‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 75 sur 96 · ÉLECTION DE LINCOLN · texte numérisé non relu

ÉLECTION DE LINCOLN

de l'autre, et eu commandant avec le plus grand sangfroid à ses hommes qu'il adjurait de tenir ferme. Dix d'entre eux furent tués, quatre furent blessés. Brown tomba lui-même, atteint de six blessures que l'on crut mortelles, mais il en réchappa et fut traduit devant un tribunal de la Virginie. Là il se comporta de manière à exciter l'admiration, môme de ses ennemis. Wise, le gouverneur de la Virginie, disait de lui : «Ils se sont trompés, ceux qui l'ont pris pour un fou!... C'est un homme de tête, brave, généreux, et d'une force d'âme extraordinaire.... Il m'a inspiré la plus grande confiance par son intégrité et sa droiture....» Brown fut condamné cependant à être pendu et exécuté à Charlestown (Virginie), le 2 décembre 1859. Son dernier mouvement, tandis qu'il se rendait au supplice, fut do baiser au front un petit esclave qui passait. Six do ses camarades subirent la peine capitale. Quelques autres, qui étaient de garde hors des murs, se réfugièrent dans les montagnes et, de là, passèrent à travers mille dangers dans les Etats antiesclavagistes. L'un des iils de John Brown dirigeait le groupe des fugitifs; il a écrit une émouvante relation de leurs aventures.

Ces événements donnèrent une nouvelle et formidable impulsion à la question de l'esclavage pendant la présidence de Buchanan. Lorsque le moment d'une nouvelle élection présidentielle fut proche, les vieux partis étaient si divisés que l'on ne vil pas moins de quatre candidats en présence, bien que Buchanan ne comptât pas dans ce nombre. L'élu -fut Abraham Lincoln (de l'IUinois) qu'avait mis en avant le parti républicain. Ce parti politique était une forme élargie du parti du Sol libre, qui avait lui-même succédé au parti de la Liberté. D'opinions très modérées m ce

qui touchait l'esclavage, Abraham Lincoln ne semblait nullement disposé à le combattre là où il était déjà établi. Sa nomination n'en fut pas moins regardée par la majorité des Etats esclavagistes comme très dangereuse pour leurs intérêts, et la dissolution de l'Union fut dès lors décidée en principe.

Selon les esclavagistes, les Etats-Unis se composaient d'une fédération de gouvernements entièrement indépendants l'un de l'autre, et libres de se séparer s'ils le jugeaient à propos. Telle était la doctrine appelée Droits des États qui fut longtemps populaire dans les États du sud et particulièrement dans la Caroline; aussi était-il tout naturel que ce fût la Caroline du Sud qui prît l'initiative et se retirât la première de l'Union. Une Convention s'y réunit et adopta le décret de sécession (20 décembre 1860). Six semaines après, de semblables Conventions furent tenues et des décrets analogues votés dans les États du Mississipi, de la Floride, de l'Alabama, de la Géorgie, de la Louisiane et du Texas. Ces États se constituèrent en confédération du sud et ils élurent, le 8 février 1861, Jcfferson Davis, du Mississipi, comme président, et Alexandre H. Stephens, de Géorgie, comme vice-président. La nouvelle confédération s'appuyait hardiment sur les droits prétendus imprescriptibles de l'esclavage et ne dissimulait pas son dessein d'établir une nation esclavagiste dans les États du sud.

Les autorités de la Caroline du Sud réclamèrent aussitôt la possession de toutes les propriétés nationales situées dans l'État. Là-dessus, le major Robert Anderson, qui commandait la garnison d'un petit foit appelé le fort Moultrie dans le port de Charlestown, se retira au fort Sumtcr, qu'il jugeait être une meilleure position, et envoya chercher des renforts à

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