indiennes. Dans l'automne de 1803, ils partirent de Saint-Louis, qui n'était alors qu'un simple comptoir, et voyagèrent pendant deux ou trois ans, campant l'hiver dans les solitudes. Ils remontèrent le Missouri en bateaux jus qu'aux grandes cataractes qu'aucun blanc n'avait encore visitées ; puis ils suivirent la rivière jusqu'à sa source aboutissant à une petite chaîne de montagnes qu'ils nommèrent les montagnes Pierreuses (Slony Mountains). Là, ils trouvèrent un cours d'eau coulant à l'ouest, et qui les guida jusqu'à l'océan Pacifique. La rivière qu'ils descendirent ainsi était celle dont l'embouchure avait été reconnue jadis par un marchand de Boston, le capitaine Robert Gray, qui l'avait nommée Columbia, d'après un de ses navires. Le capitaine Gray fut le premier à porter le pavillon américain autour du monde par mer, de même que Lewis et Clark furent les premiers à lui faire traverser le continent par terre.
Après avoir atteint l'océan Pacifique, l'escouade revint sur ses pas en remontant la Columbia et traversant de nouveau les montagnes. « Jamais événement, — écrivit le président Jefferson, à propos de son retour, — n'a excité plus de joie aux États-Unis. Le
dernier des citoyens s'est intéressé aux résultats de ce voyage et attendait avec impatience les informations qu'il devait Fournir. »
A vrai dire, la narration publiée par ces voyageurs est un tissu de merveilles. Ils disaient avoir rencontré des buffles en si grand nombre qu'un troupeau de ces animaux occupait toute la largeur de la rivière qui était d'un mille. Les gens de l'expédition avaient dû attendre une heure jusqu'à ce que ces buffles eussent
défilé. Ils décrivaient des tribu
s indiennes auparavant
inconnues, les Mandans, les Shoshones et autres. Ils racontaient que quelques-unes rie ces tribus étaient misérables et dépourvues de tout, tandis que d'autres avaient de bonnes habitations, d'excelleats fusils et une telle abondance de chevaux que le voyageur pouvait s'en procurer en tout temps moyennant quelques verroteries. Ces Indiens connaissaient si peu les habitudes de la civilisation, qu'un chef s'était montré très reconnaissant d'un cadeau de courges sèches, prétendant qu'il ne se rappelait avoir rien mangé de meilleur, saul du sucre dont il n'avait goûté qu'une seule lois un petit morceau. Il ajouta qu'il serait très heureux de vivre dans un pays qui produisait de si excellentes choses. Les explorateurs apprirent qu'en trafiquant avec les Indiens, ils pourraient obtenir en abondance des fourrures de grand prix. Bientôt un marchand de New- York, nommé John Jacob Astor, établit un comptoir qu'il appela Astoria à l'embouchure de la Columbia. Mais ce comptoir passa dans la suite à une Compagnie anglaise organisée pour les fourrures et ce ne fut que bien des années après que" toute la rampe du Pacifique fut reconnue comme appartenant aux Etats-Unis.