COMMENCEMENT DE LA GUERRE CIVILE BUCHANAN
Buchanan entra en fonctions le 4 mars 1857. Cette même année, la cour suprême prononça un arrêt connu sous le nom de la Décision Dred Scott, qui assurait aux maîtres le droit d'emmener leurs esclaves avec eux sur tous les points des États-Unis. Ceci excita une grande indignation dans les États libres, et bientôt après, un autre événement survint qui exaspéra presque autant les États esclavagistes. Ce fut l'insurrection communément désignée sous le nom de « John Brown's raid ». Le nom du capitaine John Brown a déjà été mentionné dans ce récit à propos do la vive résistance opposée par les colons anti-esclavagistes du Kansas aux brigands des frontières du Missouri. Quand l'ordre fut rétabli dans le Kansas, John Brown résolut de mettre à exécution un plan qu'il avait formé depuis longtemps pour combattre l'esclavage au sein même des États où il était en vigueur. Familiarisé dès son jeune âge avec les montagnes de la Virginie, il y connaissait certains repaires qui, disait-il, avaient évidemment été créés pour servir de forteresses aux esclaves fugitifs. Longtemps avant lui, le général Washington avait conçu le projet de conduire l'armée américaine dans ces montagnes si les colonies venaient à être défaites dans leur lutte contre l'Angleterre. John Brown se proposa d'opérer la même manœvre avec une armée de noirs. Ayant donc
rassemblé une petite troupe d'hommes de couleur près de Harper's Ferry (Virginie), il entra dans cette ville et en prit possession le 16 octobre 1859. Il mit aussitôt la main sur l'arsenal du gouvernement, aiin de pouvoir munir d'armes les esclaves fugitifs qui répondaient à son appel. Il déclara hautement, que son projet était l'affranchissement des nègres, et prit l'engagement de respecter la propriété, sauf celle qui se composerait d'esclaves. Bien qu'il n'eût en tout que vingt-deux hommes avec lui, l'alarme semée par cette petite troupe fut si grande, que plusieurs témoins oculaires portèrent le chiffre de vingt-deux à trois cents, et l'estimation exagérée que leur avait dictée la peur fut immédiatement télégraphiée dans les États de l'Union. Avec cette poignée d'hommes, Brown garda un bon nombre des principaux habitants de la ville en otages, alin qu'ils répondissent de la sûreté des siens; mais, voulant épargner d'inutiles angoisses aux familles des otages en question, il demeura trop longtemps cà Harper's Ferry et compromit ainsi sa sécurité personnelle, car les compagnies de la milice eurent le temps de se rassembler, puis un détachement des marins de l'État accourut. Quinze cents miliciens furent peu à peu réunis dans la ville. La petite troupe de Brown n'en défendit pas moins l'arsenal jusqu'à ce que presque tous les hommes qui la composaient eussent été tués ou blessés; elle se rendit enfin aux soldats des Étals-Unis. Le colonel Washington, l'un des prisonniers de Brown, a déclaré plus tard que cet homme était le plus intrépide en face du danger et de la mort qu'il eût jamais rencontré. Un de ses iils avait été tué à ses côtés, le second venait d'être mortellement blessé, et il tâtait d'une main le pouls du mourant tout en tenant son fusil