‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 77 sur 96 · I.A GUERRE CIVILE. — LINCOLN · texte numérisé non relu

I.A GUERRE CIVILE. — LINCOLN

Aucun de ceux qui n'y ont pas assisté ne peut se faire une juste idée de l'émotion qui éclata dans tout le nord à la nouvelle du premier coup de canon tiré sur le fort Sumter. Jusque-là les États du nord avaient été fort divisés; parmi leurs citoyens, il y en

ORGANISATION DE L ARMKE.

avait beaucoup qui croyaient qu'avec dos efforts patients et de la douceur, les rebelles qui avaient eu l'idée de se séparer de l'Union pourraient être ramenés ; bien peu admettaient la possibilité d'une guerre fratricide. Tandis que la population blanche du sud se préparait à combattre, celle du nord vaquait à ses occupations habituelles; l'attaque la prit donc tout à fait au dépourvu. Bien que trois mois auparavant, les rebelles de la Louisiane se fussent emparés d'un fort à l'embouchure du Mississipi et de l'arsenal de Bâton- Rouge, on refusait encore de se rendre à l'évidence. Lorsque Lincoln entra en fonctions (4 mars 1861), le contingent de l'armée régulière était insuffisant et très dispersé, mais le 15 avril le président lança une proclamation qui appelait à servir pendant trois mois 75,000 volontaires. Quelques régiments de la milice furent dépêchés en toute hâte des différents États pour la défense de Washington. L'un de ceux-là, le 6 e Massachusetts, se vit attaqué par la population en traversant Baltimore; trois hommes ayant été tués à coups de pierres et de gourdins, les soldats firent feu sur les assaillants, en tuèrent neuf et en blessèrent beaucoup d'autres. Cet incident se passait le 19 avril 1861, jour anniversaire de la bataille de Lexington. On en fut ému presque autant que de la prise du fort Suinter, non pas que l'échauffourée de Baltimore fût un acte délibéré de rébellion organisée, mais parce qu'il prouvait à quel point était grande l'hostilité contre le gouvernement partout où existait l'esclavage.

Lorsqu'il fallut envoyer de nouvelles troupes à travers le Maryland, elles ne passèrent plus par Baltimore, mais par Annapolis. Le général Butler, à la tète des régiments de la milice du Massachusetts et de

New-York, suivit la ligne du chemin de fer entre Annapolis et Washington. Les soldats réparaient cette ligne tout en avançant. Le général, ayant rencontré le long de la voie une locomotive brisée, demanda s'il y avait dans les rangs quelqu'un qui pût la réparer.

« Je puis faire cela, répondit un soldat, après avoir examiné la machine, car c'est moi qui l'ai construite! »

Ces troupes, on le voit, se composaient d'hommes de tous métiers, enlevés momentanément à leurs travaux, et il y avait bien peu de corps d'état qui ne fussent représentés dans chaque régiment.

Quelque temps après, des troupes furent de nouveau envoyées par Baltimore, qui rentra ainsi presque forcément dans le devoir. Mais ce qui importait surtout au gouvernement, c'était d'atteindre Washington le plus promptement possible et de mettre cette ville à l'abri d'un coup de main.

Lorsque les premières craintes au sujet de la sécurité de Washington furent calmées, il devint urgent de créer une armée. On enrôla des recrues dans tous les États, en vertu de la proclamation du président, et les gouverneurs de chaque État se chargèrent d'organiser ces recrues en régiments. Mais le gouvernement de la République avait à former tout un matériel de guerre. L'ancien ministre de la guerre sous Buchanan, qui était sécessionniste, avait envoyé les fusils par centaines de mille dans les arsenaux du sud, et laissé les arsenaux du nord presque vides. II en était de même des canons et des munitions que l'on dut acheter et fabriquer à bref délai. Il fallait des uniformes pour les soldats; il fallait en outre organiser le service des remontes et du train des équipages, se procurer des effets de campement, créer des ambulances, amasser des vivres et

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