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CHAPITRE V

ARRIVÉE DE CHRISTOPHE COLOMB

Quel que soit le degré de croyance qu'on attache à la présence des Normands en Amérique, il est du moins certain que s'ils y vinrent jamais, ils se rembarquèrent ensuite pour ne plus reparaître. Leur colonie dans le Groenland finit même par être abandonnée, et le souvenir du Vinland se dissipa presque complètement. Pendant près de cinq siècles, autant que nous pouvons le constater, aucun navire européen ne traversa l'Atlantique. Los plus vieux parmi les Islandais se rappelèrent peut-être que leurs grandspères avaient parlé d'un pays lointain, dans la direction de l'ouest, où croissait la vigne. Peut-être avaientils raconté ces légendes, durant les longues veillées ténébreuses de leur froide patrie, aux marins espagnols et anglais qui allaient trafiquer en Islande. Le temps vint où une grande activité commerciale se développa parmi les nations do l'Europe méridionale, où des voya-es furent entrepris dans toutes les directions, Un d°e ces voyages eut pour résultat de faire connaître le nouveau monde à l'ancien.

Vers l'an 1435, Cristoforo Colombo, que nous nom-

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mons Christophe CoJomb, naquit à Gènes en Italie. Son père était un fabricant d'étoffes do laine, mais il comptait des marins parmi ses ancêtres. Christophe Colomb s'appliqua de bonne heure à l'étude de la cosmographie et do l'astronomie nautique ; à l'âge de quatorze ans il naviguait déjà, et, depuis ce temps jusqu'à sa mort, il ne fit que voyager ou dessiner des cartes marines. Il vécut en Portugal, puis en Espagne les deux pays où la, marine était alors le plus florissante, et il visita presque tous les ports connus à cette époque. La plupart de ses voyages cependant eurent lieu sur la Méditerranée : il eut l'occasion de se distinguer comme soldat presque autant que comme navigateur, car cette mer était infestée de pirates. Une fois, son vaisseau fut incendié, et pour gagner le rivage il lui fallut franchir à la nage, avec l'aide d'une poutre, un espace de six milles. Au milieu de ces aventures, il mûrissait peu à peu le projet d'aller sur l'Atlantique, dans la direction de l'ouest, plus loin qu'aucun autre avant lui n'avait osé le faire jusque-là.

Il ne faut pas oublier qu'à cette époque la forme véritable de la terre n'était pas connue en Europe. Le grand nombre n'admettait point que ce fût une' sphère. On la croyait une surface plane ceinte par l'Océan comme par un fleuve immense. Ce qui pouvait exister de l'autre côté de ce fleuve, à peine osait-on essayer de le deviner. Toutefois, quelques esprits plus cultivés avaient franchi les limites de cette ignorance. Ils croyaient la terre rondo, mais beaucoup plus petite qu'elle ne l'est en réalité. Us no supposaient pas qu'il pût y avoir place pour deux océans et deux continents considérables; le globe terrestre n'était censé contenir qu'un seul grand océan et un continent unique,

de sorte qu'en traversant l'Atlantique on devait nécessairement aborder, après un laps de temps quelconque, dans l'Inde, la Tarlarie, ou en Gathay, ainsi qu'ils appelaient la Chine, et à Cipmgo, c'était le nom du

Japon.

Des produits admirables sortaient de ces contrées lointaines : de l'or, des perles, des soies incomparables ; de sorte crue les rois de l'Europe auraient été bien' aises de trouver un court ahemin pour y atteindre. La carte ci-jointe montre comment les hommes les plus instruits de cette époque pensaient résoudre ce problème. Elle a élé dessinée par un ami de Colomb, l'année môme où celui-ci entreprit son premier voyage occidental à travers l'Atlantique, elle indique les noms de tous les lieux dont nous venons de parler, et, de plus, fait voir combien on les croyait généralement moins éloignés qu'ils ne le sont.

Ce fut sur de telles cartes qu'étudia Cristophe Colomb en aidant lui-même à les dessiner. Sa conviction qu'en traversant l'Océan encore inconnu il trouverait l'Inde de l'autre côté grandissait tous le jours. Plus d'un fait se produisit 'qui confirma cette opinion. Certains marins venus des îles Canaries lui dirent qu'à l'horizon, bien loin, dans la direction do l'ouest, ils avaient aperçu la terre. Son beau-frère lui parla d'une pièce de bois curieusement travaillée qui avait échoué sur la côte du Portugal après une tempête soufflant de l'ouest.

Un vieux pilote recueillit en mer, à un millier de milles à l'ouest de la côte européenne, une pagaie sculptée. A Madère, aux Açores, les débris de certains arbres et de certaines plantes échoués sur le rivage semblaient donner raison à son pressentiment de l'existence d'un continent à l'ouest. Dans ces régions,

L'Oi

'■'" '■' les îles enlre l'Euroi,

- »» enire l'Europe occiJentale el l'Asie orientais spres le globe de Merlin Bonaim. 1492.

les cadavres de deux hommes étrangers de costume et d'aspect avaient été apportés par le flot. Enfin si Colomb alla en Islande, comme on est en droit de le supposer, il entendit sans doute des récits légendaires des anciennes expéditions au Vmland.

Pendant dix années, il essaya de persuader a quelqu'un des gouvernements européens, de 1 envoyer en voyage de découvertes. Il s'adressa d'abord a la république de Gènes, puis à la république de Venise et en dernier lieu à la cour de Portugal.

Sept années s'écoulèrent avant que les souverains qui régnaient en Espagne, Ferdinand et Isabelle consentissent à lui donner audience. Le projet qu il leur exposa parut enfin les intéresser; mais 1 archevêque de Grenade, qui était présent, objecta que Colomb voulait s'arroger un trop grand pouvoir sur les terres ju'il se proposait de découvrir. Colomb refusa de modifier ses prétentions et se retira mais il n avait ? as fait deux lieues de chemin que la reine Isabelle lui envoya l'ordre de revenir.

Elle consentait, ainsi que son royal époux, a signer un contrat tel qu'il le demandait. Isabelle décida que l'expédition aurait lieu aux frais de son propre royaume de Castille, le plus important des royaumes dont se composait alors la monarchie espagnole.

En trois mois l'expédition fut prête. Mais les marins montraient peu d'empressement à s'embarquer, et Colomb dut en forcer quelques-uns au service comme on lai avait donné autorité pour le faire. Sa flottille se composait de trois bâtiments : la Santa Maria, la Pinta et la Nina. La Santa Maria était une caravelle de bonne dimension, mesurant quatre-vingt-dix pieds de long et portant soixante-six hommes d'équipage. Elle était bien pontée, munie de quatre mâts dont

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deux à voiles carrées et deux à voiles latines. Les autres navires étaient de moindre importance. Tous avaient des provisions pour une année entière. Cent vingt hommes seulement prenaient part à cette expédition. Ils partirent du port de Palos le 3 août 1492. Il leur fallut un mois pour atteindre les îles Canaries; après qu'ils les eurent dépassées, nombre de matelots se mirent à se lamenter, persuadés qu'ils ne reverraient jamais leur pays. Colomb les rassura, et ils poursuivirent le voyage au jour le jour, tantôt gagnés par les espérances de leur chef et tantôt en révolte. Les plus mutins complotèrent même de jeter Colomb par-dessus bord. Souvent ils s'imaginaient apercevoir quelque indice de terre, une fois même ils crurent y toucher, mais la prétendue terre n'était qu'un mirage. Enfin ils virent réellement des oiseaux terrestres et des brindilles flottantes portant des baies rouges, puis une pièce de bois grossièrement sculptée, puis des algues auxquelles adhéraient quelques crabes vivants; puis un soir, à dix heures, Colomb aperçut de faibles lueurs reflétées sur l'eau, et le lendemain, dès l'aube, à distance de six milles, apparut une île boisée avec des indigènes courant le long de la grève.

On peut aisémeul imaginer ce que Colomb ressentit lorsque, au point du jour, il débarqua, bannières déployées, au son de la musique, et quand il posa le pied sur ce rivage qu'aucun Européen n'avait foulé avant lui. Il portait le grand étendard d'Espagne rouge et or, et les autres capitaines tenaient chacun un étendard vert sur lequel était marquée la sainte croix. Tous s'agenouillèrent et baisèrent la terre, puis Colomb, se levant et tirant son épôe, prit possession de File au nom de l'Espagne et la nomma San-Salvaduv.

Bientôt il remit à Ja voile et poursuivit sa route, découvrant Cuba, Haïti et d'autres îles. Mais il n'aborda pas au continent pendant ce voyage. A son retour en Espagne, il fut reçu avec les plus grands honneurs. On le pourvut d'une seconde flotte; celle-ci comprenait dix-sept vaisseaux et quinze cents hommes d'équipage.

Il découvrit les Iles-sous-le-Vent, la Jamaïque et Porto-Rico ; il fonda en outre un-e colonie dans l'île d'Haïti qui portait alors le nom d'Hispaniola ou Petite Espagne.

En 1498, il se remit en route avec six navires et toucha le continent américain du Sud, qui du reste avait déjà été visité par un autre navigateur, Amerigo Vespucci. Le voyage d'Améric Vespucc fut accompli dans l'hiver de 1497-98. On a longtemps prétendu qu'il avait trompé le monde en attribuant cette date à sa découverte. Mais il est maintenant à peu près établi que cette accusation fut sans fondement. Dix ans après, un géographe européen donna au continent le nom de Americi terra, ou terre découverte par Améric, nom qu'elle a gardé depuis. Améric, qui était l'ami de Colomb, n'eut sans doute aucune intention de lui ravir sa gloire, mais l'injustice n'en fut pas moins commise. Dans l'intervalle, Sébastien Cabot avait atteint l'Amérique du Nord avant Colomb. Ainsi ce grand navigateur ne fut pas le premier à poser le pied sur le continent ni au nord ni au sud. Les déboires du reste ne lui manquèrent pas. Lors de son troisième voyage, il trouva sa colonie d'Hispaniola en proie aux querelles intestines. Les efforts qu'il fit pour rétablir la paix furent incriminés. Bobadilla, un commissaire envoyé d'Espagne par ses ennemis, le fit arrêter, charger de chaînes et transférer à bord en cet

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état. Lorsqu'on voulut ensuite lui enlever ses fers il refusa net et dit : « Je tiens à les porter comme un souvenir de la reconnaissance des rois. »

Rentré en Espagne, il fut mis en liberté, mais le roi ne devait jamais faire droit à ses justes réclamations La véritable cause de la disgrâce de Colomb était le mécontentement qu'éprouvait Ferdinand de n avoir pas tiré des terres nouvellement découvertes les richesses sur lesquelles il comptait. Cependant Lolonib entreprit une quatrième expédition avec quatre caravelles seulement et atteignit le point extrême de ses découvertes. Ce fut en réalité sur la côte de l'Amérique du Nord, bien qu'il crut toujours avoir visité 1 Asie. Ce dernier voyage lui réservait de nouvelles déceptions. Sa colonie d'Hispaniola refusa de le laisser aborder pour réparer quelques avaries et se mettre à 1 abri pendant une tempête qui menaçait. Il était vieux maintenant et las de la vie, et aussi pauvre que jamais- 1 unique amie qui lui eût été fidèle, la reine Isabelle' était morte. Il mourut lui-même en 1506 âgé d'environ soixante-dix ans. Plus tard, le roi Ferdinand lit placer sur son tombeau une plaque de marbre portant cette inscription :

« Colomb a donné un nouveau monde à la Castille et au Léon. »

Deux siècles après, les restes de l'illustre navigateur lurent transportés dans la grande cathédrale de la Havane, afin qu'il pût reposer dans la terre de ce nouveau monde qu'il avait découvert.

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