CHAPITRE XXVI
adams et jackson. — progrès intérieurs
l'annulation
et le mouvement anti-esclavagiste
John Quincy Adams, du Massachusetts, fut président de 1825 à 1829. Tous les présidents qui s'étaient succédé jusqu'alors avaient pris une part active soit à la guerre de la Révolution, soit à la fondation du gouvernement républicain, mais John Quincy Adams appartenait à la génération nouvelle. Il n'était âgé que de neuf ans quand son père avait signé la déclaration d'Indépendance, et lorsqu'il l'avait lui-même entendu lire, du balcon de la salle des États à Boston. Depuis lors, la jeune nation s'était affranchie et constituée, elle avait élargi ses frontières, elle goûtait, les douceurs de la paix. Sous l'administration d'Adams on lit de
PROGRÈS INTERIEURS.
grands efforts pour ouvrir l'intérieur du pays à de nouveaux colons.
Presque toutes les tribus indiennes avaient été refoulées à l'ouest du Mississipi et leurs terres achetées par le gouvernement. On avait inauguré un vaste système de canaux fournissant des moyens de communication meilleurs que tous ceux qui existaient auparavant. Au premier rang, il faut citer le canal Erié, qui mettait en communication le lac de ce nom avec le port de New-York. Il fut achevé en 1825, et le gouverneur de New- York, de Wilt Clinton, qui en avait conçu le plan et qui avait donné lui-même le premier coup de pioche, fut conduit en barque sur tout le parcours, au bruit des cloches et du canon. Dès lors, la population afflua rapidement dans l'intérieur de l'Etat de New- York, et partout où l'on creusa des canaux, dos villes et des villages s'élevèrent.
C'est sous la présidence d'Adams que fut construit en Amérique le premier chemin de fer (1827). Ce n'était qu'une voie longue do trois milles conduisant des carrières de granit aux quais de Quincy (Massachusetts). Les wagons étaient traînés par des chevaux ; la première locomotive ne fit son apparition que deux ans plus tard, elle fut importée d'Angleterre où l'on venait seulement d'introduire ce genre de machine. La première locomotive ne faisait que quatorze milles à l'heure environ, ce qui était alors regardé comme un prodige. Bien des gens, en Amérique comme en Angleterre, prédirent qu'elle ne pourrait jamais traîner son propre poids et que les roues ne feraient que tourner sur place sans avancer. D'autres allumaient que si une pareille chose réussissait, la valeur des exploitations agricoles diminuerait nécessairement, le bétail prendrait peur, la fumée noircirait les toisons
des brebis, ce qui nuirait à l'élevage des troupeaux. Ces augures furent Lien surpris lorsqu'ils virent les locomotives glisser paisiblement sur leurs rails sans causer aucun des désastres qu'ils avaient annoncés.
L'ex-président John Adams mourut sous la présidence de son fils. Le même jour vit aussi mourir l'exprésident Jefi'erson. En vieillissant, ces deux hommes d'Etat éminents étaient devenus amis; ils avaient survécu aux discussions ardentes des Fédéralistes et des Démocrates. La correspondance entre eux était active et cordiale; par une singulière coïncidence, le jour de leur mort (4 juillet 1826) était le cinquantième anniversaire de la déclaration de l'Indépendance, qu'ils avaient jadis signée tous deux. Les dernières paroles de Jefi'erson furent : « Est-ce aujourd'hui le 4? » Et les derniers mots articulés par John Adams: «Thomas .lefferson vit encore. »
Un banquet patriotique avait lieu ce jour-là dans le village qu'habitait John Adams, et il avait lui-même envoyé son toast : « Indépendance à jamais ! » Tandis qu'au coucher du soleil il gisait expirant, ceux qui entouraient son lit de mort purent entendre le bruit des acclamations par lesquelles les gens du village saluaient au loin le dernier message de ce noble vieillard.
Une question d'intérêt public fut vivement discutée à cette époque. Il s'agissait de savoir de quels droits on frapperait les marchandises étrangères. Ce système de droits est connu sous le nom de tarif et même aujourd'hui il règne là-dessus en Amérique une grande divergence d'opinions. Les uns pensent qu'un tarif élevé doit être mis sur certains objets fabriqués pour écarter ainsi les produits étrangers et protéger les manufactures nationales; d'autres veulent la liberté absolue du commerce, la suppression absolue
l'annulation.
des droits de douane. Entre ces deux partis extrêmes il y a des nuances diverses, aujourd'hui comme au temps de Quincy Adams. Quant à lui, il était partisan d'un tarif plus élevé que ne le réclamait son concurrent; ce fut le principal motif qui fit manquer sa réélection.
Andrew Jackson du Tennessee lui succéda et fut réélu • son gouvernement dura donc de. 1829 à 1837. 11 avait une grande réputation militaire acquise par l'invention des fameuses redoutes en balles de coton à la Nouvelle-Orléans et brillamment soutenue depuis. Son honnêteté était égale à son courage, mais on pouvait lui reprocher des idées étroites et une humeur
violente.
Durant sa présidence, le mécontentement s'accrut dans les États du sud au sujet des tarifs. La Caroline du Sud, surtout, prétendait que les droits imposés tendaient à favoriser dans une trop large mesure les manufactures du Nord. Une convention se tint dans cel Etat en 1832; il ne s'agissait de rien moins pour la Caroline que de se séparer do l'Union. On décida qu'aucun droit ne serait perçu à partir d'un jour fixé et que si le gouvernement des Etals-Unis prétendait employer la force pour les recouvrer, la Caroline du Sud formerait un gouvernement à part. On devait placer à la tête de l'organisation nouvelle John Galhoun, le vice-président des Etats-Unis. Des médailles furent même frappées avec cette inscription: « John 0. Galhoun, le vice-président de la Confédération du Sud. » On arborait dans les rues des cocardes bleues portant à leur centre un bouton orné d'une palme, l'emblème de la nation nouvelle. Ce plan reçut le nom de Nullification (annulation). Déjà les Garoliniens s'armaient pour la résistance quand le président Jackson lança une pro-
clamation renfermant la phrase suivante : «Prétendre qu'un État peut à son gré se séparer de l'Union, c'est dire que les Etats-Unis ne sont pas une nation. » En même temps des renforts de troupes et de vaisseaux de guerre furent envoyés au plus vite dans la Caroline du Sud et placés sous le commandement du général Winfield Scott. Bientôt après, le Congrès rendit une loi touchant la réduction graduelle des tarifs dont se plaignait la Caroline du Sud. Grâce à cette conduite énergique et sage tout à la fois, les menaces de sécession disparurent et le danger d'une guerre civile fut conjuré pour un temps.
Vers la fin de la présidence de Jackson, plusieurs tribus indiennes qui subsistaient encore furent refoulées à l'ouest du Mississipi, les Sacs, les Renards, les Chickasaws et les Chociaws compris. Mais dans la Floride, les Séminoles refusèrent de bouger. Une expédition fut donc dirigée contre eux et elle dura longtemps dans les marécages de cette région connue sous le nom A'Everglades. Un grand nombre d'esclaves fugitifs, hommes et femmes, s'étaient réfugiés dans ces marécages et avaient contracté des unions avec les Indiens. Ces esclaves et leurs enfants étaient appelés Marrons. Le principal chef indien, un métis du nom d'Osceola, avait une femme marronne née aux Everglades. Ayant suivi un jour son mari dans l'un des forts des Etats-Unis, elle fut saisie comme esclave par l'ancien propriétaire de son mari. Osceola fut mis aux fers, tandis que sa femme était emmenée captive. Aussitôt sorti de prison, Osceola jura de se venger des blancs ; il devint le chef des Indiens dans cette guerre et la dirigea en personne jusqu'au jour où il fut fait prisonnier par trahison. Il s'était avancé avec confiance, croyant à une trêve mensongère : on
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