COMPROMIS DU MISSOURI
dans le territoire du nord-ouest, mais les territoires du sud-ouest l'avaient introduit. Ainsi, après l'annexion de l'Indiana vint celle du Mississipi (1817), un État libre et un État esclavagiste. Après l'Illinois (1818) vint l'Albania (1819), celui-ci pour, celuilà contre l'esclavage. Après le Maine libre (1820) vint le Missouri esclavagiste (1821); ces divers États avaient été annexés pendant la présidence de Monroe. Mais les débats qui se produisirent au sujet de l'admission de ce dernier Etat du Missouri, montra que l'ère du bon sentiment touebait à sa fin. Les membres nordistes du Congrès déclarèrent qu'il était révoltant qu'un nouvel État à esclaves fut admis dans l'Union. Les membres sudistes répliquèrent que, puisqu'il y avait déjà un grand nombre de ces États protégés par la Constitution, on devait au contraire en admettre un nombre suffisant pour équilibrer la balance du pouvoir : toutes les fois, prétendaient-ils, qu'un État libre serait annexé à l'Union, il fallait, de toute nécessité, en admettre également un qui fût esclavagiste. Ces deux opinions si divergentes donnèrent lieu à de graves dissentimenls, à de furieuses discussions. L'ère du bon senti/ment sous Monroe no fut donc, à vrai dire, qu'une accalmie entre deux tempêtes. Les vieillis querelles politiques étaient usées et une nouvelle querelle allait commencer; elle devait bouleverser le pays pendant près d'un demi-siècle. Tous les arguments pour et contre l'esclavage se firent jour au sujet de l'admission du Missouri. « L'esclavage, disait on, était inhumain; nul homme ne pouvait, en droit, posséder son semblable comme une propriété, les rapports entre le maître et l'esclave étant de nature à les démoraliser tous les deux; c'était un crime de vendre des hommes et de rompre ainsi les liens de
la famille. D'ailleurs, les fondateurs de laRépublique, tels que Washington et Jeffcrson, ne s'étaient-ils pas élevés contre l'esclavage, n'avaient-ils pas désiré son abolition? »
D'autre part, les partisans de l'esclavage prétendaient que si Washington et Jefîerson lui étaient opposés en théorie, ils n'en avaient pas moins gardé leurs propres esclaves ; que la Constitution reconnaissait et protégeait l'esclavage; que c'était la meilleure des conditions pour les hommes de couleur; que les blancs ne pouvant travailler aux champs dans les climats chauds, il n'y avait que ce moyen d'avoir du sucre et du coton. La discussion très violente aboutit enfin à un compromis. Il fut convenu dans le Congres que le Missouri sérail reconnu comme Etat esclavagiste, mais que l'esclavage serait prohibé dans les nouveaux Etats du nord jusqu'au '36° 30' de latitude nord, où passait la ligne de frontière sud du Missouri. Au-dessous de cette ligne, les habitants de chaque État pourraient être esclavagistes ou non à leur volonté.
Tel fut le fameux « compromis du Missouri »
(1820). Comme presque tous les compromis en matière de principes, il ne faisait que retarder la crise. A l'époque où il fut signé, l'esclavage était comparativement faible et aurait pu être aboli, ou du moins restreint par la nation. En le laissant grandir, on lui permit d'atteindre de telles proportions que son abolition exigea plus tard une longue guerre civile et le sang de bien des milliers d'hommes.
Toutefois, on supposa pour un temps que la question de l'esclavage avait ^'té réglée définitivement par ce compromis, et l'on passa sans tarder à d'autres questions sur les banques et sur les tarifs, générale-
ment considérés comme beaucoup plus importants. Lorsque le général de Lafayctle, venu de France, rendit de nouveau visite à la jeune nation pour la liberté de laquelle il avait jadis combattu, il fut reçu avec le plus vif et le plus cordial enthousiasme. L'Amérique semblait goûter une heureuse paix. Telles étaient les apparences à la veille de la retraite du président Monroe.
Nous avons vu qu'il laissait à l'Union cinq Étals de plus, parmi lesquels l'Illinois qui avait d'abord fait partie de PIndiana, et dont le nom, celui d'une tribu indienne, voulait dire « les hommes »; puis le Mississipi et l'Alabama, tous deux tirés de l'ancien territoire du Mississipi, dont le nom signifiait le Grand Fleuve. En langue indienne, les noms d'Alabama et de Missouri appartenaient aussi à deux rivières; le dernier veut dire Eaux bourbeuses. Tous ces Etats avaient été à l'origine explores et colonisés parles Français. Quant à l'État du Maine, il fut créé aux dépens de celui de Massachusetts, dont il n'était qu'un district. On croit généralement qu'il avait été nommé ainsi en l'honneur de la reine Marie-Henriette et en souvenir de la province française du Maine ; mais d autres pensent, que ce nom est l'abrégé de mainland (continent), qui lui fut donné pour le distinguer des îles nombreuses situées le long do la côte. Ces nouvelles annexions portèrent le nombre des Etats à vingt-quatre, presque le double des « Treize Vieilles » colonies. Le recensement de 1820 donna comme chiffre total de la population des États-Unis à cette époque environ neuf millions et demi d'habitants.
Le gouvernement de Monroe avait manifesté une vive sympathie pour les jeunes républiques qui se fondaient dans l'Amérique du Sud. 11 avait déclaré
que les États-Unis, reconnaissant au peuple des différentes parties du continent le droit imprescriptible de se gouverner lui-même, ne permettraient dorénavant à aucun gouvernement européen de fonder une colonie quelconque sur le sol de l'Amérique du Sud, pas plus que d'intervenir dans les affaires américaines. Go programme politique est appelé encore aujourd'hui la doctrine Monroe; il n'a pas été l'un des résultats les moins importants de cette présidence.