LA CONFEDERATION
pourvoir à leur distribution, afin qu'il n'y eût ni gaspillage, ni disette.
Tout cela devait être commencé à la minute même et achevé aussi promptement cjue possible. Le président Lincoln lança une nouvelle proclamation qui déclarait que les ports du sud étaient en état de blocus et qui portait défense à tout navire d'y entrer et d'en sortir.
Le 24 mai, on envoya des troupes de Washington dans la Virginie; quelques-unes furent dirigées sur Alexandrie, d'autres sur les hauteurs d'Arlington. Le jeune | colonel Ellsworth, qui commandait une partie de ces troupes, ayant vu flotter des fenêtres d'un hôtel le drapeau sécessionniste, entra dans la maison pour l'arracher; il fut tué d'un coup de fusil par le propriétaire. Ellsworth était très aimé dans les villes du nord ; sa mort excita une vive indignation.
Bientôt la lutte commença en Virginie, à l'est et à l'ouest tout à la fois. Dans la Virginie occidentale, un fort parti tenait pour l'Union, et les troupes rebelles finirent par être refoulées après une série d'engagements que commanda le général Mac Clellan. Dans la Virginie orientale, il y eut un engagement à Big- Bethel , où les troupes de l'Union éprouvèrent un échec; mais aucune bataille sérieuse ne se livra avant le mois de juillet. Alors le lieutenant général Scott, commandant en chef, poussa une pointe sur Bichmond ; ses troupes, sous les ordres du général Mac Dowcll, furent défaites à Bull Bun le 21 juillet. 30,000 hommes environ étaient engagés de chaque côté. Le résultat de la bataille avait paru très douteux jusqu'à trois heures de l'après-midi ; sur ces entrefaites, des renforts arrivèrent aux rebelles. Les forces de l'Union furent mises en pleine déroute et
firent une retraite désordonnée jusqu'à Washington.
Quelques mois plus tard, elles éprouvèrent un nouvel échec dans l'affaire moins considérable de Ball's Bluff. La guerre s'annonçait donc sous de mauvais auspices dans la Virginie orientale. Gomme compensation, les troupes rebelles furent chassées du Missouri septentrional par le général Lyon , et quelques expéditions importantes réussirent sur différents points de la côte méridionale, contre le fort Hatteras dans la Virginie, contre Port Royal Harbor dans la Caroline du Sud. Cette dernière affaire fut surtout décisive, puisque les rebelles abandonnèrent tout d'abord la plupart des postes dont ils s'étaient emparés le long de la côte sud de l'Atlantique et ne purent jamais les reprendre.
Tels furent les événements de l'année 1861.
Vers la fin de cette même année, le lieutenant général Winficld Scott résigna le commandement des armées de l'Union ; il fut remplacé par le major général Georg.; B. Mac Clellan.
La marine des Etats-Unis avait pris un grand développement pendant ce premier acte de la guerre. Au début, il n'y avait que quatre vaisseaux pour le service des côtes, et moins de trois cents marins; cependant il était indispensable d'avoir une force navale suffisante pour bloquer tous les ports sécessionnistes. Les rebelles lançaient de côté et d'autre des corsaires chargés de fondre sur le commerce américain, et ces corsaires trouvaient aide et protection dans les ports étrangers, principalement en Angleterre. Cette nation, ainsi que la France, l'Espagne et le Portugal, reconnaissait aux États sécessionnistes les droits de belligérants, mettant ainsi sur> le même pied la confédération du sud et le gouvernement national des Etats-
Unis. La guerre avec l'Angleterre fut sur le point d'éclater lorsque MM. Mason et Slidell, commissaires confédérés, furent pris par un vaisseau des États- Unis, à Lord d'un vapeur anglais (8 novembre 1861). Mais cet acte contraire au droit des gens ayant été aussitôt désavoué par le gouvernement américain, les relations pacifiques, un moment compromises, se rétablirent de nouveau. Toutefois il est certain que l'espoir d'être reconnus et assistés par les gouvernements étrangers, encouragea jusqu'au bout dans leur rébellion les sécessionnistes.
Au commencement de l'année 1862, l'armée totale de l'Union montait à plus de 500,000 hommes, presque tous volontaires. Le général Mac Clellan, commandant de l'armée du Potomac, remonta la péninsule formée par les rivières James et "York, pour attaquer Richmond, capitale du gouvernement confédéré. Il traversa même la rivière Ghickahominy. Son avant-garde, commandée par le général Casey, ayant atteint Fair Oaks, à six milles de Riclimond, fut, le 31 mai, attaquée et repoussée ; mais des renforts lui arrivèrent : elle put à son tour refouler l'ennemi dans Riclimond. Quelques 80,000 hommes étaient engagés dans cette bataille. Mac Clellan, après avoir séjourné deux mois dans son camp, jugea à propos d'opérer une retraite et de changer sa base d'opérations sur la James River. Ceci donna lieu de la part des confédérés à la série d'attaques connues sous le nom des « Sept jours de combat de la Péninsule ». Le combat de Malvern Hills (1 er juillet 1862) fut le plus sanglant de tous et aboutit à la défaite des rebelles. Dans ces batailles, près de 100,000 hommes furent engagés de part et d'autre; chacun des deux partis en perdit plus de quinze mille.
Le corps d'armée du général Banks fut appelé do la vallée de Shenandoah pour couvrir le changement de position de l'armée de Mac Glcllan. On se battit à Gcdar Mountain et à Bull Run.
Le général Lee, à la tête de l'armée confédérée, traversa le Potomac, pénétra dans le Maryland et prit Harpers's Ferry, puis Frédéric City. Mac Glellan le rencontra le 17 septembre 1862 à Antietam (Maryland), où fut livrée l'une des batailles les plus terribles de la guerre de sécession. Cent cinquante mille soldats y prirent part, si l'on compte les deux armées.
Les pertes de l'Union dans cette affaire et dans celle de South Mountain, qui avait eu lieu peu de jours auparavant, furent de plus de 14,000 hommes et celles des rebelles dépassèrent 12,000. Cependant l'armée de l'Union fut cette fois victorieuse, et durant la nuit qui suivit le combat, Lee repassa le Potomac avec ses troupes. On blâma Mac Glellan de ne lui avoir pas coupé la retraite, et comme des blâmes semblables s'étaient déjà produits après les batailles de Fair Oaks et de Malvern, ce général fut privé de son commandement au mois de novembre. On mit à la tête de l'armée du Potomac, pour le remplacer, Ambrose Burnsido. Le général Burnside passa le Bappahannock et prit Fredericksburg, mais il fut obligé de se retirer ensuite avec des pertes sérieuses.
Ainsi la seconde année de la guerre ne fit faire que peu de progrès vers le but final, qui était de prendre la capitale des confédérés. Mais un combat naval, qui avait lieu en même temps dans les eaux de la Virginie, fixa l'attention de tout le peuple et en réalité celle du monde entier. Les officiers de l'Union, dès le commencement de la guerre, avaient abandonné l'arsenal maritime de Norfolk et détruit la plupart des
MONITOR ET MERHIMACK.
vaisseaux; néanmoins, quelques bâtiments avaient échappé à la destruction, et parmi ceux-là le Merrirnack.
Les sécessionnistes couvriront ce vaisseau d'une formidable épaisseur de bois et de fer, et munirent son avant d'une cuirasse d'acier. Ainsi armé, le Merrimack attaqua l'escadre de l'Union à Hampton Roads. Les frégates en bois l'assaillirent en vain. Les boulets rebondissaient sur sa carcasse de métal, comme auraient pu le faire autant de pois chiches lancés par uue sarbacane. A la fin du jour, la frégate de l'Union, le Cumberland, avait coulé bas, au moment même où son brave commandant ordonnait une dernière bordée; le Congrès avait brûlé jusqu'à ras d'eau et le Minnesota avait échoué. Tout à coup, vers neuf heures du soir, un pelit navire d'apparence insignifiante, ressemblant, dit un témoin oculaire, à une baleinière retournée, ou, selon une autre expression plus pittoresque, à « une bcîte à fromage sur un radeau-», apparut dans les eaux de Hampton Roads. C'était le Monitor, commandé par le capitaine Ericsson, un ingénieur d'origine suédoise.
Au matin, le Merrimack reprit la mer et donna contre la frégate échouée. Alors le Monitor, abordant de côté le Merrimack, ouvrit le feu. Le navire blindé y répondit et le combat dura deux heures, les deux vaisseaux déployant une tactique telle qu'on n'en avait jamais vue de semblable dans aucun combat naval, et cela à une distance de 150 yards seulement 1 . N'importe, la canonnade était impuissante. Aucun effet ne se produisit d'un côté ni de l'autre, jusqu'à ce qu'enfin le Monitor eût envoyé à travers l'un des sabords de